COUPS DE FUSIL ET DU SANG VERSÉ
Le lendemain une tentative analogue se produisait. A la tête des envahisseurs se trouvaient les mômes individus que la veille. C'étaient Servelle, Latour, Cassin, Parraton, Béne, Payet et Boisson*. Ils s'installaient, au vu et su de tout le personnel de la police, dans le cabinet du directeur, fouillaient tous les papiers, cherchaient dans tous les bureaux et tiroirs, et par-
4 Voir aux Documents justifieaiifs, pièce XXVII, une déclaration de ses membres expliquant quel a été le rôle de ce comité et quelles sont les mesures importantes dont il a pris l'initiative ou assuré l'exécution.
« Tous ces individus avaient appartenu au Comité de sûreté générale. La plupart avaient signé le manifeste incendiaire publié par ce comité, le 22 septembre (voir page 10). Cassin et Latour étaient à cette époque employés dans un ofGce de paix. Boisson fut récompensé le lendemain de son lèie et élevé aux fonctions d'agent de police. Ses états de service militaient hautement en sa faveur ; il n'avait encore subi que quatre condamnations : il était l'un des plus dignes de la bande policière d'alors.
ICT LE JACOBINI^MK. 9:
laieaL d mellre la main sur Ir.-i in»ni.1ats dà'eruéâ conlrc Bakounine et Cluseret. Le commissaire central assistait impassible il cette perquisition, sans élever la moindre protestation ; ^^Lpoussait même la condescendance .jusqu'à montrer aux per- ^^^Kateurs les dépêches qui venaient de lui i^trc apportées. ^^Kj'aiTivée d'une compagnie àf gardes nationaux mettait Un ii ^oelte scène do désordre; mais aucun de ces individus n'était iucai'céré. La plupart avaient pu s'échapper; d'autres, mis un iaslent en état d'arrestation, élaient aussitôt relâchés '.
Il^e double envahissement de l'hôtel de police devait coïncider bcune manifestation des chantiers nationaux et d'une partie [ta garde nationale. C'était le comité central rédératir([ui en pt organisé tous les détails.
pSe comité, qui avait siin'écu à la dissolution des trois autres ' îoinilé de salut piililu-, Coiuilé du saliil de la France, CornUê do sûreté générale) , tenait, ainsi que nous l'avons indiqué plus haut, lesmardiset vendredis, des séances publi([ues; les autres jours, B séances étaient privées ; les délé^iés des sous-comités de nrtlle et de la campagne avaient seuls le droit d'y assister. Dans la réunion tenue le 1" novembre, la question d'une ^lireslalion à Taire en vue d'activer les travaux de la défense t été agitée ; on trouvait que la défense nationale n'était p;;s &sfiée assez activement. Quelques membres étaient allés
Pcnduil que le« raciienx jouissaieni 1 t.yoD d'une impnnilé aassi scan' le conaeil munîcipELl mellail la comble â tons ces mûfaiM. Après conTctl de sa IiAuie proieilion les hoiumca cla 38 septembre, il avait da (léiioDcer et de f^re poanaivro pomme coopablcs J'excilalion à ! civile Vlionorable M. Birrnser, arludlemenl loembre da l'Asscnintliooala, el las commandanis de àeax des meilleurs hntaillons de la ^ivdo n&tionnle. Le gfnéni Huure lai-mtme, louihè plus lard virtimc de Chiilkiii«l-L*CDiir, avait él& eotupris dans tes poursuites. Vuiii les tniis qui leur Atiûeiil reprochés : Le ftinëral Haiare, sar la deiiiatide des denx commiuidaais, deiiiEtnde qui lui avait été transmÏM par H. B#renger. avait ' Taire délivrer des carlouchea aux hommes de leurs baiaillons : en en possèilaieot aucune, alors qae les batailloua do la GnillolièrL' ,de la Croix-RuuasQ en avaient i discrétion. Eioii-fa donc un si frand la ne pas vouloir mettre \fs hommes d'ordre i la merci des [terluret les exposer on beau joui â être attaqués par aux, lamlis qu'ils n'anment pas une seule cartouche à brûler J
> Un autre comité, moins imporlaol que tes aolres. était encore an Functioiis
i la Goillotiire sous la présidence d'un certain Jacquet, qui avait fait parité
rn IfttS du comité dt Vltottl dt villt rt de la loeiété itt nutuillûlii. (Voir
Doeumrnli juitipcalifi. pièce XXVlll, la composition de co eomilé.l
jusqu'à accuser le comité lui-même de ne pas s'en occuper avec assez d'énergie.
Dans la séance du 2, les mêmes récriminations étaient à l'ordre du jour. A celle. du 3, il était convenu qu'une manifestation aurait lieu le lendemain et qu'il serait tenu, à midi, une nouvelle réunion à laquelle semient convoqués par lettre tous les chefs de bataillon, plusieurs conseillers municipaux, et les ouvriers des chantiers nationaux à raison de deux délégués par chantier.
A l'heure indiquée la séance était ouverte, au Cercle des apprôteursj rue Vieille-Monnaie, sous la présidence de Coml0, membre de V Internationale j assisté du conseiller municipal Velay, également membre de l'Internationale» De nombreux officiers de la garde nationale, les membres du comité révolutionnaire de la Guilloliùre, deux ou trois conseillers nmnicipaux, un délégué du comité révolutionnaire de Roanne, là plupart des membres du comité fédératif, l'offlcier de paix Chol, et quelques autres notabiUtés révolutionnaires étaient présents. Après une discussion des plus orageuses et des plus violentes, il était décidé qu'une manifestation en armes aurait lieu le môme jour à 4 heures, qu'on se porterait sur l'hôtel de ville pour contraindre le préfet et le conseil municipal à donner leur démission, et que l'on installerait à leur place une Commune révolutionnaire investie des pouvoirs les plus étendus*. Séance tenante, il était procédé à la nomination des membres appelés à faire partie dé cette Commune ; des délégués étaient également chargés de se rendre immédiatement aux difTérenls chantiers nationaux pour inviter les ouvriers à cesser le travail et à serendre à Lyon. Des ordres établis sur des feuilles à l'entête' du comité et revêtus de son cachet leur étaient remis. Voici; dans quels termes ils étaient conçus ^ :
« D*aiitrc8, el de ce nombre l'offlcier de paix Chol, demandaient la suppression du gouvernement do Tours, la confiacalion de tous les biens du clergé et rétablissement d'un impôt forcé. Qoeiques-uns réclamaient le renvoi du général de la garde nationale conmie réactionnaire, Cliol insistait surtout pour que la manifestation eût lieu en armes.
< La veille et dans la matinée dei ordres semblables avaient circulé dans les chantiers.
Comté c&nital fédëratif siéffeant au palais Saint-^Pi&rre, ssdle
âdf ancienne Bourse. Lvon.
€ Le citoyen,.... est délégué au Grand-Camp pour y faire circuler l'ordre suivant :
c Ordre aux citoyens travailleurs au Grand-Camp de se réunir aujourd'hui à 4 heures du soir place Tholozan ou place Louis XVI, suivant leurs quartiers respectifs.
< Pour la eoinité :
. A. LOENGER. »
Timbre da comité central fédérotif.
En dépit de tous ces efforts et des démarches pressantes fiutes dans la matinée du même jour auprès du commandant de Tun des bataillons de la Guillotière*, la manifestation ne produisit pas le résultat qu'on en avait attendu. Les ouvriers se rendirent bien à Tappel qui leur avait été ^dressé, mais t les baïonnettes amies ayant fait défaut », il fallut remettre à un autre jour Texécution du programme arrêté dans la réunion de la rue Vieille-Monnaie : tout se borna au stationnement pendant plusieurs heures sur la place des TeiTeaux de plusieurs centaines d'ouvriers.
Nous devons signaler l'arrivée à Lyon, à la même époque, d'un garde civique de Marseille*, envoyé en mission par Cluseret afin de chercher le mot d'ordre dos frères et aniiSy et de le prévenir dans le cas où les affaires prendraient une tournure favorable, ainsi que la présence d'un délégué du comité révolutionnaire de Roanne, le citoyen Bonichon. Ce dernier avait
*■ Dent fois daûs la même joiûrnée, trois émissaires forent envoyés aii|Mrès de ce comniandant pour i'iaformer de la manifestation qui allait avoir lieu et l'engager à se rendre à ce moment-là avec son bataillon snr la .place des Terreaux. Ils avaient fini par triompher do son hésitation : le commandant, en effet, s'était mis en marche avec ses hommes, mais ù. moitié route il changea d'avis et rebroussa chemin en apprenant que les ouvriers venaient de quitter la place des Terreaux •
s ViTEL (François-Marie), 35 ans, rue d'Italie, 10, à Marseille.
été chargé de se mettre, au nom de ce comité, en relation avec les comités lyonnais et notamment avec celui de la Guillotière. Après une tentative aussi malheureuse, le comité fédératif avait repris le cours de ses discussions; mais son existence était sérieusement menacée depuis que, levant le masque, il avait donné la mesure de ce dont il était capable. On s'étonnait, et avec raison, de voir la tolérance dont on avait fait preuve jusqu'alors en permettant à un pareil comité de tenir ses réunions dans un local que lui prêtait la municipalité elle-même. L'opinion pubUque s'indignait d'un tel état de choses : il fallut donc, bien qu'à regret, lui donner satisfaction.
Dans la soirée du 6 novembre, les membres du comité fédératif au nombre de 32 furent aiTêtés dans la salle de leurs délibérations, par ordre du préfet et conduits à l'hôtel de police. Parmi eux se trouvait l'agent de Cluseret, Vitel.
L'officier (ie paix Laganier, de service à l'hôtel de police, refusa d'écrouer ces individus ; il prétendit que c'était une infamie : que ton arrêtait les meilleurs républicains et que cette arrestation était F œuvre de la réaction *. Il abandonna aussitôt son service en protestant contre une mesure qui lui paraissait inquahfiable. En présence d'un pareil refus, les membres du comité fédératif furent invités à se reth*er. On peut juger par ce fait du concours que l'autorité préfectorale trouvait dans ses agents *.
A dater de ce jour, le comité central fédératif cessa d'exister.
i Voici les noms de qaelques-cvps de ces meilleurs républicaim : Gootorbe; devenu inspecteur à Lyon dn service des mœars, condamné depuis à quatre mois de prison pour concussion ; Comte ; Garel (Louis) ; Teisser ; Nacdet : Grosbois; Carlod; Francfort ; Bom<iet ; Gaudy; Michaloud; Gros ; d'André : Hexry ; Revolon ; Boi^jour fils ; Fontai:^e ; Bérardin ; Langlade ; DiziN (François) ; Bruyat-Charavet (Louis) ; Teisser (Charles), etc., etc.
t On s'explique que Laganier n'ait pas eu le courage d'incarcérer des citoyens dont il était encore la veille le collègue au Comité de sûreté générale. Révoqué de ses fondions par le préfet, le 7 novembre, à raison de cet acte, il n'en continua pas moins à les exercer : la municipalité confirma même son titre d'officier de paix, alléguant qu'il n'était qu'un agent municipal et qu'à ce titre le préfet n'ayant aucune autorité sur lui, la révocation prononcée par lui était illégale.