‹ L'invalide comedie en un acteChapitre 18 sur 24 · SCÈNE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE NEUVIÈME

lerait son courage, son dévouement. Que serions-nous si nous n’avions pas cet héroïsme de l’âme qui nous fait trouver le bonheur dans celui que nous donnons ? Ohl elle l’aimera... j’en suis sûre.

UAOAUB DE CIRCOURT, eotraot. *

Jamais! jamais! jamais I

MADAME DE MEDLAN.

Hein?

MADAME DE CIRCOURT

Ah I c’est toil je viens de le voir. Et puis j'étais là tout à l’heure... j’ai regardé.. Ah! ma chère, j'ai failli tomber à la renverse... mais c’est horrible... des blessures partout... Et ce bras... c’est le bras qui est drôle. (eMo l’imite. ) J'en aurais ri... si j’en avais eu la force. Et le bonnet, l’as-tu remarqué? le dernier bonnet grec! Mais par exemple quand je lui ai entendu dire qu’il regrettait que la petite vérole ne m’eût pas défigurée... l’indignation m’a saisie. .. et je me suis sauvée... L’égoïste! me vois-tu avec les joues pleines de trous! J’ai été prendre l’air aux Champs-Élysées pour me remettre... comme je revenais, je l’ai vu qui sortait .. je me suis jetée au fond de mon coupé pour qu’il ne m’aperçut pas... Ah! Dicul... je crois ma parole d’honneur qu’il a une jambe malade aussi... tout est malade.... et il se permet de m’adorer!...

MADAME DE MBULAN.

Obi oui... par exemple!...

MADAME DE CIRCOURT

Est-ce que cela t’attendrit... ces choses-là?

MADAME DE MEULAN, l’antratoant snr le canapé.

'Il n’y a que cela qui me touche .. Voyons... car j’ai promis de parler pour lui... il m’intéresse Ion pauvre blessé... que de souvenirs il me rappelle!... N’ai-je pas vu ma mère auprès de mon père qui avait perdu un bras à Sébastopol... et une jambe en Kabylie ; sa tendresse avait redoublé pour lui... et je tiens d’elle ce respect des blessures bravement gagnées... J’étai^ien jeune, mais je vois encore le regard do reconnaissance qu’il lui jetait quand elle l’aidait à marcher... Comme il prenait sa main

• Madame de Circonrt, Madame deMeulan.

L’INVALIDE

pour l’embrasser lorsqu’elle s’asseyait auprès de luil... La ngure de ma mère rayonnait... elle avait le sentiment profond qu’il était heureux par elle et il m’est arrivé d’avoir des larmes aux yeux en les regardant.

MADAME DE CIRCODRT.

Ta mère avait eu ton père tout entier quand elle l’a épousé... c’est bien différent I... Elle avait eu quelques années tandis que moi... dès le début... un débris de maril... AhÜ...

MADAME DE MEDLAN. *

Mais n’est-ce pas toi qui as poussé M. de Sauvières à cette expédition ?

MADAME DE CIRCOURT

. Sans doute... j’étais à peine veuve depuis sept ou huit mois... il fallait me donner le temps... et puis je voulais être sûre qu’il n’était pas de la pâte de M. de Circourt qui avait peur de son ombrel...

Ohl je t’entends encore quand M. de Sauvières parlait de quitter le service... Non, non, lui disais-tu, il faut qu’un homme soit utile à son pays, une campagne se prépare en Cochinchine.. . partez! et faites vaillamment votre devoir. J’ai cru un instant que tu allais lui dire comme autrefois dans la tragédie :

Sors vainqueur d'un combat dont Chimène est le prix.

MADAME DE CIRCOURT

Vainqueur... oui, mais détérioré, non!... J’aime assez qu’un homme soit héroïque, moi, mais à la condition que son héroïsme ne lui fasse pas perdre un œil !...* (Elle se 1ère.] Et puis as-tu remarqué cette perfidie... ne rien m’écrire!... Si un ami ne m’avait pas prévenue, à quoi étais-je exposée!... heini II voulait me surprendre, m’entraîner, abuser d’une promesse arrachée autrefois... Oh! les hommes!... Et moi qui de bonne foi tremblais à cause de mon pauvre petit genou. Je cours chez mon ami Van Strompingheim.

MADAME DE MEDLAN, qui l’est levée.

Sans l’attendre ?

Madame de Henlan, Madame de Ciroonrt.

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