PIECE XI
LES EXPLICATIONS DU CITOYEN lîEAUVOin.
« Lyon, 7 octobre 1870.
« Citoyen rédacteur de la Commune,
a Comme tous les hommes de cœur qui tiennent pour sacrée la liberté individuelle et pour un crime sa violation, vous désirez des détails sur mon arrestation. Les voici :
a Le 30, en vous quittant, je suis rentré chez moi; j'ai trouvé une note ainsi conçue : « De la part de Cluseret et Parraton... Signé : Richoux. » A dix heures du matin, ce Richoux et deux autres galopins viennent me dire que BaudyHne demande ; sur ma réponse que j*avais affaire et que, s*il avait besoin de moi, il pouvait venir. Richoux déclare qu*il a ordre de m*arrùter. J'avais envie de lui casser
LA TÊTE, MAIS, LE GIBIER NE VALANT PAS LA CHARGE, je IC SUis rUB Lui-
zerne, où il me remet avec un mandat, signé d'un juge d'instruction, qui ne m'avait pas été montré et dont j'ai en vain réclamé le double. Après une heure, je suis conduit ù Saint-Joseph en voiture cellulaire ; le lendemain, à cinq heures du soir, un juge d'instruction m'interroge sur l'affiche demandant que le suffrage universel soit appliqué à l'armée, affiche dans laquelle il vit une dangereuse conspiration.
« M'ayant déclaré qu'il no ine permettrait pas de formuler mes réponses à mon gré, j'ai protesté par une lettre entre les mains du préfet, dans laquelle j'ai déclaré que je ne répondrais plus à ce magistrat ; je n'en ai pas revu d'autre et, le 6, à six heures du soir, je suis sorti de prison par ordre du procureur qui, ne voyant pas qu'on doive renverser la tyrannie avec le tyran, me dit majestueusement : Vous êtes mis en liberté, mais... le cas est grave et je ne puis garantir que le juge d'instruction ne poursuivra pas.
« Rien n'est changé ; les choses allaient ainsi sous l'empire. Notre arrestation plébiscitaire et notre incarcération se firent sous le prétexte que l'Association internationale était une société secrète et illicite. Aujourd'hui, nous sommes d'accord avec les Prussiens, mais on a bien soin de ne pas ajouter, qu'il en est de môme avec tous les peuples pour renverser tous les despotes. Et, partant de cette infâme insinuation, un nommé M... du comité des intérêts publics, a dit devant témoins qu'il fallait se garder de me mettre en liberté, et d'autres qu'il fallait me fusiller, etc.
<( D'après les renseignements que j'ai pu obtenir, l'honneur de cette arrestation arbitraire appartient tout entier à ce procureur IMPERIAL DE LA RÉPUBLIQUE, qui a vouIu sauver la France,
* ff Mais, comme nous avons plus de foi dans la justice du peuple, qui
no saurait abdiquer, qu*cn celle de quelques magistrats dont toute la force repose sur ces lois qui faisaient aussi la force de TEmpire, nous n'acceptons d'autres juges que les assemblées populaires révolutionnaires, qui sont seules compétentes. Nous leurs demandons si celui qui, après avoir proclamé la république, a rkmis un ordre de
FAIRE sortir IMMÉDIATEMENT LOUIS ANDRIEUX DE PRISON, DEVAH" Y ÊTRE
INCARCÉRÉ PAR SON ORDRE 26 JOURS aprôs, pouF avoÎT osc dire au payii : Ta as devant loi les Prussiens qui avancent, la réaction qui lionspiro et la liquidation sociale qui te menace fatalement de la gueiTC civile après le départ des Prussiens, si tu n*as pas le courage de regarder la situation en face et d'agir énergiqucment ! Je ne dis rien du refus fait à ma famille, qui demandait à venir me voir dans ma prison, ni du chagrin qu'en a ressenti ma femme. ' « En finissant, merci aux amis courageux qui m'ont fait rendre à la liberté ; ma cause était la leur ; soyons toujours solidaires et nous serons forts ; en avant et courage ! la justice est avec nous.
« Ch. BEAUVOIR,
• Membre de rex-comité de saint public, 15, rue d'Algérie, Lyon. >