PIECE LXI
« Pftris, 25 mars 1870.
« Mon cher Aubry,
f En revenant de Lyon, je suis passé par le Creuzot, pour me renseigner exactement sur la situation des ouvriers de ce pays et pour essayer d'y constituer une section de l'Internationale. — Une réunion privée y a été organisée immédiatement pour le vendredi soir et là j'ai pu exposer les principes, l'organisation et le but de l'Internationale, et tous les citoyens présents ont été parfaitement d'avis de former une section.
« Depuis mon retour, je leur ai envoyé des cartes et des statuts, et je ne doute pas que d'ici peu nous ayons là une section importante, sinon comme membres, attendu les difficultés qui s'opposent à ce que les ouvriers de l'usine puissent agir ouvertement, du moins comme situation au milieu d'un centre industriel aussi important.
c A vous d'amitié.
t VARUN. »
« Le Creuzot. le 12 avril 1870.
« Mon cher ami,
r Pardonne-moi mou retard, il n'est pas volontaire ; ta lettre m*est arrivée pendant que j'étais à Autun ; arrivé samedi soir, j'ai eu tout mon temps matériel pris par mes correspondances, par le compte rendu du procès, que je voudrais faire un peu détaillé, par riûtetDaUonalOf qui triomphe au Creuzot, et par une foule do'ccupa" lions que je t'expliquerai de vive voix, et qui, fen suis sûr, auront ta complète approbation. Je te remercie des recommandations que tu me fais sur mes correspondances à la Marseillaise; elles m'ont d'autant plus étonné que, voyant chaque coup mes lettres écourtées par la rédaction, je m'étudiais à les faire de plus en plus sommaires; entre nous, n'était-il pas facile à la rédaction de la Mar^ seillaise de me faire de suite une observation ? Il n'a rien été fait de semblable. Depuis que je suis ici, je n'ai pas reçu un mot de
t Voir PUcê XCl
recommandation ou de conseil, si ce n'est ta lettre, et ma réponse a été de tripler immédiatement la longueur de mes correspondances. Il y a aussi une lettre à Gaffîot, un hiemc communiste du Greuzot» venant d'Achille Dubuc, dans laquelle il est dit de me voir, de m'inviter à envoyer plus de faits et à voir le dessous des cartes; mais cette lettre est arrivée deux jours après la tienne. Voyons, n'était*tl pas plus stttiple de m'écrire ? De tout cela il résulté qne^ D* étant pas de la rédaction de la Marseillaise, ai taillé pour être reporter^ je suis parti légèrement au Creuzot. Je ne suis cependant pas fâché de mon voyage, s'il ne doit pas avoir fait un certaia tort à IsL Marseillaise, et si Arthur Arnould, notamment, ne regrette pas trop mon départ.
< l'espère au moins que vous ne me ferez pas de reproches reU" tivemeni à F Internationale, J'espère vous apporter l'aote d'adhésion de trois sections : le Creuzot, Ghàlon et Dijon ; si je pouvais aller jusqu'à Tournu s, je serais sûr de mon fait. J'économise tout ce que je peux pour gagner mon détour de Ghàlon où des amis m'attendent; mais si mon voyage se prolonge, je serai bien forcé de demander encore 50 francs à la Marseillaise, J*ai également ouvert une correspondance avec quelques démocrates d'Autun, et Plnterna^ tionale pourrait bien aussi s'y implanter,
c En dépit de vos préventions contre les paysans, je te prie de croire,* mon ami, que cette province du Centre est relativement préparée à la république sociale, Onne 8* occ\x]^e pas ici du plébiscite, encore moins des débats parlementaires ; quand les mineurs demandent s*il y a du nouveau à Paris, cela veut simplement dire : La République est-elle proclamée ? On est simpliste au Greuzot et l'on ne byzantine point. Nous avons un groupe communiste (t'en serais-tu douté ?) très-séneux. Dans ce groupe, deux hommes : Gafûot, un grand et fort caractère ; Dumay, une capacité ouvrière. Si, le vendredi saint, je suis encore ici, j'assisterai à un banquet socialiste de libre pensée, qui, pour la première fois, aura lieu au Greuzot. J'ai maintenant un service à te demander. Je suis paru brusquement de Puteaux; notre section en organisation a dû en souffi^ir ; au nom de notre chère cause, je te prie de faire convoque^ une réunion extraordinaire samedi, de les appeler à PorganisatioD^ à verser leurs cotisations; ils t'aiment beaucoup et t'écouteront. Tu pourrais écrire à Jarry pour qu'il annonce ton arrivée. Je compte sur toi.
< Fais mes aniitiés à Chalain, et demande-lui s'il a pu me remr placer sans difficulté, etc.
ff Siffné : B. M . •
PIÈCE LXIÏ
PAOTBffrATION IMI lA POPULATION DU CftBUZOT CONTRE LA CONOUITK OB LA MAJORITÉ BC l'aSSKHBLÉE DS .BORDEAUX VIS-A-VIS DU GÉNÉRAL JOSEPH OAillBALDI.
9 La population ouvrière du Crenzot, dans une rèunioii pabSt[ae, tenue le mardi ^1 février 1871, et sur la proposition de la citoyenne Virginie Barbet, de Lyon, Considérant :
« 1* Que Joseph Garibaldi est redonnu par tout vrai républieain comme le premier citoyen du monde ;
< 2» Que seul, alors que presque tous les généraux français n'ont fait preuve que d'incapacité, de trahison ou de Iftcheté, il a mis une digue à TorgUeil prussien, et qu*il n*a été forcé de se retirer que par le fait de la faiblesse indigne du gouvernement de Paris ;
c ^ Que c'est à lui et à ses vaillants compagnons d'armes, dont l'un des plus braves parmi tant d'autres, le général Bosak-Hanké» a payé de sa vie son dévouement à la cause de la République, que le département de Saône-et- Loire doit de n'avc^r pas été souillé par Tennemi ;
< Applaudissant, en outre; à la délibération prise, sur le même sujet, parle conseil municipal de la ville de Lyon,
< Déclare les citoyens Garibaldi et Bosak-Hanké citoyens du Creuzot, et proteste énergiquement contre la conduite indigne de rAssemblée de Bordeaux vis-à-vis du grand patriote J. Garibaldi.
« Les membres du bureau : '
« Ant. LEFORD, président ;
« ViRQiNiB BARBET, assesseur;
« LAUPRÊTRE, assesseur, c Creotot, Il février 1871. »
PIÈCE LXlU
PftOOLAXATION DU MAIRB DU CRBUZeX
Aux babilants du Creuzot.
c Citoyens!
« Dans un but inavoué, mais facile à comprendre, les ennemis de la République cherchent, à l'aide de tous les faux bruits possibles, à jeter l'alarme dans la population.
f Les roueries à la Bonaparte sonl remises en jeu par ceux qui ont soutenu ses candidats officiels et son fameux plébiscite.
« On peut s'attendre a tout des hommes qui se sont vautrés aux pieds de Tussassin de Décembre. Ils ont répondu à la conciliation de tous par les sourdes tracasseries et les persécutions contre les républicains; ils ont répondu à l'ordre par le désordre.
a Que le bon sens public fasse justice de ces manœuvres.
« Que nul ne s'en effraye et que personne ne réponde aux provocations ; mais aussi que chacun soit prêt à défendre la République le jour où les réactionnaires tenteraient de la faire disparaître au profit d'un monarque quelconque ; car ce n'est que dans cet espoir qu'ils cherchent à égarer l'opinion publique en répandant ou faisant répandre par leurs mouchards les bruits les plus contradictoires, et tout cela par haine de la République, parce qu'elle est notre avenir à nous travailleurs, et qu'elle est pour eux r anéantissement de leurs privilèges.
« Donc de l'ordre et bonne garde.
c U administrateur^ f DUMAY.
< Greazot, 26 février 1871 . >