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Ainsi se démenaient dans la Ronde les grands journaux et parmi eux, se faisait remarquer l’Eclair où bavait Ernest Judet.
Le Gouvernement de M. Clemenceau poursuivit aussitôt ses avantages. Il avait tué. Il crut pouvoir assommer. On arrêta le bureau confédéral, pêle-mêle avec une vingtaine de secrétaires de Fédérations et quelques comparses de Seine-et-Oise. Et la ronde reprit, vociférant des malédictions à l’adresse des prisonniers, couvrant de bénédictions et de couronnes civiques Georges Clemenceau.
Seule à droite, à l'extrême droite, une feuille publiait sous ce titre : « Bloody! » (Sanglant) un article qui concluait ainsi: « Ce fidèle ministre d’Edouard VII ne m‘rite pas d’être flétri en langue française. L’épithète qui lui revient, je la dirai en anglais, où elle prendra quelque force: Bloody! » L'article, signé Charles Maurras, parut dans l'Action Française.
Qu’allait faire le prolétariat?
À la C. G. T., témoignant qu’elle avait atteint, dans la croissance, cette taille où la jeunesse affirme des muscles déjà solides, les cadres s'étaient en un clin d'œil reformés. La vie continuait à circuler dans l'organisme.
Cependant, le coup de Villeneuve avait porté dur. C'était, sur le prolétariat de France, une stupeur qui provoquait du flottement*et de lindivision. On était loin, en quelques heures de l’état d’esprit engendré par les assassinats de la salle Ranque. Il y
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eut non pas panique, mais un tiers de panique. En vain, les secrétaires intérimaires lancèrent-ils, pour réponse à la sanglante agression, aux scandaleuses arrestations, l’ordre de la grève générale.
Le chômage fut partiel, l’entrain manqua. Un malaise était né au sein de l’opinion ouvrière, Plus tard, au Congrès Confédéral de Marseille, Ebers en fit l’aveu :
« Il est certain qu’au lendemain des événements, la classe ouvrière non organisée, inconsciente, a désavoué et désapprouvé. Mais il faut dire ici la vérité. Si cette classe ouvrière a eu cette opinion, c’est que la presse quotidienne unanimement, sauf l'Humanité, est tombée sur la Confédération. »
Il n’était pas que la presse quotidienne et capitaliste à accabler la C. G. T.
Sans doute, c’est dans ses colonnes que les ouvriers pouvaient lire, en allant à leur travail, les plus furibondes déclamations, avec d’hypocrites lamentos. Mais des voix singulières se mêlaient aux chœurs capitalistes, à l’orchestration conservatrice.
Obéissant à des rancunes tenaces de doctrinaires, telles qu’on en rencontre chez des popes orthodoxes ou des rats savants de bibliothèques, certains socialistes, qui tenaient en égal mépris Jaurès et Kropotkine, se ruaïent à l’assaut de la C. G. T. meurtrie et décimée. L’un d’eux, signalé dans la Guerre Sociale et particulièrement par Flax (Victor Méric) se répandait partout. Il écrivait au Socialisme, organe
officiel des guesdistes; il donnait des interviews à Messidor; il en donnait jusqu’en province, au Petit Niçois. S'il se fût borné aux réserves judicieuses du discours d’Allemane (cité plus haut), s’il se fût contenté de conseiller de « lire les mémoires du préfet de police Andrieux, initiateur de la gymnastique révolutionnaire », s’il n’eût exercé son droit de critique qu’envers le « révolutionnarisme mystique », la « fameuse théorie des minorités énergiques », « le mystique qui n’a pas la patience d’attendre la gestation normale de la Révolution », etc. certes, il n’aurait pas donné lieu à ces affiches placardées dans les salles de rédaction de l'Humanité et qui lui en interdisaient l’entrée, Mais il s’attachait à flétrir les syndicalistes emprisonnés, à en maudire les responsabilités inexistantes, à les promettre à la fusillade vengeresse, comme le mérite « un général qui a conduit ses troupes à la boucherie. » Et « s’efforçant de contenir l’indignation qui le secouait », il accomplissait, inconscient, la besogne à laquelle nous avons vu policièrement s'attacher Marceau Rimbaut; il disait des « Griffuelhes, Pouget, Bousquet, Marie », etc.: « Où étaient-ils pendant que les ouvriers se faisaient trouer la peau à Villeneuve? Is étaient à la gare, à attendre le train qui devait les ramener à Paris. » Enfin, avec le goût du sarcasme, la saveur de certaines plaisanteries amères, où le sel coquette avec le sang et que l’on trouve dans les proses d'Israël, cet écrivain de talent et de verve, trouvait le moyen de jouer avec le bras amputé du syndicaliste Dret: « La gymnastique revisionniste est aussi peu réconfortante et hygiénique que la gymnastique révolutionnaire; on y perd soit un bras, soit une jambe, soit même la tête. »
A ces campagnes ‘qui hurlaient ou qui sifflaient autour de la Confédération, et faisaient leur chemin dans le Peuple — Merrheim doit s’en souvenir, lui qui répliqua d’une plume si nette à l’un des insulteurs dans l’Action directe — il faut ajouter d’autres réactions produites par la journée tragique et dans un sens tout différent, bien que concourant au même effet de démoralisation populaire.
À la nouvelle de la Barricade et du sang répandu, M. Gustave Hervé ne s’était pas tenu de joie entre les mûrs de la Santé. Sans doute sa joie n’allait pas sans quelque mélange. Mais sa démagogie verbale était telle qu’il lui fallait pousser hourrah! chaque fois qu’il se faisait plaie et bosse. De là à partir en guerre contre la République, l’associant indissolublement à M. Clemenceau, ce n’était qu’une pirouette de plus. « Un roi, qu'est-ce que voulez que ça nous fasse? », s’écriait un des collaborateurs du Sans-Patrie. Et l'Action Française d’applaudir. Maïs le Sans Patrie tirait la morale hervéiste de la journée et poussait, poussait, hardi-va-donc, à l'emploi du clandestin, de lJ’occulte et de la méthode maximaliste. « Si seulement il existait en France une organisation de combat avec ses noyaux de révolutionnaires disciplinés! » La Guerre Sociale ne se doutait certes pas qu’en brandissant ainsi publiquement des tartarinades vaines, elle n’effrayait pas la classe bourgeoise, mais elle effarait des consciences ouvrières plus réalistes et les rejetait contre la C. G. T. et le syndicalisme révolutionnaire.
Enfin, du sein de la Confédération, mettant à profit la prison où M. Clemenceau tenait le secrétaire confédéral, un bruit léger rasait le sol comme l’hirondelle avant l’orage.….
Deux années plus tard, au Congrès confédéral de Toulouse, M. Griffuelhes devait en faire justice avec un accent d'émotion poignante qui lui valut une ovation indescriptible : « Ah! il est aisé de jeter sur moi l’anathème et la flétrissurel! C’est aisé! Comment, je suis en prison, et c’est juste à ce moment qu’on me traîne dans la boue. On m’en voulait, et comme on ne pouvait pas attaquer mes idées en face de moi et me renverser ainsi, on a soulevé des questions d’argent, parce qu’on les sait toujours troublantes. »
Les justifications, il faut parfois, chez les révolutionnaires qui « labourent la mer » les attendre plus longtemps que deux années!
Une crise commençait dans les milieux confédéraux. En novembre 1911, Merrheim, dans la Bataille syndicaliste, se félicitera de voir enfin arraché le voile qui lé couvrait depuis Villeneuve-Saint- Georges.
Mais en 1909, la crise se précisait lors des élections confédérales. Par 27 voix contre 21 à Nicolet et 1 à Griffuelhes qui avait, après le ballottage, déclaré se retirer, M. Niel, neutraliste et corporatif, était élu, aux applaudissements de la bourgeoisie __ radicale et blanche — et de certains marxistes,
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