LÉON BLOY
Je suis monté au sommet de la colline, sur les divines hauteurs de notre Montmartre, où vivent, dans de défectueuses maisons, les derniers ermites de l'idéal.
Nous sommes dans une chambre nue et nous causons timidement :
— Je ne suis pas préparé à cet interrogatoire, me dit l'utile et probe auteur de YExêgèse des Lieux communs, je ne suis pas au courant, ou si mal...
Léon Bloy se plaît alors à rappeler les visites littéraires que lui firent, il y a deux ans, nos confrères Louis Vauxcelles et Georges Le Gardonnel :
— A ce moment-là, j'avais un nom dans la tête,
parce que j'avais lu Bùbù-de-Montp&r liasse; ce nomlà, je l'ai donné à vos confrères : c'était celui de Charles-Louis Philippe. Bien que la donnée du livre fût contestable, l'art de cet homme m'avait étonné.
Mais qui est-ce qui mérite le prix ? s'écrie Léon Bloy, dont la voix soudain déborde, comme animée d'une sainte colère ; qui mérite le prix ? Est-ce que je ne mérite pas ? Ne suis-je pas le pauvre homme de lettres.
Oui, mais il y a la tradition des petits frères : les petits frères ceci, les petits frères cela. Leur prix, ils feraient mieux de se le donner mutuellement : « Tu as fait un livre cette année, mon vieux, voilà le prix 1 » Mutuellement ils se diraient cela chaque année.
Leur Académie Goncourt, c'est une verrue sur le nez de l'Académie française.
El je les connais à peu près tous. Huysmans est un égoïste et un orgueilleux ; je ne vois pas Huysmans donnant avec bonté un prix et des louanges à un jeune écrivain ; il n'est capable que de lui faire dédaigneusement l'aumône.
Et Mirbeau, avec sa temme de chambre, il est . hiial. Us ont tous du génie. Ils nous ont produit * au, auteur d'un livre illisible, et Frapié, le pleur-
cheur. Ils sont effarants!
Je me lève et remercie et salue avec respect ce i ontempteur des dieux académiques.