A Georges Desvallières
... Nous avons été, hier, aux Indépendants, conduit par Marguillier qui nous avait annoncé un beau Christ de vous. Au contraire de Coppée, « je me déplairais un peu plus », si je ne vous disais pas ce que j'ai senti. J'ai reçu de ce tableau une forte commotion d'art. Les malins pourront dire qu'ils trouvent là du Grunewald, de l'Albert Durer, du Moreau peut-être. N'étant pas un malin, je ne sais voir que du Desvallières, c'est-à-dire rien d'autre que votre âme, que vous ne reçûtes pas en vain ; une âme de chrétien palpitant, de chrétien emporté vers Jésus, précipité à Jésus qui souffre. Je n'avais pas aimé votre Christ du Salon d'Automne. Je comprends maintenant. C'est celui-là que vous cherchiez.
Mais voici bien autre chose. Vous avez fait ce que personne, aujourd'hui, ne saurait laire. Vous avez lait un Sacré-Cœur à pleurer et à trembler. Vous avez déchaîné un lion. Attendez-vous à l'indignation de nos catholiques et, par conséquent, à l'ignominie plus accentuée de mon voisinage. Car il n'y a pas à direi
nous allons être ensemble, scandaleusement Depuis deux ans que je vis sur la Montagne des Martyrs, à l'ombre do la basilique, environné de profanantes effigies, j'avais fini par ne plus espérer u:ie image vraiment pieuse du Sacré-Ccèur. Chacun de non sauvé par le Pélican Rédempteur qui peut sauver jusqu'à des notaires 1 Mais il vous sauve très-particulièrement, parce que le Cœur de Jésus avait besoin d'un peintre et qu'aucun peintre ne se présentait. A force d'amour et de foi, vous avez été jugé digue d'entrevoir le Pélican rouge, le Pélican qui saigne pour ses petits et telle me paraît la genèse de votre œuvre que je paierais de la moitié de mes trésors, si j'avais le malheur d'en posséder...
5. — Le miracle est accompli. Jacques et Raïssa demandent le baptême! Grande fête dans nos cœurs. Une fois de plus, mes livres, occasion de ce miracle, sont approuvés, non par un évèque, ni par un docteur, mais par l'Esprit- Saint.
6. — Lu avec dégoût l'ignominieuse ovation des pauvres mineurs de Courrières, échappés de leur sépulcre et dont deux ont été décorés pour les récompenser d'avoir eu la chance de sauver leur peau. Le Matin a fait venir ces lamentables héros et les promène comme des
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bœufs gras. C'est une honte particulière à notre époque d'avilissement systématique et universel. On a traîné ces humbles êtres, incapables de rien comprendre à cette farce, chez Fallières qui leur a fait un discours imbécile et au champ de courses où se donnait une fête pour les victimes. Occasion de mentionner les toilettes des dames et de faire un peu de réclame à leurs couturiers.
8. — On m'apprend que le Matin accueillerait ma collaboration. On m'attendra à telle heure. J'irai avec répugnance et le désir secret que cela ne réussisse pas.
10. — Au Matin. Je ne vois le Bunau-Varilla qu'une minute. Un petit vieux quelconque. Il me serre la main, se disant heureux de faire ma connaissance et me livre à un secrétaire qui me flagorne tant qu'il peut. On me désire donc, mais je ne vois guère le moyen d'en profiter, car il est sûr qu'on me proposera de sales besognes. Tout de suite, j'apprends qu'on a compté sur moi pour l'immolation des Ingénieurs, à propos de la catastrophe de Courrières, ce qui est fort bizarre, celui qui m'a recommandé à Bunau, son
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propre frère, étant lui-même un ingénieur, mon refus immédiat et très-formel, on m'offre la peau de Chaumié, l'ex-ministre. On me promet je ne sais quels documents. Ma réponse est vague. Je m'en vais, à peu près sûr qu'il n'y a rien à faire pour moi dans cette maison.
12. — Grève partout, suivie ou accompagnée, <çà et là, de pillage, d'incendie, d'assassinat. Désordre effroyable encouragé par l'inertie ou la complicité de notre ignoble gouvernement républicain, prodrome des malheurs immenses annoncés à la Salette en 1846, attendus par moi depuis plus de vingt-cinq ans.
15. — Dimanche de Pâques. J'ai toujours souffert, ce jour-là, de manière ou d'autre. C'est un mystère auquel je suis habitué. Quand il m'est arrivé de ne pas souffrir le dimanche de Pâques, c'était un désordre.
17. — En vue d'une brochure à écrire sur le monument à la mémoire de Villiers de l'isle- Adam, entrepris par Brou, relu Axel dont i'hégélianisme constant me dégoûte et m'idiotifie.
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18. —Petit livre détestable et curieux de Marc Stéphane: Mémoires d'un Camisard sur les Dragonnades. Les catholiques y sont atroces et les huguenots sublimes, naturellement. Mais ce Stéphane a quelque chose.
19. — Suite des Signes. L'énorme ville de San- Francisco vient d'être détruite par un tremblement de terre aggravé d'un monstrueux incendie. Le Dieu Dollar ne protège pas ses fidèles.
20. — Une affiche électorale, puis les journaux m'apprennent que le candidat anticlérical de C!ignancourt, Le Grandais, celui qui avait fait un discours si insolent et si bote, le 3 septembre dernier, à l'inauguration de la statue du chevalier de la Barre, vient d'être frappé de mort subite, hier, pendant qu'il gueulait dans une réunion publique. Ses adversaires, est-il besoin de le dire? sont accusés d'avoir préparé ou procuré sa mort.
Autre bonne nouvelle, autre mort subite. Curie, l'inventeur diabolique du radium, a eu, hier aussi, la tête écrasée par un camion. Sa cervelle précieuse a pris contact avec une moindre ordure.
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22. — Les horribles événements des grèves et le grondement, plus fort chaque jour, de la Bêle, donnent aux journaux ordinairement si imbéciles un intérêt poignant. Lu, ce matin, des détails hideux.