‹ L'Internationale: son origine, son but:Chapitre 1 sur 59 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

Nous écrivions dans la préface de notre première édition, sous la date du 10 mai 1870 :

« Le moment est venu de faire connaître d'une « manière nette et précise quel est le but de Tln- « ternationale, dont le développement rapide est de « nature à effrayer tout homme qui réfléclnt à l'im- « mense danger qu'une aussi puissante organisa- « tion fait courir à l'ordre social.

« Il importe de considérer les tendances, les « principes, les moyens d'action et les ressources << de l'Internationale; de prendre cette association « à son berceau, d'en étudier l'organisation, de « voir le rôle important qu'elle joue chaque jour « dans les grèves, l'esprit d'union qui anime ses

« membres, leur obéissance aveugle à toutes les

« instructions qu'ils reçoivent, et d'examiner avec

« quelle prodigieuse rapidité elle a successivement

« agrandi le cercle de son influence, non-seulement

« en France, mais encore dans une partie de l'Al-

« lemagne, en Amérique, en Italie, en Belgique, en

« Pologne, en Russie, en Autriche, en Suisse, en

" Suède, en Danemark, en Angleterre, et même

(' en Espagne,

« Il nous sera facile de démontrer que, sous pré- « texte de s'occuper de l'émancipation des travaille leurs, de la lutte à établir contre le capital, de <' l'amélioration des classes ouvrières, l'Internatio- V nale ne tend, en réalité, qu'à détruire, qu'à (< bouleverser de fond en comble les bases actuelles ■: de l'organisation sociale, qu'elle se mêle très- « activement de politique, et qu'il lui sera loisible, « à un moment donné, d'entraîner dans un mou- « vement révolutionnaire ses millions d'adeptes. « C'est dans les discours, dans les écrits de ses « membres, dans les feuilles officielles de l'Inter- <' nationale, que nous trouverons la preuve mani- (' feste de cette assertion : nous aurons soin de <' multiplier les citations et de mettre sous les « yeux du lecteur des documents dont l'authenti- « cité ne pourra être contestée et qui suffiront « pleinement pour l'édifier.

« Cette étude aura pour résultat d'éclairer l'opi- « nion publique sur les dangers que présente l'In- « ternalionalc et sur Vœiivre subversive dont elle

« poursuit le triomphe avec tant de succès, en « France et en Europe.

« Il est temps de se prémunir et d'aviser : au « moment où l'on sollicite instamment l'abrogation « de V article 291 et où cette question va faire « l'objet des débats législatifs, il n'est pas sans « intérêt d'appeler l'attention sur l'inopportunité de « cette abrogation. »

Les événements n'ont que trop justifié nos prévisions. C'est l'Internationale, et l'Internationale seule, qui a suscité et dirigé l'insurrection du 18 mars; c'est elle encore qui a provoqué les émeutes de Lyon, Marseille, Narbonne, Saint- Etienne, le Creuzot. Lisez V Égalité, journal officiel des sections de la Suisse romande (numéro du 27 mai 1871), et vous demeurez convaincu que r/72ternationale et la Commune de Paris ne faisaient qu'un.

Dans' un prochain ouvrage, nous dévoilerons, PIÈCES ET DOCUMENTS A LA MAIN, los agisscments de l'Internationale : nous verrons comment elle a pu se développer et grandir à la faveur de nos désastres et du profond désarroi où se trouvait le pays ; nous signalerons son attitude, à Paris, pendant le siège et, plus tard, pendant la période insurrectionnelle ; à Lyon, le 28 septembre 1870, les 23 mars et 30 avril 1871 ; au Creuzot, au mois de mars, etc.

Nous expliquerons dans quelles circonstances a

été réorganisé le conseil fédéral des sections parisiennes (1) ; nous rechercherons l'appui et le concours qu'il a trouvé dans une partie de la garde nationale.

Nous étudierons les menées révolutionnaires de l'Internationale dès le mois de septembre 1870. Nous suivrons ses délégués à l'étranger et dans nos principaux centres industriels. Nous initierons en un mot le lecteur à tous les faits et gestes de l'Internationale depuis le mois de juin 1870 jusqu'au mois de mai 1871.

L'Internationale préoccupe aujourd'hui au plus haut point l'opinion publique : dans une récente circulaire, M. le Ministre des affaires étrangères vient d'appeler l'attention de l'Europe sur les dangers que présente une association aussi puissamment organisée.

Le moment est pressant : si des mesures radicales et énergiques ne sont pas prises par la France et concertées avec les autres gouvernements, la révolution sociale triomphera bientôt, et, dans quelques années, dans quelques mois peut-être, nous assisterons, impuissants et désarmés, au spectacle d'incendies, de pillages et d'actes d'mfamie analogues à ceux dont Paris vient d'être le théâtre.

L'Internationale est un véritable fléau ; il est de

(1) Henri GouUé remplissait les fonctions de secrétair« du conseil fédéral.

notre devoir le plus impérieux de le combattre vigoureusement : il y va de l'existence même de la société.

Bourgeois et capitalistes, vos jours sont comptés; à vous de veiller et surtout d'aviser : il n'en est que temps.

Quant à nous, nous ne faillirons pas à notre tâche et, quoi qu'il arrive, nous saurons braver l'orage jusqu'au bout. Nous ne déposerons les armes que lorsque l'Internationale n'aura plus droit de cité en Europe. '

OSCAR TESTUT,

(avocat).

Paris, lo 10 juin 1871.

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