‹ L'Internationale; documents et souvenirsChapitre 73 sur 314 · Récit manuscrit de Bakounine · texte numérisé non relu

Récit manuscrit de Bakounine

dation inlernalionale des travailleurs, il était clair que le groupe genevois ne pouvait plus prétendre à faire partie de la fédération locale des Sections de Genève.

Cette décision du Conseil général de Londres avait été prise, comme on l'a vu, le 22 décembre, le jour même où Bakounine écrivait à Marx (p. io'3). Mais quand même la lettre de Bakounine serait arrivée un peu plus tôt, elle n'aurait rien changé à la résolution à prendre. Il était évident que le raisonnement employé au Congrès de Bruxelles contre la Ligue de la paix s'appliquait avec la môme force à l'Alliance internationale de la démocratie socialiste : puisque cette Alliance avait le même but et les mêmes principes que l'Association internationale des travailleurs, elle n'avait nulle raison d'être comme organisation internationale spéciale.

Quand la réponse du Conseil général fut parvenue à Genève, à une date que je ne puis préciser exactement, vers la lin de janvier ou le commencement de février, Bakounine reconnut d'autant plus volontiers la justesse du raisonnement qu'on opposait à lAlliance, que lui-même, à Berne, en septembre, avait déjà recommandé d'éviter ce qui pourrait donner à l'Alliance l'apparence d'une organisation rivale de l'Internationale; tandis que, chose singulière, ce fut J.-Ph, Becker qui protesta. Voici comment Bakounine, dans un Rapport sur l'Alliance rédigé en 1871, dont je possède le manuscrit, et dont deux fragments ont été imprimés dans le Mémoire de la Fédération Jurassienne, l'un textuellement (pages 45-58 des Pièces justificatives), l'autre avec des retouches et des coupures (pages 68-7;7) ', a raconté ce qui se passa :

Lorsque lecture fut faite de cet acte [la décision du Conseil général] au sein du Bureau de 1" Alliance, personne ne s'éleva avec autant de véhémence contre lui que le fougueux vieillard J.-Ph. Becker. Il nous déclai'a tout d'abord que ces résolutions étaient parfaitement illégales, contraires à l'esprit et à la lettre des statuts de l'Internationale, ajoutant que nous avions le droit et le devoir de passer outre, et traitant le Conseil général de tas d'imbéciles qui, ne sachant rien faire euxmêmes, voulaient encore empêcher les autres d'agir. Les deux membres qui maintinrent le plus opiniâtrement contre lui la nécessité de s'entendre avec le Conseil général furent Perron et Bakounine. Ils reconnurent tous les deux que les protestations du Conseil général contre le règlement de l'Alliance étaient parfaitement justes, puisque d'après ce règlement l'Alliance devait lormer au sein<ie l'Association inlernationale des travailleurs une association internationale nouvelle, indépendante de la première...

Après un long débat, il fut unanimement décidé par le Bureau de l'Alliance que Perron, au nom de tous, se mettrait en correspondance avec le C-oiiseil général de Londres. A la suite île cette décision, le compagnon '' Ch. Perron écrivit soit au citoyen Eccarius , soit au citoyen Jung, une lettre dans laquelle, après lui avoir franchement exposé la situation et le véritable but de l'Alliance, et après avoir raconté ce que des membres de l'Alliance avaient déjà fait pour la

1. Ce manuscrit me fut envoy*^ de Locarno par Bakounine en août 1871. peu avant la Conférence (le Londres. On trouvera des détails à ce sujet dans le second volume.

2. Le mot n compajçnon », emitloyé d'abord par les Hel^'cs, était ilevcnu d un usafj;e courant dans l'Internationale de lanf,'Uf [ran^•aise. On le rencontre a pliisiturs reprises dans le Compte-rendu o//;ca'/ du Congrès de nruxellcs de IStkJ, concurremment avec le mot de <> citoyen » : « Le compagnon Knglebert, géomètre, demande, etc. ;... Le compagnon Jung s'assied au banc de la présidence.. » La traduction d'une lettre d'Amérique, signét> .Iessui', commence par les mois : u Compagnons travailleurs » ; et dans la traduction d'une lettre du Congrès de Nuremberg on lit ; « iNolre Congrès vous envoie, en .signe d'alliance, le compagnon Frédéric Hùtter ».

IIO MNTERNATIONALE

cause ouvrièro on Italie, en France, en Flspagne, aussi bien qu'à Genève, il le jjriail de l'aire, au nom du Bureau central de l'Alliance, au Gonscnl général de Londres la i)ro[)Osition suivante : L'Alliance se dissoudra coniuie oriçanisation internationale ; son Bureau central, représentant de cette internationalité, cessera d'exister : le (Conseil général voudra-t-il reconnaître alors les Sections fondées par les membres de l'Alliance, en Suisse, en Espagne, en Italie et en France, avec le progi-amme de l'Alliance, comme des Sections régulières de l'Internationale, ne conservant désormais d'autre lien conmiun que le programme, nuiis renonçant à toute autre solidarité et organisation internationales, que celles qu'elles trouveront dans la grande Association des travailleurs ? A ces conditions le Bureau central promettait de n'épargner aucun ellort pour pei'suader les Sections de l'Alliance déjà établies dans dilïerents pays de renoncer à tout ce qui dans leur constitution était contraire aux statuts de l'Internationale.

Et en ellet, sans perdre de temps, le Bureau central écrivit dans ce sens à toutes les Sections de l'Alliance, en leur conseillant de reconnaître la justesse des résolutions du Conseil général.

Je remarquerai en passant que cette proposition du Bureau central rencontra la plus forte opposition dans le groupe genevois, et précisément parmi les membres qui nous combattent et nous calomnient avec tant d'acharnement aujourd'hui : Becker, Guétat, Duval, Henri Perret et bien d'autres encore, dont je me rappelle bien les figures, pas les noms. Becker fut le plus grand récalcitrant. Il déclara à maintes reprises difl'érentes que seul le groupe de l'Alliance représentait la véritable Internationale à Genève, et que le Conseil général, en nous refusant, manquait à tous ses devoirs, outrepassait ses droits, et ne prouvait qu'une chose, son incurable stupidité. Après Becker, Guétat et Duval, qui ont toujours leur petit discours stéréotyi)é sur la révolution dans leur poche, furent les plus violents. M. Henri Perret se montra plus prudent, — mais il partagea leur avis. Enfin il fut décidé aussi par le groupe de Genève qu'on attendrait la réponse définitive du Conseil général.

Le Mémoire de la Fédération jurassienne ajoute (p. Sa) des détails qu'il n'est pas inutile de reproduire :

Vers la même époque *, le Bureau central reçut une lettre de De Paepe, au nom de quelques internationaux belges % lettre qui concluait, comme le Conseil général, à la dissolution de l'organisation internationale de l'Alliance. De son côté, Guillaume, invité à fonder au Locle une Section de l'Alliance, répondit que le programme de l'Alliance lui paraissait le programme même de la révolution, mais que la création dune Section de l'Alliance au Locle était inutile, parce que cette Section ferait double emploi avec la Section de l'Internationale, dans laquelle la propagande en faveur du programme de l'Alliance pouvait être faite sans qu'il fût besoin d'une organisation spéciale.

La réponse du Conseil général, ainsi que les lettres de De Paepe

1. L'époque où le refus du Conseil général parvint au Bureau central de l'Alliance.

2. Cette lettre, écrite au nom du Conseil général des Sections belges, était évidemment une réponse à celle que Bakounine, dans sa lettre à Mar.x du 22 décembre, annonçait être occupé à écrire à De Paepe.

et de Guillaume, donnèrent à réfléchir au Bureau central de l'Alliance : et. après une long-ue délibération, malgré rop[)osition de Becker qui voulait qu'on ne tînt pas compte du refus du Conseil général, ce Bureau décida, sur la pj-oposition formelle de Perron et de Bakounine, de se conformer aux observations du Conseil général, qui lui paraissaient justes.

La lettre écrite par De Paepe, au nom du Conseil général des Sections belges, oITre un grand intérêt, en ce qu'elle montre ce que pensaient les hommes qui, en Belgique, s'occupaient le plus activement de l'organisation de rinternationale. Aussi j'en reproduis les principaux passages ' :

Bruxelles, i6 janvier 1869.

Aux membres du groupe initiateur de lAlliance internationale de la démocratie socialiste, à Genève.

Citoyens,

Nous avons été surpris autant que peines en apprenant la constitution de votre groupe. Non point que nous désapprouvions votre programme, car. nous nous hâtons de le dire, la plupart des idées qui y sont formulées sont les nôtres, sont celles mêmes de l'Internationale des travailleurs. Comme vous, nous voulons que la terre et tous les capitaux ne puissent être utilisés que par les travailleurs, c'est-à-dire

par les associations industrielles et agricoles ; comme vous, nous

voulons substituer le règne de la science au règne de la foi. nous voulons pour tous les enfants, dès leur naissance à la vie, l'égalité dos moyens de développement..., convaincus que cette égalité, d'abord seulement économique et sociale, aura pour résultat damener graduellement une plus grande égalité naturelle des individus... Comme vous, nous sommes ennemis de tout despotisme, et nous réprouvons toute action i)oliti([ue t[ui n'aurait point pour but immédiat et direct le triom- ])hede la cause des travailleurs contre le capital ; nous croyons que tous les oisifs doivent disparaître, nous voulons une société composée uniquement de ])roducteurs : plus de parasites d'aucune sorte, aussi bien dans la gestion des allaires [)ubliques que clans le commerc-e ou dans l'industrie ; partant de ce principe, nous devons évidcMument. comme vous, vouloir la forme républicaine, n!)n point comme i'oruie de gouvernement (car nous ne voulons pas être gouvernés), mais comme forme sociale, c'est-à-dire que nous voulons avant tout la République dans la manifestation de tous les [)hén()mènes économiques, dans l'atelier, dans la bampie, dans la propriété. Connue vous, nous reconnaissons que tous lesKtatspoliti(jues etautoritairi's. actuellement existants, doivent se réduire aux siuq)les fonctions atlministratives des services publics, dans hnu's pays res[)ectifs. et disparaître (inalement dans l'union universelle des libres associations tant agricoles ((uindustrielles. Comme vous, enfin, nous pensons que la ((uestion sociale ne ()eut trouvei' sa solution délinitive et réelle que sur la base de la solidaritt' universelle, iiilernatiouale, des travailleurs de tons les pays: nous n'avons «pi un pays, le (îlobe, et ([u'une [)atrie, rHumanité.

Ce n'est donc point votre programme que nous attaipions. Ceipu*

1. Cette lettre a été iiiséri'i- int6i;nilfmenl par Max Notllan, d'apns l'(>rii;inal qu'il a entre les mains, dans sa biographio de nakoiinino, payes Mi-.i2't.

L I N ri: 1 1 N A f I O N A L E

nous ne pouvons ajjprouver, ce que nous regrettions, c'est que, pour poursuivrez ce pi<)i,Mauinie, vous ayez cru devoir f'ondei" une lii-anche à pail. au lieu de rester confondus dans la jrpande niasse populaire qui compose rAssociali<jn internationale des travailleurs...

De deux choses lune, citoyens. Ou bien vous croyez que l'Association internationaUz est une institution qui porte dans s(;s lianes la réj^énéralion de la société, et qui doit, par conséquent, discuter dans ses (jongrès les divei'ses questions énuniérées dans votre i)rogi*annne et en chercher la solution et l'application ; et alors pourquoi tondezvous, à la lois à côté d'elle et dans son sein, votre Alliance de la démocratie socialiste ? Ou bien vous croyez que notre Association internationale est insutlisante pour remplir le grand rôle auquel elle aspire, ou qu'elle sera infidèle à ses promesses : et alors, c'est franchement contre elle, en hostilité avec elle, que vous auriez du vous constituer. Nous ne pouvons croire à cette dernière alternative ; la plu^iart d'entre vous sont membres fondateurs de l'Internationale et se sont dévoués corps et âme à cette institution ; beaucoup d'entre vous l'ont représentée à la première Conférence à Londres ou aux Congrès de Genève, de Lausanne, de Bruxelles. A dire vrai donc, nous croyons tout simplement que vous avez voulu l'aire un pas en avant en allichant un programme plus avancé, plus radical peut-être que celui de certaines Sections, mais qu'en réalité vous avez tenté une œuvre qui, en dépit de toutes vos bonnes intentions, serait nuisible à la cause du prolétariat en suscitant des tiraillements et tôt ou tard en amenant une scission au sein de notre Association internationale des travailleurs. Evidemment, ce n'est pas là ce que vous voulez, car partout et toujours nous avous vu les signataires de votre manifeste se montrer sympathiques à cette Association.

Ne croyez- vous pas, citoyens, que si vous constituez au sein de la grande Association une branche internationale pour tel but spécial et avec tel programnie particulier, demain tels autres feront la même chose, et après-demain tels autres encore? Et chacune de ces branches tiendra, comme la vôtre, ses congrès à part, dans un local séparé, au lieu de réclamer que l'idée spéciale qui la domine soit discutée dans les séances mêmes des Sections locales et spécialement dans le Congrès même tenu annuellement par les délégués de tous les pays... Au lieu de grouper tous les travailleurs, tous les socialistes, autour de la grande idée de l'affranchissement intégral du prolétariat, de l'abolition de toute classe, de la suppression de tout prélèvement opéré sur les travailleurs par les propriétaires, les capitalistes, les intei-médiaires parasites, nous finirions ainsi, de divisions en subdivisions, par nous trouver chacun tout seul, — car quel est celui d'entre nous qui n'a pas un peu, sur certains points de détail de l'organisation future de la société, sa petite idée à lui ?

Ou bien pensez-vous peut-être, citoyens, que l'exemple que vous viendriez de poser resterait isolé ? Alors, vous seriez, vous, socialistes athées et révolutionnaires, les guides moraux du reste des travailleurs groupés dans l'Association internationale ; mais ne comprenez-vous pas que si les travailleurs ont fondé l'Internationale, c'est précisément parce qu'ils ne veulent plus d'aucune sorte de patronage, pas plus de celui de la Démocratie socialiste que de tout autre ; qu^ils veulent marcher par eux-mêmes et sans conseillers ; et que s'ils acceptent dans leur Association des socialistes qui, par leur nais-

ItEUXlKMK l'ARTIK, CIIAl'l TUK III Il3

sance et leur situation privilégiée dans la société actuelle, nap[>artiendraient pas à la classe déshéritée, c'est à la condition que ces amis du peuple ne forment pas une catégorie à part, une sorte de protectorat intellectuel ou d'aristocratie de l'intelligence, des chefs en un mot. mais j restent confondus dans les rangs de la grande masse prolétarienne ?

Nous pensons donc, citoyens, que vous feriez œuvre utile en renonçant à votre projet; nous vous y convions môme au nom de la cause commune. S'il en est parmi vous qui ne font pas partie de l'Internationale, qu'ils s'y présentent plutôt par la Section locale de l'endroit qu'ils habitent et non par la porte d'une branche nouvelle ; et, comme ce sont des hommes dignes et de francs socialistes, ils seront admis.

Telles sont les idées du Conseil des Sections belges au sujet de votre Alliance; nous vous les avons exposées sincèrement, comme il convient entre frères. Quelle que soit l'amitié qui nous lie spécialement avec ceux d'entre vous que nous avons vus au Congrès de - Bi'uxelles, nous devons vous déclarer que nous avons approuvé sans réserve les résolutions pi'ises par le Conseil général de Londres à l'égard de votre Alliance ; mais au nom de cette même amitié, nous oserons vous prier de renoncer à votre tentative et de ne point chercher à fonder à côté de l'Internationale, et partant contre elle, ce que vous avez cru établir dans son sein ; nous sommes persuadés que votre tentative n'aboutirait pas, mais néanmoins nous croyons qu'elle ^serait nuisible en nous divisant du moins pour quelque temps. Or,0 en présence de la guerre ouverte que l'on nous fait partout, plus que j jamais nos forces ont besoin de se grouper. Est-ce au moment où l'on nous emprisonne à Paris, où l'on nous mitraille à Charleroi, où l'on nous persécute à Berlin, où l'on nous envoie des gendarmes à Hodimont, où l'on nous atlame à Bàle, que nous devons olfrir à nos ennemis le spectacle réjouissant de notre désunion? Non. nous ne le voulons pas, et, nous en sommes sûrs, vous ne li> voulez pas non plus !

Pour les Sections belges de l'Association internationale des travailleurs,

Le Conseil général belge.

Parmi les noms de» dix-sept signataires de cette lettre se trouvent ceux de César De Paepe, d'Eugène Hins, de Paul Robin, de Laurent Vcrrycken, de Désiré Brismée.

Au Locle : les iV<" :>, 'i, 4 <■(■ «' ''^" Progrès (/ -j et jj janvier, a et -jo féi'rier 1 86(f) ; conférence de Cli. Kopp {id janvier). Crise dans la société secrète de Bakounine et de ses amis {-jH janvier), sa dissolution. Seconde conférence de F. Buisson an Locle {.) Jévrier).

Les socialislcs loclois avaient essayé de lutter, en décembre 186M, sur le terrain communal ; leur insuccès leur luontra (fu'il n'y avait pas plus de résultats à attendre de ce côté que snr le terrain cantonal. 11 devait y avoir, le dimanche 10 janvier, des éleetions complénienlaircs pour le Conseil général de la commune ; ils résolurent de [)articiper au serulin, pour cpie les radicaux ne pussent pas les accuser d'avoir, par leur abstention, favorisé la victoire des conservateurs: mais ils ne songeaient nullement à prendre une revanche de leur échec du l'i décembre. 11 y eut une assemblée populaire préparatoire le mercredi 0 janvier ; de retour au Loele depuis le

Il4 I. 'l.NTKU. NATION ALK

4 au soir, je ne m'y rendis pas. occu|)é que j'étais ce jour-là dans un coinilé de i'inlernalioiiiile, el n ayanl aucune velléité de reconuncneer, en laveur du relerenduni iuunici|)al, une campagne qui ne pouvait aboutir. Je pensais qu'un certain nombre de radicaux, « tous ceux qui avaient à cœur la cause du peuple », désabusés comme nous, reconnaîtraient également qu'ils laisaienl iausse route, et se rallieraient à l'Internationale.

Ce qui me confirmait dans cet espoir, c'était l'attitude prise à mon égard i)ar (juelques-uns (k;s chefs du i)arli. Eugène Borel, conseiller d'Ktal', venait <li> m'écrire. en sa qualité de président de la section de Neuchalel de la Société d'utilité publique, pour m'inviter à faire une conférence à NeuchAtel, en me laissant le choix du sujet qu'il me conviendrait de traiter. Le D' Ad. llirsch, directeur de l'Observatoire de Neuchatel, avec qui j'étais brouillé depuis les polémiques du Dioi>ène el du Premier Mars, m'écrivit de son côté, le 8 janvier, une lettre i)ressanle, pour «iii'oflVir une main de réconciliation »; il fallait, disait il, oublier le passé pour lutter ensend)le contre l'ennemi conunun. Cet ennemi commun dont me parlait llirsch, c'était le clergé : la campagne conmicncée par F. Buisson agitait au plus haut point les esprit:», el les membres de l'Internationale, au Locle, à la Chaux-de-Fonds el au Val de Saint-lmier, s'y associaient avec ardeur. La conférence de Buisson sur l'enseignement de l'histoire sainte venait de paraître à Neuchâtel, à l'imprimerie de mon frère % et l'édition fut enlevée en quelques jours.

IjC petit groupe qui avait lancé le Progrès avait décidé, après mon retour du Congrès de Genève, de pubUer un nouveau numéro de ce journal. Je m'occupai, dans les derniers jours de la semaine, de rédiger les articles destinés à ce numéro ; cette fois encore, je ne trouvai pas de collaborateurs : j'écrivis un article sur l'Ecole et l'Eglise, et le commencement d'une élude sur l'impôt, d'après la Théorie de Proudhon. Le P/o^'rès devait paraître le mardi 12 janvier.

Un de mes camarades d'études, un peu plus jeune que moi, David Perret =*, qui liabitait NeuchAtel, avait parié à M. Charles Kopp, professeur de chimie à l'Académie de Neuchâtel, de noire groupe socialiste du Locle, de l'a^on à lui inspirer le dé&ir de le connaître. M. Kopp, qui sympathisait avec les aspirations socialistes, et qui, sans se rattacher à aucune école, avait ses idées personnelles sur ce sujet, m'olfrit spontanément de venir faire aux ouvriers du Locle une conférence sur les rapports du socialisme et de la science. Naturellement, nous acceptâmes ; et il fut entendu que la conférence auraillieu, non pas, comme celle de Buisson, au cercle fréquenté par la bourgeoisie radicale (le Cercle de l'Union républicaine), mais au cercle des ouvriers socialistes, notre modeste Cercle international.

Le samedi 9, j'allai, muni delà lettre de Hirsch, rendre visite à William Dubois, le vieux phalanslérien, au Château des Monts '•. Nous parlâmes de la situation, de la lutte contre l'Eglise, du numéro du Progrès qui était sous presse, de la prochaine conférence du professeur Kopp. Réussirionsnous à attirer dans l'auditoire du conférencier l'élément féminin, que nous désirions tout particulièrement intéresser à notre propagande socialiste ? M"'^ Dubois, femme universellement aimée et respectée dans le parti républicain, et qui avait été une des plus enthousiastes parmi les disciples de Considérant, me promit qu'elle viendrait : c'était un grand point de gagné, car son exemple devait engager bien des indécises à l'imiter.

i Plus tard membre du Conseil fédéral suisse, puis directeur du Bureau international des postes, à Berne.

2. Une réfonne urgente dans l'instruction primaire, Neuchâtel, 1869, in-8° de 66 pages, imprimisrie G. Guillaume liis.

3. Nous avions passe une année ensemble à Zurich, lui au Polytechnikum, moi à l'Université. Ses trois années de Polytechnikum terminées en 1866. il vivait chez son père, propriétaire dune grande fabrique d'horlogerie à Neuchâtel, et s'occupait de diverses inventions mécaniques.

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