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celui de bulbosine. Des recherches plus complètes de Robert (1890-1891-1899) isolèrent de l’Amanita phalloides deux substances toxiques : 1° un alcaloïde; 2° une toxalbumine : la phalline. Celle-ci est, contrairement à la muscarine, alcaloïide chimiquement bien défini, assez mal connue. Elle constitue également le toxique actif de l’Amanite citrine, de l’A. printanière et des Volvaires.
Les diverses parties des cryptogames mortels (volve, bulbe, chapeau) renferment toutes de la phalline. Le chapeau et la cuticule en sont particulièrement riches. C’est peut-être là ce qui explique le préjugé populaire, qui prétend que l’ablation de la pelure colorée du chapeau rend les champignons inoffensifs. Il est facile de comprendre l'efficacité relative de cette mesure, qui serait bonne s’il ne restait dans la pulpe du chapeau des toxines en quantité plus que suffisante pour déterminer la mort.
Kobert avait remarqué que cette toxine adhéraïit au coagulum des matières albuminoïdes, provoqué par l’action de la chaleur ou de l’alcool : aussi l’avait-il, la considérant dès lors comme d’origine albuminoïde, classée parmi les toxalbumines.
M. Pouchet l’a rapprochée des toxines microbiennes avec lesquelles elle présente certaines ressemblances, entre autres la résistance au chauffage (thermostabilité) avec conservation des propriétés toxiques.
W. Fort (1906-1911) considère la toxine de l’A. phalloïde comme un glucoside auquel il donne le nom de Amanitahémolysine; cet auteur a également retrouvé ce glucoside dans Amanita rubescens Pers., qui est cependant considéré comme comestible.
Quoi qu'il en soit, cette toxine «ne peut être neutralisée ni par ébullition prolongée, ni par le tannin, le café fort (contre-poison efficace de beaucoup de plantes vénéneuses), ni enfin par le charbon pulvérisé » (GUÉGEN).
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3 grammes d’Amanite phalloïde tuent un moineau par ingestion en vingt à quarante minutes.
Il en faut 4 grammes pour faire périr un chat et 25 grammes environ pour un chien.
Par injection, la toxicité est encore plus effrayante. Un demi-milligramme de phalline par kilogramme d’animal suffit pour tuer le chat et le chien. Si l’on prélève du sang presque immédiatement après l'injection, on constate, après centrifugation, que le sérum a une coloration rouge cerise (hémoglobinhémie) et que les globules hémolysent dans les solutions salées, même hypertoniques.
Parisot et Vernier ont montré que, d’une façon générale, le chauffage à l’autoclave, pendant vingt minutes, abolit généralement ce pouvoir hémolytique; dans certains cas, cette opération doit être renouvelée plusieurs fois.
D'autre part, Raday et Sartory (11 déc. 1911) ont montré que l’A. phalloïde (soit fraîche, soit même desséchée depuis un an) conserve toute sa toxicité après vingt minutes de coction à plus de 1009 et que le poison est retenu dans la trame fongique. Seuls certains principes âcres, thermostabiles, disparaissent, mais. la phalline persiste. Cette constatation montre le danger qu’il y a à répandre dans le public la notion inexacte que les champignons vénéneux peuvent être rendus inoffensifs par le traitement à l’eau bouillante, suivi de lavages à l’eau froide (RASPAIL, GÉRARD, FABRE, etc.). Par contre, cette précaution est plus efficace à l'égard des champignons contenant certains poisons fixes (muscarine, acide helvellique) parce qu'ils sont tous solubles dans l’eau bouillante et restent dans l’eau de coction. Il faut sans doute voir en ce fait les origines de la eréance apportée par le public à l'épreuve du « blanchi- ment » des champignons. De même, les expériences ont montré que si le charbon est capable de retenir une partie des toxines de certaines plantes (comme la belladone, par
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exemple), il ne se comporte pas de la même façon à l’égard de la phalline : même après un contact de plusieurs heures, il lui laisse ses propriétés toxiques.
Se basant sur les expériences sur les animaux, on à calculé qu’une dose de 3 centigrammes de phalline était suffisante pour tuer un homme de poids moyen. Or, cette quantité est inférieure à celle qui est contenue dans une seule Amanite phalloïde. De fait, Handfort cite le cas d’une jeune femme qui mourut pour avoir mangé un demi-champignon seulement.
Cette formidable toxicité tient surtout au pouvoir hémo-
lytique considérable que possède la phalline. Kobert, expérimentant sur le bœuf, a remarqué que les globules rouges étaient hémolysés complètement avec une solution de phalline à ! pour 125.000, et qu’une solution deux fois moins forte était suffisante pour produire une hémolyse déjà très marquée. On a calculé approximativement que 7 à 8 milligrammes de phalline suffisaient pour détruire les globules rouges d’un litre de sang humain. Cet extraordinaire pouvoir hémolytique s'exerce à l’égard des globules rouges du lapin, du chien, du bœuf, de l’homme; il n’existe pas pour ceux du mouton et du porc.
:ÿ Par suite de l’hémolyse des hématies, l’hémoglobine est mise en liberté; elle est éliminée par le rein, soit sous forme d’hémoglobine (d’où hémo-globinurie), soit sous forme de méthémoglobine (hémoglobine réduite), d’où méthémoglobinurie.
Cette hémolyse généralisée est la cause de l’ictère, que l’on voit apparaître chez les malades lorsqu'ils résistent quelques jours à l’intoxication phallinienne.
Stephen Chauvet (21 sept. 1912) a été le. premier à assigner à cet ictère une origine hémolytique. Son opinion fut ultérieurement confirmée par Parisot et Vernier.
La phalline n’est pas le seul toxique renfermé dans les
champignons mortels. Les recherches de Schlesinger et de W. Fort ont démontré l’existence, dans l’Amanite phalloïde, d’une « Amanita toxine », à côté de l’ « Amanita hémolysine » (ancienne phalline). Cette Amanita toxine ne serait ni une toxalbumine, ni un glucoside, mais un toxique résultant de la combinaison d’un phénol à un groupement aminé.
Enfin, on a isolé des champignons des ferments solubles tels que les oxydases de Bertrand, la tyrosine, etc. Nousrappellerons, à ce propos, les propriétés vaccinantes contre le venin de la vipère que le Dr Phisalix a reconnu dans le suc des champignons (1).
Cet auteur prétend que «le suc du Champignon de couche inoculé sous la peau ou dans l’abdomen d’un cobaye, rend cet animal réfractaire au venin, et que l’on peut augmenter son immunité en répétant à plusieurs reprises ces inoculations (deux ou trois en quinze jours). Un cobaye qui a reçu sous la peau 5 à 2 centimètres cubes du suc de Psalliota campestris, supporte au bout de quelques jours une dose de venin de vipère mortelle en cinq ou six heures pour les animaux témoins ».
D’autre part, Pellegrini a montré la grande analogie du poison de l’A. phalloïde avec le venin des serpents à l’égard des solutions alcalines. Ces dernières, en effet, diminuent beaucoup l’activité du poison dans les deux cas (2).
(1) Comptes rendus de l Académie des Sciences de Paris. Note présentée par CHauveau, 12 décembre 1898, p. 1036.
(2) PezzecrinNi, Rivista d’Igiène Sanita publica, 1899.