PREMIERE PARTIE, CHAPITRE IX ^I
6» Des cahiers du travail. — Cette question avait été mise à l'ordre du jour deux mois seulement avant le Congrès, sur l'initiative des Sections belges. Hins expliqua que le « quatrième Etat» devait préparer aujourd'hui ses cahiers, comme le Tiers-Etat avait préparé les siens lors de la convocation des Etats-généraux de 178g. Le Congrès de Genève, en 1866, avait prié toutes les Sections de donner des renseignements complets sur la situation des travailleurs dans chaque pays.; il faut que cette décision soit exécutée et que les travailleurs formulent leurs griefs. En conséquence, les Sections belges émettaient le vœu, qui fut appuyé, qu'au Congrès de l'année suivante (1869) toutes les Sections apportassent des rapports complets sur tout ce qui concerne la situation de la classe ouvrière.
Le second Congrès de la Ligue de la paix et de la liberté à Berne, jI'-j5 septembre 186S. L'Alliance internationale de la démocratie socialiste.
L'attitude prise par le Congrès de l'Internationale indisposa fort les chefs de la Ligue de la paix et de la liberté : non seulement ceux qui représentaient simplement la bourgeoisie radicale ou libérale, mais même
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devenu membre du Comité central de la Ligue de la paix et de la liberté, dans lequel il s'efforça de faire prévaloir les idées socialistes. Au commencement de juin, ce Comité, après avoir décidé que le second Congrès de la Ligue se tiendrait à Berne, vota une déclaration de principes qui fut imprimée et qui est ainsi conçue :
La Ligue reconnaît la nécessité absolue de ne pas séparer les trois termes du problème social : question religieuse, question politique, question économique. En conséquence, elle allirme :
1° Que la religion, affaire de conscience individuelle, doit être éliminée des institutions politiques ainsi que de l'enseignement public, afin que les Eglises ne puissent plus entraver le libre développement de la société ;
2^ Que les Etats-Unis de l'Europe ne peuvent avoir d'autre organisation que celle qui se l'onde sur des institutions populaires avant pour lien la fédération, pour élément l'égalité des droits de l'individu, ainsi que l'autonomie des communes et des provinces dans le règlement de leurs intérêts respectifs ;
3» Que le système économique actuel doit être l'adicalement changé, si nous voulons arriver à une répartition équilabh' des richesses, du travail, du loisir, de l'instruction, condition essentielle de l'affranchissement des classes ouvrières et de l'abolition du prolétariat.
La Ligue proteste contre toute tentative de réforme sociale faite par un pouvoir despotique quelconciue.
C'est sur la proposition de lîakounine que le troisième j)aragraplic de ce programme avait été adopté : il s'en félicitait comme d'un" triomphe (lettre à Ogarcf du i4 juin i8(38).
lîakounine ne s'en était pas tenu à une simple déclaration (\r principes ; il avait cherché à décider la Ligue à se rapi^rochcr de l'intcriialionale : et, prêchant d'exemple, il s'était fait admettre, en juillet i8l)«, comme nieinbre de la Section centrale de Genève, où il se ha aussilê)l avec Charles IVrron.
^2 L INTERNATIONALK
Ce fui sur l'insistance de Bakounine cjuc l'invitation à se faire représenter au Congrès <le Berne fut adressée à l'Internationale '; et Perron, qui se rendait au Congrès de Bruxelles comme délégué, promit d'a[)puyer de toutes ses forces une entente entre les deux associations -. Aussi, lorsque fut connue la résolution volée par le Congrès de Bruxelles et lue en séance publique le samedi 12 septembre, fut-ce à Bakounine qu'on s'en prit, chez les ligueurs, en lui re{)rocliunt d'avoir fait faire à la Ligue une démarche qui n'avait abouti (ju'à un relus mortifiant. Le président de la Ligue, Gustave Vogt, lui écrivit, à ce sujet, une lettre dont on ne possède pas le texte ; mais ou a celui de la réponse de Bakounine ■', qui permet de deviner ce que devait être le contenu de la lettre du président. Voici les principaux passages de cette réponse :
Cher ami, Je m'empresse de te répondre. Non, je n'ai jamais eu l'intention de noyer notre Ligue dans îa Ligue internationale des ouvriers. Uecoiniaître et annoncer que nous prenons pour point de départ et pour base de nos principes politiques les grands principes économiques et sociaux qui sont acceptés par la Ligue internationale des ouvriers, ne signifie pas se mettre à la remorque et devenir l'esclave de cette Ligue. Les principes sociaux ne constituent la propriété de personne. Ils sont plus naturellement représentés par les ouvriers que par l'intelligence qui s'est développée au milieu de la classe bourgeoise, parce que les ouvriers y sont poussés par les besoins de
1. Voici la lettre qui fut adressée par Gustave Vogt (l'un des frères de Karl Vogt), président du bureau de la Ligue de la paix et de la liberté, au président du Congrès de l'Internationale à Bruxelles (cette lettre se trouve dans le Compte-rendu officiel du Congrès, p. 41) :
« Monsieur le président, La Ligue internationale de la paix et de la liberté, constituée au Congrès de 1867, à Genève, ne veut pas laisser passer le Congrès des Travailleurs, réuni en ce moment à Bruxelles, sans lui exprimer ses profondes sympathies et lui transmettre ses vœux ardents pour le succès de la réforme sociale, but élevé de l'Association des travailleurs.
Courage, amis ! et tous ensemble brisons aussi bien les barrières que les préjugés et d'injustes institutions ont élevées entre les diverses parties du corps social, que les barrières de haine au nom desquelles on a jusqu'ici rué les uns sur les autres des peuples faits pour se respecter et s'aimer mutuellement.
Nous vous prions, monsiear le président, d'être l'interpiète de nos sentiments auprès des membres du Congrès des Travailleurs, et de les inviter à notre second Congrès, qui s'ouvrira à Berne le 21 septembre prochain.
Nous saisissons cette occasion de vous présenter nos cordiales salutations.
Au nom du bureau de la Ligue : Le président, G. Vogt. »
2. Bakounine adressa lui-même une lettre au Congrès de l'Internationale, lettre dont il fut donné connaissance par De Paepe dans la seconde séance (6 septembre). On lit dans le Coiiipte-rendu officiel, p. 4 : (( De Paepe rend compte d'une lettre de Bakounine, le socialiste russe, qui envoie à l'Internationale son salut fraternel, et regrette que ses occupations lempôchent d'assister au Congrès ». En outre, dans la quatorzième séance (12 septembre), où Fritz Robert rendit compte de la correspondance re^ue par le Congrès les 9, 10. 11 et 12 septembre, le rapport présenté par Robert mentionne : a Le programme de la démocratie socialiste russe, publié par Bakounine, à GeiTève, dont voici les points principaux : Au nom de l'affranchissement intellectuel des masses populaires, au nom de l'aflraochissement économique et social du peuple, nous voulons : 1° L'abolition du droit de la propriété héréditaire ; 2" l'égalisation complète des droits politiques et sociaux de la femme avec ceux de l'homme ; 3" l'abolition du mariage en tant qu'institution religieuse, politique, juridique et civile. Toute organisation politique ne devra plus être à l'avenir qu'une libre fédération de libres associations tant agricoles qu'industrielles. »
3. Max Nettlau l'a publiée dans sa biographie de Bakounine [Micltnel Bakunin. eine Biographie ; trois volumes in-folio, autographiés, tirés à 50 exemplaires seulement), p. 253. — .Je ferai de nombreux emprunts à cette œuvre remarquable, où sont réunis un très grand nombre de documents précieux.