OBSERVATION XI
(Gbservation très intéressante due à Chevallier et Jean Bernard). ŒEdème chronique périméatique. :
Eva P.., 24 ans, prostituée, la lésion qu'elle présente dure sans modifications depuis plusieurs années et a justifié déjà plusieurs séjours à l’infirmerie spéciale de Saint Lazare.
C'est un bourrelet d'æœdème qui entoure le méat urinaire et épargne le reste de la vulve. La couronne saillante est d'un blanc rosé un peu plus pâle que la muqueuse voisine, le tégument en est lisse, il donne l’impression d’être distendu. Aucune ulcération 5 à 6 dépressions venant de la périphérie et se dirigeant vers le méat sans l'atteindre lobulent grossièrement et incomplètement en quelques mamelons le bourrelet. Celui-ci est large d'environ 4 centimètre en sorte que la masse œdémateuse centrée par l'urètre a un diamètre d'environ 2 centimètres. La consistance en est ferme sans être dure, le doigt ne laisse pas d’empreinte, l'indolence est parfaite.
En somme on se trouve en présence d’une inflammation œdémateuse torpide typique.
En dehors la tumeur est bien limitée, elle se relie à la muqueuse saine par une pente arrondie. L'intérieur de la muqueuse urétrale est normal. La miction ne détermine d’ailleurs aucune dou-
eur et se fait normalement. Le palper montre que l’œdème ferme
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englobe l’urètre sur une hauteur de 2 centimètres environ. Il remonte à peu près jusqu’au ligament sous-pubien et finit brusquement. Anus, rectum, vagin normaux. Aucune adénopathie iliaque, inguinale ou autre. Apyrexie.
Syphilis ancienne traitée par le bismuth. Reaction de Frei positive. Le lendemain de l'injection intra-dermique fluxion modérée rouge qui s’atténue le jour suivant et disparaît le quatrième. Mais le neuvième jour réapparition d’une papule rose et ferme qui augmente jusqu’au quatorzième jour pour persister longtemps en s’atténuant lentement. Le vingt-cinquième jour existe une papule ferme de 1 centimètre sur 5 millimètres environ.
L'antigène utilisé ayant été éprouvé et s'étant toujours montré inoffensif chez des sujets normaux ou atteints d’affections diverses, nous pouvons, disent-ils, conclure à la grande valeur de la réaction.
Ceci se passait au mois de juillet 1932, époque à laquelle ces autéuus rapportent cette observation.
Au mois de novembre 1932, la malade, perdue dé vue pendant plusieurs mois, se présente de nouveau à eux. L’œdème s’est étendu. Il a envahi toute la vulve, en particulier la grande lèvre et la petite lèvre droites, un peu le capuchon du clitoris et la partie supérieure de l’orifice vulvaire,faisant saillir les caroncules myrtiformes en pseudo-végétations. Après quelques jours de repos et de traitement par l’antimoine, l'&dème a beaucoup diminué, mais il persiste nettement un épaississement des issus.
En somme après un début anormal, la maladie prend un aspect classique. Une réaction de Frei faite à nouveau était toujours for-
tement positive.
A. Fabre 5
PS, 2e 03 A
OBSERVATION XII (Chevalier)
Réaction de Frei positive chez un italien atteint depuis plus d'un an d'un syndrome de Banti classique qui vient de se compliquer
d'ascite.
Cette réaction fut d'intensité extrême, pour quelques gouttes de liquide il se produisit une énorme papule entourée d’une aréole érythémato-ædémateuse plus large qu’une paume de main. Après une dizaine de jours seulement la lésion se réduisit à une grosse papule (bout de pouce). Cette papule indurée et rouge foncée persista encore grosse comme le bout du doigt après quatre semaines. Elle a été faite à la partie moyenne de la face antéro-externe de la cuisse, elle s’est accompagnée dans l’aine correspondante d’une pléiade de ganglions gros comme des noisettes et indolores. Cette réaction pose trois problèmes :
I. — S'agit-il d’une inoculation de la maladie? Contre cette hypothèse on peut donner : a) l’antigène a été stérilisé à 58° partyndallisation.
b) Une quinzaine d’autres intradermo-réactions ont été faites avec le même antigène, les unes négatives, les autres positives mais non exagérées comme celle-ci.
c) Les inoculations. intra-dermiques de ganglions poradéniques broyés peuvent bien produire des accidents pareils à ceux de cette observation mais après une incubation latente de quelques jours qui à manqué ici et si curieux que cela paraisse sans donner d’adénopathies inguinales (3 cas).
IF S'agit-il d’une infection surajoutée ? Le type de la réaction et la comparaison des réactions faites chez d’autres malades excluent cette hypothèse.
HI. — S'agit-il d’une sensibilité spéciale du malade aux pro-
PRG
téides? Non, des réactions de contrôle ont été faites qui se montrèrent négatives ou faibles suivant les produits employés.
IV. — Il reste donc que ce splénomégalique a été extrèmement sensible à l’antigène de Frei et nous pouvons nous demander si le malade n’aurait pas eu antérieurement une maladie de Nicolas-Favre qui ne lui aurait laissé aucun souvenir mais qui, à la faveur de son état, expliquerait la positivité et l'intensité de la réaction de Frei.
Conclusion.
L'étude de l'allergie cutanée par lintradermo réaction de Frei dans la maladie de Nicolas-Favre est une épreuve biologique d’un intérêt considérable :
I. — L'expérience prouve, chaque jour davantage, qu’elle doit être considérée comme absolument
spécifique.
II. — C'est de toutes les épreuves biologiques la plus simple à exécuter, la plus féconde en résultats et la possibilité d'obtenir des antigènes actits d'origine animale ouvre des perspectives d'avenir importantes pour l'extension et la pratique de cette réaction.
IT. — Elle à fait la preuve nosologique de la maladie de Nicolas-Favre.
IV. — Elle permet à l'heure actuelle de poser avec certitude le diagnostic immédiat ou rétrospectif de cette maladie.
V. — Elle a élargi considérablement le cadre de la maladie de Nicolas-Favre en permettant de con-
Me AS
naître de nombreuses formes anormales et d’y rattacher des affections dont l’étiologie était insoupconnée jusqu’à présent.
La maladie de Nicolas-Favre déborde singulièrement le champ de la vénéréologie pour intéresser toutes les branches de la médecine générale etil n’est pas douteux que l’application systématique de la réaction de Frei sera encore fertile en résultats.
Vu : le Doyen, Vu : le Président de [a thèse, ROUSSY. M. BEZANÇON.
Vu et permis d'imprimer :
le Recteur de l’Académie de Paris,
S. CHARLÉTY.