‹ L'Internationale; documents et souvenirsChapitre 9 sur 314 · Le repas de midi, en Suisse · texte numérisé non relu

Le repas de midi, en Suisse

auprès de mes voisins s'il y a dans l'assemblée quelque notabilité politique ou scicntilique : il n'y en a point, me dit-on; mais les travailleurs sauront bien faire leur besogne tout seuls ; et, en efl'et, la dignité de leur tenue et le sérieux de leur langage me font bien augurer de la réussite du Congrès.

Après le diner, on se réunit dans la grande salle de la brasserie Ti'eiber (aux Eaux-Vives), qui est pavoisée de drapeaux. Les délégués sont au nombre de soixante environ : il y a là une demi-douzaine d'Anglais, qui sont les représentants de plus de vingt-cinq mille travailleurs, membres de l'Association ; une douzaine de délégués de Paris, de Rouen et de Lyon * ; mais les délégués allemands, et suisses surtout, forment la majorité de l'assemblée. Au moment où l'on va entrer en séance, un incident se produit : quelques membres parisiens de l'Association internationale, non délégués, anciens étudiants et ouvriers, tous jeunes gens, sont venus à leurs frais pour assister ^u Congrès, et demandent à être admis à prendre part aux délibérations. Le droit de prendre la parole leur est accordé, non sans observations de la part de quelques formalistes ^ ; puis on élit un président, et on fixe l'ordre du jour du lendemain.

Gomme je suis curieux de savoir ce que pensent les étudiants parisiens sur les questions politiques et sociales, la séance levée, je m'approche d'eux ; entre jeunes gens, la connaissance est vite faite, et nous causons à cœur ouvert. Ces messieurs appartiennent au groupe qui a convoqué et dirigé le Congrès des étudiants de Liège, et qui a rédigé la Riçe gauche et Candide, courageux petits journaux promptement supprimés par la police bonapartiste. Ils ne connais-

Page 1