LA CONFESSION D* ALBERT RICHARD, EX-SECRETAIRE CORRESPONDANT DE
LA Fédération lyonnaise,
A M. Je rédacteur de la Décentralisation, à Lyon.
« Genève, le 50 février t87f.
« Monsieur le rédacteur,
« Des amis obligeants viennent de m*envoyer un paquet de journaux de Lyon, petits et grands, où Ton s'évertue à me faire passer pour réfractaire.
« Le vôtre est naturellement le plus virulent ; ne croyez pas au moins que je m*eu formalise ; ce n*est point pour vous chercher querelle que je vous écris, mais simplement pour vous communiquer quelques réflexions que je crois importantes et qui m*ont été suggérées par la lecture de l'aimable entrefilet que vous m'avez consacré.
c Laissez-moi vous dire d'abord que je ne suis pas assez simple pour chercher à me justifier de l'accusation portée contre moi; dites-moi, je vous prie, monsieur le rédacteur, quel est le révolutionnaire imbécile qui, étant activement traqué et poursuivi pour avoir voulu renverser un gouvernement incapable et plus tyrannique qu'une monarchie, serait venu bénévolement, sans aucune garantie, malgré l'emprisonnemeut persistant de ses amis et malgré l'assassinat impuni d'un membre de l'internationale, le pauvre Gharvet, se mettre entre les mains des hommes du gouvernemeat ?
c M. le procureur de la République à Lyon, mon ex-co-déléqué auprès DU gouvernement de la dépense nationale, bien qu'il m'ait fait condamner à six mois de prison, sans doute pour me prouver qu'il ne m'a pas complètement oubliée, sait très-bien que je ne suis pas réfractaire, car je lui ai exposé à lui-même ^ il y a trois mois, et par correspondance, qu'il me fallait absolument un sauf-conduit pour que je pusse me rendre à F armée. Il sait d'ailleurs que j'ai réclamé ce sauf-conduit par la voie de la presse et que mes parents l'ont réclamé avec instance aux innombrables agents qu'on a envoyés pour m' arrêter.
< Je constate en outre que vous vous trompez, aussi bien que les autres journaux, en affirmant que c'est mon père qui a demandé le délai de quinze jours qui m'a été accordé ; on le lui a offert : ce point a son importance.
ET LE JACOBINISME. aw
ir quoi j'arrive aux réflexions en question. Les alliiques dont
s l'objol, <lo même que l'incroyablo jugement ijui vient Jo me
\ frapper, me prouvent que j'inspire toujours une haine profonde el
. Dn grand efCroi k messieurs les liourgoois lyonnais, républicains
ou non républi(;ains, et qu'ils croient toujours frapper en moi le
, spectre de leur^rùves.
■ Pour eux el pour moi, il importe de les détromper.
c Fendant cinq ans, j'ai sacrilié ma position el mon avenir, j'ai travaillé jour el nuit, j'ai tout enduré, déceplioits, calomnies, poursuites, emprisonnements, tortures morales de toute sorte, aQn de pousser le peuple dans la voie île la justice el de la solidarité.
• J'étais jeune, j'étais sincère autant que téméraire, et je puis le dire, j'y allais de bon cœur. Aujourd'hui, ce serait une folie que de continuer à rouler ce rocher de Sisyphe.
■ Les Français, SBnsdislîoctioD de classes ni départis, ont prouvé qu'ils veulent l'ordre, la paix el la tranquillité à (oui prix. Les ba-
>■ vardages de quelques matamores ne sauraient nous faire illusion.
1 Lb bien, je vous l'avoue franchement, cela me mel à mon aise.
I Je l'ai dit cent fois à mes amis révolutionnaires scandalisés: ce
I a'est pas sans regret que j'ai abandonné mon penchant niiturcl aux
charmes bucoliques d'un intérieur oampaguurd pour me jeter au
c politique.
i quelle joie je saisis le prétexte qui m'est
a nalure.
c personnellement, je ne vois aucun inconvénient à ce que l'on conserve l'ordre social actuel. Si les out trouvent heureux et libres, si Iss commerçants et les i paysans ne craigiient ni les impôts, ni les hypothèques, ni les hu- I milialions, si les bourgeois préfèrcul donner leurs milliards aux I Prussiens plutôt qu'au peuple français qui a pioduit ces milliards, 1 pas le droit do chercher à imposer auit gens la justice so- I ciale, puisqu'elle leur déplntt tant.
■ Nul plus que mol ne désire la concorde entre les citoyens et l l'apaisement des haines.
■ Si l'exposition de mes idées trouble t K publique, je suis tout prôt à les refouler on moi [ J6 voyais commcllrc une injustice ou souffrir u ' bondissais d'indignaiion cl jo pleurais do rage; i
le, je s:
milieu des orages de la \ offert pour rentrer d
1 proGl la sécurité
Autrefois, qtiand
1 malheureux, je
iaintenant,croyei-
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^^■^ les ml
u'y a sans doute pas autant de la faute des bourgeois qui cru jusqu'ici.
I D'allleura, je ne suie pas assee fat pour me dissimuler que j'ai pu me lrom;)er dans mes appréciations ; ceux qui ne pensent pas comme moi ont loure raisons pour cela, qui peut-être vulenl bien les miennes.
280 L^NTERNATIONALÇ
« 4e me sMicie Jbiea «mîds par coDsécpKnt de fat terne pi>litii{i», quelle qu'elle soit, qai conviendra io mieiuc «ox Enançais, c'est là pour moi une question fort secondaireL
a Que messieuEB les agitataors potitiques se débnoiulkAt omaamm ils reiktendraiit*
« Quant à moi, je vous assure, monsieur le jnédaoésar, qns po«r que je sorte désormaiB de mon repos, il faudra que l'inexisrabie fatalité qui se joue de toutes les oonàbioaisosis hunaimes me place enlre des motears auxquels rien ne puisse résister^ car je prélenéa leur opposer jusqu'à nouvel ordre une foroe d'inertia invinriMo.
« Maintenant, permettez-moi d'aborder la deuxième partie de mes réflexions, qui coasiste à vous faire observer que les légitîsBStes ont une réputation de politesse, de dignité et même de loyauté, qoa Tarticle que vous avez publié à mon sujet ne justiAs mill^ ment.
« lia Léceniralisation m'estlombée plusieurs fois entre les mains et j'y ai toujours remarqué oette aiigrem*, cette colère >oiAréa« coite exaspération mesquine, qai n'appartiennent qu'aux faibles el amx ignorants. Je ne vous range certainement pas dans ces cattègaries» mais je sais obligé de constater le fait qoe je vous reproche.
■ Par exemple, vous m*aq|ipelea ironiquement le goerrieràan» trance, sans doute pour mieux faire ressortir le oeatraste qmi existe entre mes paroles et la sitaatioai ipate vous cherchea à me faire. Le contraste est une belle figure de pensée, dont laiiiétorîqne fait grand cas, et à ce point de vue ^ vous adresse mes sincères félicitations.
« Je ne saurais kralefiois aoquiesoer aussi facilement an portrait que vous faites de ma pauvre personnalité. 4e ne suis pas pins guerrier à outrance que je ne suis réfraotadre.
« Lorsque, avant le 28 septeaibre, je demandais la guerre à oa* trance, j'avais bien soin d'expliquer qu'il fallait auparavant snpprimer le système d'armement, d'organisation et d'administratioB préconisé par M. Gambetta et ses amis. 4e disais que laFranea serait écrasée si l'on persistait dans la v<Sie fatale où l'on s'était engagé.
« lies prévisions, hélas I se sont complètement réaltséeSy-et Tons devriez être assez juste pour le neooanattre. Lib ComrrJer de LfOiL, qui n'est pas tendre ncm plus pour les révolutionnaires » s'est montré dans certains cas plus digne et phis impartiid entrera oiat.
« J'ai connu autrefois des légitimistes «t des orléanistes : c'étaient des esprits élevés, honnéèaa, sinoères et profondément rdbigieuK, comme je Tétais moi-même à l'époque où j'écrivais ces poésies 'candides que le Progrès a sa me rappeler avec une aouénité do langage qui ne le cède pas i la vôtre.
< J'étais cependant déga un socialiste élémentaire et je oausai d'une fois de cette grande question de la vie économique des
cièlés avec vos coreligionnaires : le croirez-vans? au point de TVt& théorique, nons étions presque d*accord.
c C'est que les royalistes dont je vous parle étaient des royalistes sérieux, de Técole de Chateaubriand, de Berryer et de La Roche- JMqo^iii. Croyex-moi» monsieur le rédacteur, revenez à ces bonnes tnuUtions, si vous ne voulez pas que le système politique que vous défendez et, qui cartes en vaut bien un autre, reçoive de votre d^lorable manière de le défendre une ineffaçable flétrissure.
< Votre cause y gegnera et vos adversaires vous en estimeront daTttnUge.
« Recevez, monsieur, l'assurance de ma considération distinguée.
I Albert RICHARD K
■ P»-]S. Ce serait pea généreux de votre part de me refuser l'insertion de cette lettre, et j'espère que vous consentires à la publier Ji?<^^ra/e2ne?i2^; je prierais bien, par la même occasion, le SaJul public, le Courrier de Lyon et le Progrès de la reproduire, car ce n'est pas seulement pour moi qu'elle a de l'importance, mais je crains que ces journaux ne soient trop mal disposés pour moi.
{DécmtmlaaHon, 2 mars 18Tt.)
PIÈCE ffl
«ANITESTE DTJ COMITÉ CBNTIUL PÂDiRAllF DB LTOll '.
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
Palais Salnt-l^ieiTe, salle de rancienae Boorse.
COHrrÉ CENTRAL d'iNITIATTVE RÉVOLUTXOMNAmE, DEMOCRATIQUE,