‹ L'Internationale et le jacobinisme au ban de l'EuropeChapitre 82 sur 159 · PIEGE XXII · texte numérisé non relu

PIEGE XXII

ÀLBBRT RICHARD EXPLIQUE LES MOTIFS QUI ONT DETERIIINÉ LA MANI- FESTATION DU 28 SEPTEMBRE.

Comité central du salut de la Franco

« l«r octobre.

« Monsieur le rédacteur du Progrès,

9 Je me tiens à quatre pour vous écrire cette lettre en termes assez modérés pour que vous consentiez à l'insérer dans votre journal. Je devrais cependant réclamer cette insertion comme un droit, car vous nous avez calomniés, vous et vos rédacteurs, d'une manière que je m'abstiens de qualifier pour que le qualificatif ne sonne pas trop désagréablement a vos oreilles.

« J'aime mieux penser que votre complète ignorance de la situation de la France en général, et de ce qui s'est passé le 28 septembre en particulier, a seule pu vous pousser à employer un langage aussi déloyal.

c L'affiche qui vous a tant déplu est à la fois l'expression d'une conviction sincère et profonde et l'exposé des mesures qui sont absolument indispensables pour sauver la France. A ce double titre, elle mérite votre respect. On dirait vraiment que vous autres bourgeois, vous n'avez pas conscience du danger que court la France. Vous vous figurez que c'est avec de petits moyens, comme des emprunts, des levées régulières, une organisation militaire bien inférieure à l'organisation militaire prussienne, que nous pou-

278 L'IÎNTTBBK^TIOKALR

yonsnom sauver. Slh bisiLl naasT0«Srdi60ii8> nous» çpm v«a9 nous menez à notre perte et que nous ne voulo&s pas tous sai::fre jusque-là !

• <c Le but de la manifestation du 28 septembre n'était pa9 de* faire appliqueriez programme cBe rafûche ;ril étaôt. sîmplâmenfe dé réolamer les: mesores suivantes :

« !• DerstUution des: auioritôs militaires ;

« 2<> Election des offîoxers par les soldats-;:

« 3^ Rôq[uisitions selon les besoins de- la sitnstioBL;.

« 4^ Mise en- liberté des militaires empnseonés peuc GeasBA pelitiques ou d'indiscipline;

• &> Oecupation des forts par la garde nationale r

« Qo Non-réduction du salaire accordé aux travailleurs de» eluAf tiers ;

< > Formation et réunion à Lyon d'une Convention populaire du salut de la France.

a Si les conseillers municipaux se déclaraient impuissants à faire exécuter ces mesures, les délégués de la manifestation devaient les inviter à donner leur démission.

« Il n'y avait pas (T autre plan : et la preuve, c'est que notre imposante manifestation a eu lieu sans armes. Si Ton a envahi l'hôtel de ville, si des gardes nationaux bourgeois ont été désarmés, si M. Hénon n'a pas été écouté, si AL Ghallemel-Lacour a été arrêté, c'est que Tabsence des conseillers municipaux du lieu des séances et le Bumque» de réponse ont impatienté le peuple ; vous lui accorderez bien cpie dans un pareil moment il a le droit de s'impatienter ?

« Les délégués du peupfe restèrent dans la salle des séances jusq}i!ft.yaExivée. des oanseiileos mjoAîfiipaujc, aLoss» que la gaide natienale en turme& suceédant à la mamfestatian. aajM wrmam avait entousé les* abords, de. l'hôtel de ¥ille.Noust expliquâmes eus eon^ aeiUesft auiaîcipaiix. là oaractère et la but de la mAaifeatation.. B n'y ea eut §as^ na seul qui osÂi la. biâœei;. PliiaieuM, et entoa autres M. Durand, en approuvèorent le sena ei firent seulement obsttver que- la eonseil municipal ne pouvait^ pas fURendee les mesures qu'en kkL demanda ifc. Nous, vépondîmeaique c'était précisémeal pour eela^^ nAua voulions : ou q|j.'ilse transCormâtea Assenabléa révolutionnaire, ou qu'il se retirât. J'ajoute qu'avant la mûâf esta» tJABL cinq^ eucStt eonseilleiratf municipaux avaicoU. adoptéi saoa réaenH)& ee devniav avia.

« La dificussieai en resta, là», et les eonaeiUeirs Bnmicipenx nena priÔDentde lea laifiser déliJ>évcr \. h'héteLde.mlle était de piua cm pkia eoiouffè; mai», bous aviana enoere dans les- conra intérieara» trois, eu (piaisa cenla- hemmaa qj^i s'étaienih îfi ba. saîa comiBaBi^,i annéaei mmûs de eartouches^ sans eomptev les sympathie» cea^ taîaea de pluaieura miliiess* de eitoyaaa dea hataiUona da Ia C^reîoif-

cna

EoiissSidolaGuillotioreeE des DroUosux. C'était plus qu'il n'en fallait tour conserver la poaiLioa. Nous l'avous cependant évacuée, ■parce que nous n'avions pas pour mission de nous imposer par la violence.

' Bien mieux, nous nous séparâmes en bonneinlelUgcnce avec les uOuseUlers municipaux, et l'un deux, le citoyen Rufiln, je crois, monta sur la table, s'étria que tous ceux qui étaient là n'avaient que de bonnes ioteations et qu'ils devaient tous se respecter et 'appela pei-aonnollemoni, Bie donna saleanslleiiient la main, et, soi' une interpellalion de BiscliûCf, tous Ica conseillers iréscnls déclarèrent qa'aiwiiues poursuites ne noas seraieal ialeaiùas \i que Biéme„ si Van voulait bous en inlonler, ils s'y O[tjtoat: raient. sépara ou. cri ifr^nnimft do :\'ivQ 1& république I Guerra anx PruaaieuB 1

• Nous n'avons donc pas obtenu satisfaction, mais aouB nenons sommes point conduits comme vous l'avez dit.

Au moment où ^ tcrcoiua ma lettre, ou m'apporte la Progrès l'aujourd'hui, qui contient on nouveau récit mensonger des faits se sont passés le SB septemlji'O. L'auleuc esl prêt, dit-il. à donner 'on met en douto sa véracité. Eh bien! qu'il le donne, car J'afllrmo, moi, qu'ij a meati en disant : i"* que j'ai, de conoert avec BischofT et Blanc, composé uno liste des membres d'un nouveau comité; â" que des mondais d'amener ont été lancés contre un aussi grand nombra de personnes; 3* qu'on se soit préoccupé de la caisse de la pcéfecluroi 4° qu'on ail signé lies bons do vivres jusqu'à concurrence de &0 francs pour les membres du eomité, La destitution du pi-élel ne pouvait ôtre de noli'S part un décret, maia seulement une proposition. Quant au géDëroI Maaore, j'avoue qu'il n'a pas dépendu do nous qu'il ne filt destitué sur-l»ehamp.

Ceci est la vérité,* car j'accepte la rosponsaliilLté da mes aotes B ne suis pas de la race des peureux. Plusieurs de mes amis ont arrêtés et j'ai EaiUi l'être moi-même.

Je termine en disant aux autorités actuelles : Vous n'a vei rien à nous reprocher el jo vous conseille amicalement de ne pas nous jftter to dêli. Ce moment est solennel, noua altanduus lu mise en Ubcrté de nos axnis.

. AuuiRT maiABD. .

Lettre de Bakounine a Palix.

« Lyon, ce 28 septembre 1870.

c Mon cher ami,

« Je ne veux point partir de Lyon sans t'avoir dit un dernier mot d'adieu. La prudence m*empôche de venir te serrer la main une dernière fois ^. Je n'ai plus rien à faire ici. J'étais venu à Lyon POUR combattre ou pour MOURm avec vous. J'y étais venu parce que je suis profondément convaincu que le cœur de la Finance est redevenu, à cette heure suprême où il y va de son existence ou de sa non-existence, la cause de l'humanité

« J'ai pris part au mouvement d'hier et a'Ai signe mon nom sous

LES résolutions DU COMITÉ DU SALUT DE LA FRANCE, parCO qu'il est

évident pour moi qu'après la destruction réelle et de fait de toute la machine administrative et gouvernementale, il n'y a plus que L'ACTION IMMÉDIATE ET RÉVOLUTIONNAIRE DU PEUPIJE qui puisse sauver la France. Tous ces Français de l'ancienne administration du pays, toutes ces municipalités composées en grande partie de bourgeois ou d'ouvriers convertis à la bourgeoisie, gens routiniers, s'il en fut, dénués d'intelligence, d'énergie et manquant de bonne foi ! tous ces procureurs de la république, et surtout ces préfets, commissaires extraordinaires munis des pleins pouvoirs militaires et civiles (sic), c'est-à-dire investis do la pleine dictature PAR L'AUTORITE FABULEUSE ET FATALE DE CE TRONÇON DE gouvernement provisoire qui siège à Toui*s î tout cela n'est bon que pour paralyser les derniers efforts do la France et la livrer aux Prussiens.

« Le mouvement d'hier, s'il s'était maintenu triomphant, et il se serait maintenu tel SI LE GÉNÉRAL CLUSERET N'AVAIT POINT TRAHI LA CAUSE DU PEUPLE, on remplaçant la municipalité lyonnaise, à moitié réactionnaire et à moitié incapable, par un comité révolutionnaire émanant directement de la volonté du peuple, ce mouvement aurait pu sauver Lyon et la France.

« Peut-être en serait-il temps encore. Je ne doute pas que, si le peuple lyonnais le voulait bien, il pourrait encore imposer sa

t Nous avons déjà signalé que Bakounine avait été arrêté, le 28 septembre, dans

riQtérieiir de Thôtel de ville et détenu pendant quelques heures. Ce ne fut que

orsque l'émeute fut triomphante, que Parraton, acclamé par elle vice-président du

nouveau gouvernement, s'enquit du lieu où se trouvait a cet ami du peuple » et donna

Tordre à un ofûcier d*étal-major d* aller le délivrer.

volonté A TOUTES CES AUTORITÉS DE PARADE QUI SE SONT IMPROVISÉES POUR LE MALHEUR DE LA FRANGE. Mais je crains que le peuple lyonnais ne le fasse que lorsqu'il sera trop tard pour opposer une résistance formidable à l'attaque des Prussiens, et lorsque Lyon sera tombé au pouvoir de ces derniers, ce qui ne manq[uera pas d'arriver ; si l'état des choses n'est point changé en vingt-quatre heures, la France sera perdue. Elle n*aura plus pour sauver, non son existence comme grande nation, libre et indépendante, mais sa dignité, son honneur, que la démocratique cité de la Méditerranée, Marseille. Marseille ne tombera pas aux mains des Prussiens, j'en suis sûr. Mais Mar^ille ne pourra pas sauver la France.

€ Je quitte Lyon, cher ami, le cœur plein de tristesse et de prévisions sombres. Je commence à penser maintenant que c'en est fait do la France. Elle deviendra une vice-royauté de TAllemagno. Â la place de son socialisme vivant et réel, nous aurons le socialisme doctrinaire des Allemands qui ne dironif plus que ce que les baïonnettes prussiennes leur permettront de dire. — L'intelligence bureaucratique et militaire de la Prusse unie au knout du czar de Saint-Pétersbourg vont assurer la tranquillité et Tordre public, au moins pour cinquante ans, sur tout le continent de l'Europo,

€ Adieu la liberté, adieu le socialisme, la justice pour le peuple et le triomphe de l'humanité. Tout cela pouvait sortir du désastre actuel de la France. Tout cela en serait sorti, si le peuple de France, si le peuple de Lyon l'avait voulu.

« Enfin n'en parlons plus. Ma conscience me dit que j'ai rempli mon devoir jusqu'au bout. Mes amis de Lyon le savent aussi et je dédaigne le reste

« Michel BAKOUNINE. »

Proclamation adressée par Cluserei aux hahitauts do Lyon la Jour

do son départ pour Marseille.

« 29 septembre 1870.

• Citoyens,

« Appelé par vous dans vos murs, j'y suis venu, confiant dans votre loyauté, me mettre a votre disposition pour l'organisation des volontaires.

c Depuis dix jours qae je suis ici, rien n'ar été fait. Calomnié dans mon passée mes actes et mes intentionSf ra£Mi nom est nn élément de discorde. Ja veux, rester fidèle à ma mission complélftment étrangère à la poliiique et ne m*occupar que de rorganisation de la défense L

t En conséquence, je me rends à Marseille où je compte trouver des éléments plus disposés à l'action. Je reviendrai, alors le temps aui*a calmé les esprits et j'espère que la justice aura repna ses droits.

< Mais rappelez-vous que vous avez vingt joursr pas plus, pour vous préparer ù recevoir les Prussiens. Vous ètea comptables de chaque minute envers la patrie, n*en perdez aucune en réerimlna* tioas oiseuses.

« Vive la répuMcpie et en avant contre lea Prussiens I

. Général G. CLUSERET. •

PIECE xxm

LETTRE ECRITE PAU BASTELICA ET COMBES DE MARSEILLE AU PROCU^ REUR DE LA REPUBLIQUE DE LYON POUR LE METTRE EN DEMEURE DE CESSER LES POURSUITES DmiGEBS CONTRE EUX.

Timbre blf u portant ces mots : Ifsoeiation internationale des travailleurs , sectioD de Marseille.

« Marseille, 23 octobre 1870.

« Monsieur le procureur de la république,

a Nous avons appris que deux mandats d'amener avaient été lancés contre nous par votre parquet.

« Les délits et crimes qui nous sont imputés nous ont singulièrement étonnés ; — les procédés de votre justice, renouvelés de Ybo^ cion régime, nous ont simplement stupéfiés I Nous ne prétendons pas nous soustraire à une interrogation régulière et... républicaine ; nous ne voulons pas non plus éviter les formalités d*un procès , les bases en fussent-elles fausses ou iniques^ mais notre passé, nos principes nous obligent impérieusement à exiger du pro-

< Fidèle à ce progrannne, CTuseret s'était rendu-, le 90 septembre, dans le qnarltar de la Croix -Rousso, pour déclarer aux gardes nationaux réunis poar Vàwwtkm qu€ le momêitt était venu â^agir avec énergie contre la réaction.

cureur et du tribunal qui nousappeUent par devers eux des garanties de Justice et de Légalité républicaines qua nous ne rencontrons pas dans la façon d'agir du parquet de Lyon.

« Le système de la prévention et des mandats d'amener dont nous avons été individuellement victimes sous le régime ignoble de NUI est jugé par tous les républicains sincères, et nous le sommes U — N'y revenons donc pas.

« En conséquence et en l'état de la situation présente, surtout si vous voulez éviter des troubles à Marseille, nous vous engageons à retirer les mandats qui nous sont personnels et auxquels — de par la volonté du peuple souverain — nous nous refuserions en tous cas et formellement de répondre, — et d'attendre, pour instruire le procès que vous nous intentez, que les Prussiens aient évacué noire sol.

a Agréez, monsieur^ l'assurance de notre considération.

« BASTELIGA,

a Secrétaire correspondant pour le Midi de rA^sociation internationale des travailleurs, membre des comités : révolutionnaires-espagnol-polonais, B. des Dames, 3â.

« E. GOMBESy

« Secrétaire de la chambre fédérale du travail, membre de rinternationale, et membre du comité révolutionnaire, me Durent, n^ SL »

Page 1