HOLLANDE
PendaiU longtemps le mouvement ouvrier s'y était peu développé; l'idée socialiste y procédait plutôt de la science que des efforts de la classe prolétaire. La Néerlande est une contrée presque exclusivement commerciale et agricole, où la vie politique n'existait pas.
Une première section de l'Internationale a été constituée à Amsterdam en 1(S69, et s'est mise en relation directe avec la section Anv-ersoise. Elle a vu s'affilier à elle l'association des ouvriei's typographes, des peintres et l'association des charpentiers de navire. Cette dernière corporation est la plus importante de toute la Hollande; son acquisition constitue un véritable triomphe pour l'Internationale. — {Egalité, 8 mai ISOOet Internationale, 2 mai 1869.) Les lettres d'adhésion de ces corporations ont été publiées dans le de Werker.
Au mois de juin 1869, les charpentiers de navire d'Amsterdam se mettaient en grève ; grâce à leur entente unanime et à l'inthience de l'Internationale, les patrons consentaient à une augmentation de salaire. — {Egalité du 12 juin 1869.)
A la même époque, une propagande active se faisait en faveur du suffrage universel : ou constituait, sous le titre de Het alyemeenstemregt, une ligue analogue k la Reforme league anglaise. Le premier noyau de cette ligue était fondé à Rotterdam, et ce pays qui seujblait avoir oublié les grandes traditions de la république batave se réveillait de son apathie. '
Déjà la section d'Amsterdam s'était constituée en section centrale pour la Néerlande. Elle faisait appel à toutes les sociétés ouvrières hollandaises et publiait une série de brochures pour exposer les griefs des travailleurs contre l'orgmisation sociale actuelle et expliquer le but et les tendances de l'Iuternatiouale. Elle décidait aussi la création d'un organe populaire intitulé : de Sta^daurh: des Volks {l'Etendard du Peuple}.— [Internationale, 30 mai 1809.)
Les ouvriers hollandais commençaient à marcher ea avant dans les voies de l'émancipation politique et de l'affranciiisscment économique .
Un grand meeting de travailleurs avait lieu à Amsterdam, le 23 août 1869 ; l'ordre du jour portait : Exposé du but et des prihcipes de l'Association Internationale ; nffiliation des sociétés ouvrières néerlandaises. La. Fédération des sections belles se faisait représenter à cette importante réunion par plusieurs délégués du Volksverbond d'Anvers. — {hiternationale, 22 aoiit 1869.)
De nouvelles ^réunions ouvrières avaient lieu à Arnhem, à Sneek, à Utrech : le Werkman [l Ouvrier) , ymma.] socialiste, oi'gane des travailleurs d'Amsterdam, et le Volksblad (journal du peuple), de Rotterdam, contribuaient à propager les idées de l'Internationale et ouvraient leurs colonnes aux griefs des travjiilleurs.
Au mois de novembre suivant, un meeting était organisé à la Haye par l'association des ouvriers mécaniciens ; on y développait les principes de l'Internationale et tous les ouvriers présents éiaient engagés à entrer dans la branche néerlandaise de celle association, le Nederlandscli Werklieden Verbon. {hitenuilionale, 14 novembre 1869.) Les 9 novembre et 13 décembre 1869, de nouveaux meetings avaient heu à Amslerdam.
Arhem et les communes rurales environnantes comptent plus de 1,200 membres alTiliés à l'Internaiionale. Une section a été constituée à Oosterbeek et à Rotterdam. {Mirabeau, numéro du 2 janvier 1870.)
Aujourd'hui, les meetings et réunions publiques s'y multiplient, et l'Internationale s'y développe avec une grande activité.
§ YII. - ALLEMAGNE.
Le mouvement allemand enveloppe la confédération tout entière ; l'Internationale compte de nombreuses ficelions dans cette contrée : les gièves que les ouvriers aile-
mands ont eu à soutenir *ont développé chez eux le principe de la solidarité.
Presque toutes les sociétés ouvrières allemandes sont actuellement altiliées à Tlnternationale.
Dès 1867, des sections existaient à Mayénce, Solingen, Cologne, Diiisbourg, ]\Jagdebouj'g, Berlin, Brunswick, Wolfenbiittel, Leipzig, Dresde, Hanovre, Darmsiadt, et cependant, à cette époque, comme le constate le rapport présenté par Eugène Dupont au Congrès de Lausanne, « l'AUe- K magne était dans un état anormal peu favorable au dé- « veloppement de l'Association, jj
Au mois de septembre 1868, le Congrès des ouvriers allemands réunis à Nui-emberg, composé de 1 16 délégués, représentant plus de :200 sociétés ouvrières du sud et du centre de rAliemague (50,000 membres environ) votait l'adhésion de toutes ces sociétés àrinteriiationale, et déléguait en signe d'alliance le compagnon Biitter au Congrès de Bruxelles. (Extrait du cojaipte rendu du Congrès de Bruxelles.)
A la même époque, les démocrates socialistes du Brunswick, réunis à Wolt'enbiittel, déciilaient de s'unir avec toutes les sociétés ouvrières démocratiques, socialistes de tous les pays.
Déjà, dans un Congrès tenu à Hambourg, l'Union générale des ouvriei'S allemands, dont les principales branches appartiennent an nord de l'Allemagne, avait décidé d'agir de concert avec l'Internationale, bien qu'elle ne pût s'affilier officiellement.
Le mouvement d'organisation des corps de métiers s'est toujours continué avec un grand succès en Allemagne, et il offre cette particularité intéressante de la fusion entre eux de tous les corps de métiers employant la même matière.
La société générale allemande des ouvriers {Alhjemeiner deutsclier Arbeiter Verein), dont le point central est Berlin, a pris, le 29 mars 1869, dans son congrès à Barmen, les résolutions suivantes :
1" La société accepte le programme et s'attache aux tendances de l'Association Internationale des travailleurs.
2° Si la société ne décide pas encore son entrée formelle dans ci'tte Association, c'est seulement parce qu'e les lois régnantes en Allemagne s'y opposent.
3" Mais quoique son entrée ne puisse pas avoir lieu, « la société s'efforcera toujour d'agir en harmonie avec les a principes et les actes de l'Association Internationale des « travailleurs. [Eçialité, numéro du 8 mai 1869.)
V Internationale (numéro du 30 mai l!SG9) nous faisait connaître, d'après le Social Democrat, organe de l'Association générale des ouvriers allemands, qu'à Stettia (Prusse) (4), une assemblée populaire très-nombreuse venait de voter sa constitution comme section de l'Association générale des Travailleurs allemands. {Egalité, numéro du 22 mai 1869.)
C'est à Bcriin que se trouve le siège de la fédération dos sociétés ouvrières Lasallienes de l'Allemagne, et que paraît le der Beobachten, organe des cigariers (1).
Nulle part, les Congrès des Associations internationales n'ont été si nombreux : au mois d'août, les ouvriers sur bois se réunissaient à Nuremberg ; les cordonniers à Leipzig, et faisaient appel à tous leur^ compagnons de métiers. DaiiS un deuxième Congrès tenu à Nuremberg, le 14 août 1869, par les délégués de la démocratie socialiste de la Bavière, où s'étaient fait représenter treize corporations elles Associations ouvrières de Munich, d'Augsbourg et d'Ansbach, il était décidé que les membres du parti de la démocratie sociale adhéreraient aux principes de l'Internationale et qu'ils en propageraient les idées dans toutes les couches de la popnïaiiion. [Mirabeau, o septembre 1869 et Internationale, lo août 1869.)
Le comité central de l'Internationale a son siège à Leipzig et s'est donné pour organe le Das democratisch Wochenblatt ; c'est encore à Leipzig qu'est publié le der Correspondant, organe des typographes allemands. En Bavière, il existe une section de l'Internaiionale à Nuremberg, Le nombre des adhérents allemautls à l'Inlernatiouale s'élève actuellement à plus d'un million. •
(1) Le gouvernement prussien défend à tous ses sujets, sous peine d'amende, de s'afliher à des corporations étiaugères.
— 20o — VIII. — ESPAGNE.
L'Espagne est restée longtemps complètement étrangère au mouvement international des travailleurs : les préoccupations et les difficultés politiques absorbaient toute l'activité (le ce pays et ne laissaient pas à la classe ouvrière le temps de s'organiser. Mais depuis la révolution de septembre, les idées d'émancipation sociale ont commence à s'aflirmer ; les institutions nouvelles n'ont fait que précipiter le mouvement ; l'esprit d'association s'est généralisé et développé, et des fédérations ouvrières se sont formées sur tous les points de l'Espagne.
La ville de Barcelone, sous l'impulsion de Sentinion, a été le foyer de ce mouvement ; aujourd'hui, l'Espagne compte cent quatre-vingt-cinq sections et plus de 2o,000 membres. (Extrait du compte rendu présenté au Congrès de Bâle par Farga Pellicer.)
Cccupons-nous d'abord de Barcelone : une section s'est constituée dans cette ville le 2 mai 1869 ; à la même date, elle adressait aux sections d'Europe et d'Amérique un remarquable manifeste reproduit dans VEgaUté de Genève (22 mai 1869) et V Internationale (30 mai 1869). Son président était le citoyen José Luis Pellicer, et son secrétaire, Rafaël Farga Pellicer. Le l-^'' aotit 1869, le centre fédéral des sociétés ouvrières de Barcelone publiait la Fédéracion, organe officiel de l'Internationale, chargé de défendre la cause démocratique et sociale {Egalité, numéro du 14 août 1869, et du 1«^ mai 1869).
Deux délégués de cette section assistaient au Congrès de Bâle, Farga Pellicer et Sentinion.
Il existe maintenant à Barcelone trente-huit associations affiliées à l'Internationale, et comprenant sept mille huit cents membres : ce sont les ouvriers constructeurs de bateaux, les chapeliers, les bijoutiers, les verriers, les ferblantiers {Egalité, o mars 1870), les peintres, les serruriers, les boulangers, les mécaniciens, les marbi-iers, les ébénistes, les sculpteurs, les maçons, les teinturiers, les tonneliers, les tisseurs de voiles, etc., etc. [Federacion, numéros des 20 février et 6 mars; 13 mars 1870, 13 février 1870.)
Madvid possède également un centre fédéral dont l'existence rcmonle au mois de mars 1809, qui a pour organe, la SoUdaridad [Eyalité, numéro du 20 mai-s 1869). Ce centre fédéral comprend les sections suivantes : la seclion des fondeurs, la seclion des Ijourreliers, la section des charpentiers, la section des chaudronniers, des cai-rossiers, des typographes, des maçons {Solidandad, numéro du 9 avril 1870), des tailleurs, des ébénistes, des peintres et doreurs, des journaliers, des marbriers, des cordonniers {Si'lidaridad, 26 mai-s 1870 et Federacion, 20 février 1870), des tailleurs de pierre, des chapeliers, des graveurs, des corimeurs (SoUdaridad, numéro du 23 avril 1870), des papetiers {SoUdaridad, numéro du 16 avril 1870).
Le président est le citoyen Bernado Perrez, et les secrétaires, les citoyens Thomas Gonzalez, Morago et Francisco Mora. {Progrès du Locle du o mars 1870 et Federacion du 20 février 1870.)
Il s'est également formé à Cadix un centre fédéral comprenant déjà quatorze sections [Internationale, 24 avril, — Federacion, 17 avril 1870) (1).
Les îles Baléares, elles aussi, ont participé à ce mouvement ouvrier : à Mallorca, toutes les sections des associations ouvrières se sont fédérées et forment un centre fédéral (2). Le président de la section des maçons de Malloica a cédé à ce centre fédéral la propriété du journal El obrero, dont il était le directeur et qui est devenu l'organe de l'Internationale. [E<jaUti\ numéro du 3 février 1870, et Mirabeau du 13 mars 1870.)
V Internationale (numéro du 2 janvier 1870) annonçait que la société des maçons de Pal ma venait d'adresser au secrétaire général de Jladrid une lettre par laquelle elle
(1) Ce centre fédéral a adressé, le 4 avril 1870, à tous Ifs ouvriers un manifeste reproduit dans la Federacion du 17 avril 1870. Les sections di'jà orgjinisées sont les suivaiiies: Section des boulangers, des tailleurs, des maçons, des charpentiers,, des ébénistes, des sculpteurs, des cordonniers, des mécaniciens, des doreurs, des peintres, des marbriers, des nattiers,des scieurs, des cardeurs.^Fc/ôracion, 17 avril 1870.)
(2) Lo Centre fédérai des îles Baléares a pour président : Francisco Thomas, el pour secrétaire, Juau Vives.
déclarait s'affilier à l'Association internationale des Travailleurs .
La sociétd des ouvriers plâtriers de Palma a adhéré à l'Internationale depuis le 11 mars 1870; celle des cordiers, depuis le 12 février; l'Union artistique (Société des charpentiers, des menuisiers, éhénistes, sculpteurs et tapissiers) depuis le 11 mars 1870 [Federacion, numéro du 27 mars) ; celle des tisserands, depuis le 11 mars 1870 {SoUdariddd, numéro du 9 avril 1870), celle des vermicelliers, depuis le 26 mars 1870. {Solidaridai, 9 avril 1870. — Federacion, 17 avril 1870.)