‹ L'Internationale: son origine, son but:Chapitre 29 sur 59 · RÈGLEMENT FÉDÉRATIF DES SECTIONS ROMANDES · texte numérisé non relu

RÈGLEMENT FÉDÉRATIF DES SECTIONS ROMANDES

1° La fédération a pour but de relier les sections romandes et d'imprimer une direction commune à leurs efforts, afin que la solidarité pratique devienne une réalité.

2° Les sections peuvent parfaitement rester en dehors de la fédération romande, tout en conservant leur caractère de sections internationales.

3° Les sections conservent leur autonomie pourvu que,

\i) Ce règlemenl fédératif a été élaboré el discuté dans le premier Congrès romand, tenu à Gfiiève, au Cercle des Qualre-Saisocs, du 2 au 4 janvier 1869.

dans leurs actes et règlements, il n'y ait rien de contraire aux statuts généraux et fédéraux.

Les sections doivent vciUer à ce que chacun de leurs membres soit conslannuent au courant de tout ce qui concerne l'Association internationale. Elles travailleront activement à l'établissement de toutes les institutions capables d'améliorer la position des ouvriers ; ces inslituiions ne doivent rien avoir de contraire aux principes proclamés par l'Internationale.

En cas de conflit, ce sera ou un conseil d'arbitres, ou le Congrès romand et au besoin le Congrès général qui décidera.

Les seciions sont moralement obligées de soutenir le journal.

4" Dans les localités où il y a plusieurs sections, elles doivent constituer un comité local, qui est l'intermédiaire entre les sections et le ccuuité fédéral.

Les comités locaux ou cantonaux, là où il y aura lieu d'en établir, doivent faire une propagande active, en vue du triomphe de la cause internationale, dans leur localité ou canton.

5° Les sections d'une localité peuvent se réunir en assemblée générale aussi souvent qu'elles le jugeront convenable; les décii-ions de ces assemblées sont supérieures à celles des sections isolées, tant qu'elles ne sont pas contraires aux intérêts particuliers de ladite section.

6° La ilireciîon générale de la fédération est confiée à un comité fédéral composé de sept membres, nommé chaque année par le Congrès romand. Le secrétaire général reçoit une rétribution annuelle fixée par le Congrès.

Le comité fédéral correspondra partout où besoin sera dans l'intérêt de l'Association et des seciions. Il donnera, soit au Conseil général, soit aux sections, tous les renseignements qui lui seront demandés.

Il a la surveillance morale du journal. En cas d'une jjrève dépassant les limites d'une localité, il en prend la direction sous le contrôlti d'une commission de neuf membres nommés par les localités belligérantes.

Le comité fédéral est responsable devant le Congrès romand et pctt fitre révoqué par lui.

Le Congrès fixera chaque année une cotisation pour subvenir aux frais gt''néraiix.

7" Tous les ans il y aura un Congrès romand; chaque section a le droit d'envoyer deux délégués.

Telles sont les principales dispositions du règlement fédératif adopté par le Congrès de Genève.

La cotis;ition fédérale annuelle a été fixée à 10 centimes par membre.

Le traitement du secrétai)'e général est fixé, pour la première année, à la somme de cent francs.

Il est décidé, à l'unanimité, que le prochain Congrès romand anra lieni à la Cliaux-dc-Fonds, le premier lundi d'avriH870.

Genève est désigné comme siège fédéral.

Il est procédé à la constitution du comité fédéral ; sont nommés :

Brosset. — Duval. — Chénaz — Perret, Napoléon. — Guilmaud, — Martin, Louis.

(Extrait du journal VÉgalité, numéro du 10 avril 1869.)

Des Congrès,

Les congrès ou meetings, avons-nous dit plus haut, sont un des moyens d'actio-n de l'Internationale. « Il est cercc tain, écrivait le général Cluseret (I) {Démocratie du

(1) Le soi-disant général Cluseret est membre de l'Association internationale, section de New- York, depuis 1865 ; l'article dont nous reproduisons des extraits a été inséré dans le Progrès du Lofle du ler mai 18()9 et ['fnlernationalc du 1.^ mai 18ti9. Le soi-disant général CluserRt, chevalier d'industrie du plus haut mérite, ex-lieutenant au 146 de ligne, était un espion prussien : pemlant son séjour en Suisse, au mois de décembre 1870, des sommes d'arnent lui ont. été remises par M. Rader, ambassadeur de Prusse. Il est di'venu plus tard déléirué de la Commune au ministère de la guerre. — Nos lecteurs n'ont pas. oublié le rôle qu'il a joué pendant l'insurrection du 18 mars.

« Il avril 1860), que c'est de ces assemblées vraiment « populaires que doit sortir l'avenir social. Lorsque l'on a compare, ajoutait-il, la discussion savante, morale, praoc tique des questions économiques, dans ces meetings, avec « l'esprit superficiel des écoles bourgeoises, l'on peut se « rendre compte de tout l'espace parcouru, comme de la u distance qui sépare le passé économique de l'avenir « social, a

Avant de présenter l'historique des différents congrès internationaux, il convient d'indiquer leur mode de réunion et de composition, et de faire connaître leurs attributions et le rôle qui, en cette matière, est dévolu au Conseil général.

Un congrès international a lieu chaque année ; c'est au Conseil général qu'appartient le soin de l'organiser et d'en arrêter le programme définitif. Il est tenu de porter le programme de chaque congrès à la connaissance de toutes les sections par l'intermédiaire des diverses fédérations et des secrétaires correspondants. Ce programme est publié dans tous les journaux de l'Internationale. A chaque Congrès, le Conseil général doit faire un rapport public sur les travaux et la situation de l'Association dans les différents pays ; il présente un résumé des principales grèves qui se sont produites en Europe depuis le dernier Congrès et constate en même temps les progrès qu'a faits l'Internationale pendant celte période.

Le Congrès annuel représente le pouvoir législatif ; c'est le Conseil général qui remplit le rôle du pouvoir exécutif.

Le Congrès ré mi indique le siège du Cunseil général,nomme ses membres et choisit le lieu de la prochaine réunion. A l'époque fixée et sans qu'il soit nécessaire d'une convocation spéciale, tous les délégués se réunissent aux lieu et jour désignés. Si des circonstances imprévues ne permettaient pa-^ de se rendre dans la ville ou doit se tenir le Congrès, le Conseil gént'ral est investi du pouvoir de désigner un autre endroit ; mais il ne peut, en aucun cas, changer l'époque- de la réunion. Il reste libre, en cas d'urgence, de convoquer le Con;,'rès avant le terme fixé. C'estle Conseil général provisoire élu par l'assemblée du 28 septembre 1864, à Saint-Martin'sHall, qui avait décidé

— vu

qu'un pi'emier Congrès aurait lieu à Genève le 3 seplembre 186G.

La révision des statuts et règlements de l'Internati nale peut être faite par chaque Congrès à la demande de deux des délégués présents. (Art. lo du l'èglement.)

Chaque section a le droit d'envoyer un délégué au Congrès. Si la section n'est pas en état d'envoyer un délégué, elle peut s'unir avec les pections voisines et choisir un délégué commun pour tout le groupe. (Art. 9.)

Les délégués reçoivent une indemnité de la section qui les a nommés. (Art. 10.)

Chaque délégué n'a qu'une voix au Congrès. ( Ai't. 13.) Les délégués ne peuvent prendre part aux délibérations qu'aat.ml que les sections qu'ils représentent ont payé leur cotisation annuelle au Conseil central de Londres.

Étudions maintenant chaque Congrès en particulier, et présentons un résumé de leurs travaux.

l. Coiigrcsde Genève (1).

Le premier Congrès international a été tenu à Genève, le 3 septembre 18(36, dans la salle de la brasserie Treiber, sous la présidence de Jung, membre et délégué du Conseil central de Londres. Le nombre lotal des délégués était de soixante. Étaient présents : Duplcix, président de la section française de Genève ; Becker, président de la section allemande de Genève ; Heilt, délégué de la même section ; Coulleiy, président de la section de la Chaux-de-Fonds; Card, délégué de la section française de Genève ; Moll, délégué de la section de Cologne et de celle de Solingen; Cremer, Dupont, Odgers, Eccarius, délégués du Comité central de Londres; Vuilleumier et Peter, délégués de la section de la Chau\-de-Fonds ; Cornaz, délégué de la section de Lausanne ; Muller, de la section de Stuttgard ; Riitter, de la section de Migdebourg ; Schiaifer, de la société des ouvriers allemands de Lausanne; Biirkli, des sec-

(1) Un rapport sur ce Congrès sous ce titre : Congrès oucrier de rAssociation internationale des Tracailleurs tenu à Genève du 3 (tu 8 septembre 1866, a été publié à Genève en ISGG. .J'>iP"™C'"ie J.-C. Ducommun et C«, route de Carouge.

tions (le Zurich et de Wezikon ; Murât, Varlin, Boùrdoin, Tolain, GuiUard, Malon, Perrachon, Camelinat, Culin, Cliénialé et Friboui'g, de la section de Paris; Âubry, de la section de Rouen; Schettel, Ricliard, Secrétan, Bondy, déléyu«5s de la section de Lyon, et Bocquin, déli-gué deMon- Ireux. Le bureau lut ainsi composé : Jung, président ; vice- -présidents : Dupleix et Beoker; secrétaires : Coullery, Gard, Bourdon etMolJ (l).

A l'ouverture du Congrès, des discours furent prononcés par Dupleix, Beckor et Coullery ; il fut procédé le même jour à la constitution du bureau.

La séance du 4 septembre fut presque entièrement remplie par la lecture de deux énormes mémoires relatifs à la situation de l'Internationale et aux questions soumises à la discussion du Congrès, émanant l'un du Conseil central de Londres, l'autre de la section de Paris.

La séance du o fut consacrée à la discussion des statuts de linternationalc, statuts qui sont encore en vigueur et que nous avons reproduits plus haut (2).

Les questions suivantes furent successivement discutées :

1° Combinaisons d'efforts à organiser au moyen de l'Association dans les différentes luttes entre le capital et le travail.— Après desdébats auxquels prennent part Tolain, Fribourg, Coullery, Card, Beckei', Dupont, l'assemblée décide que le Conseil central dressera, au moyen des rapports des différentes sections, une statistique exacte des conditions du travail dans tous les pays, et qu'un bulletin mensuel portera cette statistique à la connaissance de toutes les sections.

2° Réduction des heures de travail. — Une vive discussion s'engage sur cette question entre Vuilleumier, Odgers, Coullery, Butter, Murât, Cornaz, Schlaifer, Becker, Mûller et Hoppenworth. Le Congrès décide que la réduction des

(^1) Quelques étudiants, tels que Protot, Rey, Calevaz, Jeunesse et Humbert prirent part à crs discussions. Protot est le même que celui qui est devenu plus tard ministre de la justice pendant le règne des communards parisiens.

(2) Pa«e 97.

heures de travail doit être le premier pas en vue de l'émancipation de l'ouvrier; qu'en principe, un travail de huit heures par jour doit être considéré comme suffisant, et que le travail de nuit ne doit être permis qu'exceptionnellement par la loi.

3" Travail des femmes et des enfants. — Eugène Dupont présente un rapport sur cette question, au nom du Comité central .le Londres; ses conclusions sont adoptées. Elles comlamnent en principe le travail de la feinuje dans les manufactures , ùomme une cause de la dégénérescence de la race humaine et de la démoralisation; elles condamnent également le travail excessif des enfants. <Pag. 9 et 20.) Coullery, Butter, Chémalé, Tolain et Fribourg parlent dans le même sens que Dupont.

4" Sociétés ouvrières (Trade's-Unions), leur passé, leur présent, leur avenir. — L'assemblée reproche à ces sociétés de s'occuper trop exclusivement des luttes immédiates; elles doivent agir contre le système capitaliste lui-même et viser au grand but, celui de l'émancipation de la classe ouvrière tout entière. Leurs différents délégués, réunis à Sheffield, ont recommandé à leurs sociétés de s'aflilier à l'Internationale.

5° Travail coopératif.— Eccuv'm^., Cremer, Fribourg et les autres délégués prennent part à la discussion, et démontrent péremptoirement que l'Association doit tendre à généraliser le mouvement coopératif, mais non à le diriger ou à lui donner une certaine forme.

6° Impôts directs et indirects. — Le Congrès, sur la proposition des délégués français, émet le vœu que l'impôt soit direct, comme cela existe dans la République de Neuchâtel.

7° Institution internationale du crédit.— Sur la proposition des délégués français, le Congrès met à l'étude, dans toutes les sections, le crédit international, et propose une fédération de toutes les banques ouvrières, créées ou à créer.

pour les relier plus tard en un établissement central de l'Association internationale des travailleurs.

8° De la nécessité iVnnéaniir l'influence du despotisme russe en Europe par l'applicntion du droit des peuples de disposer d' eux-mêmes, et la reconstitution d'une Pologne sur des bases démocratiques et sociales. — Aucun vote n'eut lieu sur cette question, malgré la réclama'.ion de Becker et des délégués anglais ; le Congrès se borna à protester contre toute espèce de despotisme, à souhaiter l'émancipation en Russie comme en Pologne, et à repousser la vieille politique, qui oppose les peuples les uns aux autres. (Pag. 23 et 24.) Une déclaration dans ce sens, signée par tous les membres, fut jointe au procès-verbal.

9° Des armées permanentes dans leurs rapports avec la production. — Le rapport du Conseil central conclut à la^ condanuiation des armées permanentes, à Varmement général du peuple et à son instruction dans le maniement des armes. Vnilleumier, Coullery, Cliémalé, Butter, Hoppenwortli et Heilt parlent dans le même sens. Tous les membres du Congrès se rangent à cette opinion.

W Des idées religieuses, leur influence sur le mouvement socicd, politique et intellectuel. — Le Congrès passe à l'ordre du jour sur cette question, en ordonnant d'insérer dans le procès-verbal toutes les opinions émises par Péter, Coullery, Millier, OJgers, ScUlaifer et Tolain.

11" Etablissement des sociétés de secours mutuels. Appui moral et matériel accordé aux orplielius de l'Association. — Cette proposition est dife à l'initiative de la section de Genève ; le Congrès décide la mise à l'étude des moyens d'universaliser les secours mutuels et propose que toutes les sections soient invitées à fournir des renseignements dans ce b'it.

Le Congrès, sur la proposition de Cornaz, choisit Lausanne pour la prochaine réunion du Congrès, qui s'ouvrira le premier lundi du mois de septembre 1867 (2 septembre).

]/. Congrès de Lausanne.

Ce Congrès a eu lieu ù Lausanne, le 2 septembre 1867, dans la grande salle du Casino , sous la présidence d'Eugène Dupont. Voici la liste exacte des délégués qui y assistaient : Carter James;, parfumeur, membre du Conseil général; Eccarius (Georges), Lessner et Dupont, niembFes du Conseil général ; Walton. architecte, pi-ésident de la Sational lieform League, à Brecon, South Wab^s (Angleterre); Sw an (Daniel), riibanierà Covenlry; Marly, Fribourg, Garbe, Pioley, Reyniond, Chémalé, Mur.it, Tolain et de Beaumont, délégnés de la section de Paris; Longuet (Chailes), journaliste, des sections de Caeu et de Condésur-Noireau ; Schetell et Palix, de la section de Lyon; Rubaud, de la section de Neuville (Rhône) ; Chassin, île la section de Yillefranche (Piliône; ; Ailloud, de la section de Vienne; Vézinaiid, de la soclion de Bordeaux; Aubry,dela section de Rouen; Vasseur, des sections de Marseille et de Fuveau; de Paepe, des sections belges; Tanai-i (Sébasliano), délégué des sociétés de Bologne et de Bazzano ; Klein, des sections de Cologne et de Solingen; Ti-éboux, Quinet, Monchal, Perron, Duph-ix, Blanc, Bicker el Millier, de la section de Genève; Gret, Favrat, Aviolat, Ivislner, Liwenlhal, Kircher, Schlaii'er et Raoux, de la section de Lausanne; Cucndel-Kung, de Sainle-Croix (Vaud) ; Guillaume James, de la section du Locle; Vanza, de la section de Saint-Imier; Biirkly et Krebser, de la section de Zurich ; Kugelmann , du Hanovre ; Biichner (Louis) , de Darmstadt; Neubrand et Coullery, de la section allemande de la Chaux-de-Foiids ; Frey, de la section de Bâie ; Halner, journaliste, de la section de Morat; Roth, de la section de Bienne; Gries, délégué de l'Arneiler Bildiings Vcrein; Forderer et Specht d'Yverdon (Vaud) ; Runkel, de la section allemande de r^cuchâtel; Gaspard Stampa, délégué du Comité central des associations ouvrières italiennes de Milan ; Lombard (Martin), professeur, délégué de la société du Griitli de Déléniont ; Holïiiann-Ritttner, Juat Sessier, Bory-Mollard, Kaiser, Ruclionnet, et Cliarton-Rochat, délégués de la Société industrielle et commerciale de Lan-

saune ; Laflciulorf, de la section de Magdebourg; Allemann, déli'gué (le l'Arbeiter Vcrein de Berne; Lange, délégué de Duisburg(PiHisse rhénane") ; Stnnip,des sections de Mayence et de Wieshaden. (Total, 71 délégués.)

Le bureau était ainsi composé,: Dupont, président; vice-présidents, Eccarius et Becker; secrétaires, Vasscur, Guillaume, Biichner et Biirkiy.

Les premières séances furent consacrées à la lecture du rapport du Conseil général sur sa gestion, et des rapports particuliers des comités centraux et des différentes sections sur leur activité et leur situation respective. Ces rapports furent présentés par les délégués des sections de Bruxelles, de Paris, de Neuville-sur-Saône, de Marseille, de Vienne, de Rouen, de Caen et de Condé-sur-Noireau, de Morat, de Saint-Tmicr, du Locle, de Villefranche (Rbône), de B'ile, de Vevey, de Cologne et de Solingen, de Lausanne, de Neucbàtel, de Biennc, de Bologne et Bazzano, du Comité central italien, de la Chaux-de-Fonds et de Genève.

Le Congrès aborde ensuite les questions soumises à sa discussion (1).

1° Quels sont les moyens pratiques de rendre l'Association internationale un centre commun d'action pour la classe ouvrière dans la lutte qu'elle soutient pour s'affranchir du capital ? — Le Congrès, api'ès une longue discussion, adopte, sous forme de résolutions, les dispositions réglementaires que nous avons reproduites plus haut. (P. 103.)

2° Comment les classes ouvrières peuvent-elles utiliser pour leur émancipation le crédit qu'elles donnent à la bourqeoisie et aux gouvernements? — Crédits et banques populaires. — Monnaie et papier monnaie. — Assurances mutuelles.— Sociétés ouvrières.

Cette question fut soumise à l'examen d'une commission composée de neuf membres : Walton, Longuet, Mondial,

(l)L'n rapport officit'l de ce Congrès a été publié, en 186", à la Cliaux-de-Fonds, imprimerie de la Voix de l'Avenir, 18, rue Léopold- Robert.

Aubry, Ailloud, Kugelmann, Biirkly, Schlaifer et Stampa. Le rapport de la coniinission fut présenté par Longuet. De Paepc, de Bruxelles, donna également lecture d'un travail sur la même question, dû à la section belge. Schlaifer, Chémaié, AYallon, Eccarius, Aubry, Longuet, Lessner, Carter, Mui'at et de Paepe prennent part à la discussion. Le Congrès adopte les résolutions suivantes, sur la proposition d'Eccarius : « Le Congrès invite d'une manière pres- « saute les membres de l'Association internationale, dans a les différents pays, à user de leur influence pour ame- « ner les sociétés de métier à appliquer leurs fonds à la « coopération de production, connue le meilleur moyen « d'utilist r, dans le but de l'émancipation des classes' ou- « vrières, le crédit qu'elles donnent maintenant à la classe ce moyenne et aux gouvernements.- »

3° Les efforts tentés aujourd'hui par les associatiom, pour V émancipation du quatrième état (classe ouvrière), ne peuvent-ils pas avoir pour résultat la création d'un cinquième état, dont la situation serait plus misérable encore? La mutualité ou réciprocité, considérée comme base des rapports sociaux. — Equivalence des fonctions. — Solidarité. — Sociétés ouvrières,

Biicbner, de Paepe, 3Iurat, Millier et Garbe étaient membres de la commission chargée de l'exanien de cette question. De Paepe fut nommé rapporteur. De Beaumont, Murât, Eccarius, Becker, Chémaié, Coullery, Tolain développère it successivement leurs théories en cette malièfe. 1° Le Congrès reconnut que les efforts tentés aujourd'hui par les associations ouvrières (si elles tendent à se généraliser en conservant leur forme actuelle) tende- nt à constituer un quatrième état ayant au-dessous de lui un cinquième état plus miséi-abie encore.

« Le danger supposé de la création d'un cinquième état « amené par les effoi'ts actuels des associatious ouvrières « s'évanouirait à mesure que le dévelnppemeut de l'indus- « trie moderne rendrait impossible la production sur une « petite échelle. La production moderne sur une grande « échelle fusionne les efforts individuels et fait du travail « coopératif une nécessité pour tous.

oc 2" Pour obvier à ce danger, le Congrès pense qu'il est « nécessaire ([ue le prolétariat se convainque bien de cette a idée : que la transformation sociale ne pourra s'opérer « d'une manière radicale et définitive que par des moyens a agissant sur l'ensemble de la société et conformes à la « réciprocité et à la justice.

« S" Néanmoins, le Congrès pense que tous les efforts -^ des associations ouvrières doivent être encouragés, sauf « à faire disparaître autant que possible du sein de ces » associations le prélèvement du capital sur le travail, a c'est-à-diref à y faire pénétrer l'idée de mutualité et de « fédération. »

40 Travail et capital. — Chômage. — Les machines et leurs effets. — Réduction des heures de travail. — Division du travail. — Transformation et extinction du salariat. — Ri'jmrtition des produits. Membres de la commission : Dupleix, Quinet, iMarly, Schettel et de Beaumont. Murât, Coullery, ïolain, Chémalé, Dupont, Perron etEccarius prennent la parole sur le rapport présenté, au nom de la commission, par Quinet. Le Congrès déclare que dans l'état actuel de l'industrie qui est la guerre, « on doit se « prêter aide mutuelle pour la défense du salaire, mais « qu'il croit de son devoir de déclarer qu'il y a un but plus a élevé à atteindre, qui est )a suppression du salai'iat. il « recommande l'élude des moyens économiques basés sur f la justice et la réciprocité. »

3" Fonctions sociales. — Rôle cTe l'homme et de la femme dans la société. — Education des enfants. — Enseignement intégral. — Plwnoyraphie. Membres de la commission, Cuondet-Kuniz, GLiillaume, Coullery, Blanc etVanza. Deu^; rapports furent présentés à la commission: l'un par Guillaume, ne traitant qu'une question particulière, la phonographie, et faisant resst.rtir les vices de l'écriture en général, de l'orthographe française en particulier, et les avantages que procurerait à la classe ouvrière une réforme rendant l'écriture et la lecture accessibles à tous. Il est donné comumnication d'un travail sur le même sujet par la section belge. Une \ive discussion s'engage sur la phonographie entre Burkly, Longuet, Chémalé, Vanza, Tolain,

Guillaume, Eccarius, de Paepe, Lotubard-Marlin, Wallon, Carier, Perron, Murât et Couilcry. Le Congrès adopte les résolutions suivantes :

l^Ensojgnement scientifique, professionnel et productif et la mise à l'étude d'un programme d'enseignement intégral.

2° Organisation de l'école-atelier.

« 3" Considérant que le mot enseignement gratuit est un « non-sens, puisque l'impôt prélevé sur les citoyens en fait «les frais; mais que l'enseignement est indispensable et « que nul père de famille n'a le droit d'en priver son « enfant,

« Le Congrès n'accorde à l'Etat que le droit de se subs- « tituer .au père de famille, alors que celui-ci est impuis- « sant à remplir son devoir.

« En tout cas, tout enseignement religieux doit être « écarté (lu programme. »

4" Le Congrès est d'avis qu'une langue universelle et une « réforme de l'orthographe seraient un bienfait général, « et contribueraient puissamment à l'unité des peuples et à « la fraternité des nations. » *

6° définition des rôles de VEtat. — Services publics, transport et circulation. — Inléréts collectifs et individuels — L'Etat considéré comme justicier et gardien des contrats. — Droit de punir. Membres de la commission, Krebser, Chassin, Vasseur, Neubrand, Favratet Liwenthal. Les conclusions suivantes du rapport présenté par Vasseur sont adoptées :

« 1° L'Etat n'est et ne doit être que le strict exécuteur « des lois votées et reconnues par les citoyens.

« 2° Les efforts des nations doivent tendre à rendre « l'Etat propriétaire des moyens de transport et de circu- « lation, afin d'anéantir le puissant monopole des grandes « compagnies qui, en soumettant la classe ouvi-ière à leurs « lois arbitraires, attaquent à la fois et la dignité de a l'homme et la liberté individuelle. Par cette voie, on arri- « vcra à donner satisfaction à l'intérêt collectif et à l'in- « tcrêt individuel.

ce 3" Nous formulons le vœu queriionime coupable soit « jugé par des citoyens nommés par le suffrage universel ; a que les citoyens juges connaissent à fond le coupable, et Œ qu'ils aient à rccliercber les principales causes qui ont « amené l'homme au crime ou à l'erreur.

« Nous demandons également qu'aucun coupable ne ff soit jugé en dehors de son pays, afin qu'on puisse exa- « miner les principales causes qui ont pu le détourner de a ses devoirs, car la société tout entière est trop souvent a le seul coupable. Le manque d'instruction mène à la « misère, la misère à l'abrutissement, l'abrutissement au o: crime, le crime au bagne, et le bagne à l'avilissement qui ti est pire que la mort. »

7° La privation des libertés politiques n'est-elle pas un obstacle à l'émancipation sociale des travailleurs et If une des principales causes des perturbations sociales [Chômage) ? — Quels sont les moyens de hâter le rétablissement des libertés politiques? Ne serait-ce pas la revendication par tous les travailleurs du droit illimité de réunion et de la liberté illimitée de la presse? "^ Membres de la commission. — Perron, Pioley,ReymonJ, Vézinaud et Tréboux. Perron est chargé de lire le rapport de la commission, et sur ses conclusions, le Congrès fait la déclaration suivante.

K Le Congrès international des Travailleurs réunis à a Lausanne en septembre 1867 ,

« Considérant :

« Que la privation des libertés politiques est un obstacle à l'instruction sociale du peuple et à l'émancipation du prolétariat.

« Déclare :

« 1' Que l'émancipation sociale des travailleurs est insè- « parable de leur émancipation politique ;

« 2° Que l'établissement (les libertés politiques est une a mesure première d'une absolue nécessité ;

« 3" Que cette même déclaration sera renouvelée chaque « année ;

« 4° Qu'il sera donné communication officielle de ces ré- <t solutions à tous les membres de l'Association interna-a tionale des Travailleurs, ainsi qu'à ceux du Congrès de oc la Paix, en leur demandant leur concours énergique pour a investir tous les peuples des droits imprescriptibles de « 1789. »

■ 8° Adresse collective au Congrès de la Paix à Genève de la part des travailleurs réunis en congrès à Lausanne. Membres de la commission, Dupont, Klein, Jîurkly, Hat'ner et Rubaud.

Après le rapport de la commission lu par Hafner, et la discussion à laquelle prennent part Cliémalé, de Paëpe, Eccarius, Tolain, Murât, Perron, Coullery, Millier, Schlaifer. Carter, Buchncr, Dupleix et Lombard-Martin, le Congrès décide « à l'unanimité d'adhérer pleinement et entièa rement au Congrès de la Paix, de le soutenir énergique- « ment etde participer à tout ce qu'il pourrait entreprendre œ pour réaliser l'abolition des armées permanentes et le « maintien de la paix dans le but d'arriver le plus promp- « tement possible à l'émancipation de la classe ouvrière et a à son atïranchissement du pouvoir et de l'influence du a capital, ainsi qu'à la formation d'une confédération a d'États libres dans toute l'Europe. »

Enfin, le Congrès désigne de nouveau Londres pour le siège du Conseil g'uéral, et confirme dans leurs fonctions tous les membres actuels. Après une courte discussion, il est décidé à runanimitê" moins deux voix que le prochain Congrès aura lieu à Bruxelles.

Page 1