L'inversion du complément direct et l'accent oratoire dans le Roman de Troie, texte français du 12e siecle
Jusqu'ici on s*est fort peu occupé de la question de l'accent oratoire en général d'une part et de celle de l'inversion du complément direct en ancien français de l'autre. Quant au rapport entre cet accent et l'inversion, rapport qui constitue précisément le sujet du présent travail, il ne semble pas qu'il ait jamais été élucidé par les philologues. El pourtant îa question de savoir si, en ancien français, l'emploi de l'inversion du complément direct avait pour but de mettre en relief tel ou tel membre de phrase, comme on pourrait le supposer a priori, ne laisse pas d'être très importante.
Pour étudier ce problème j'ai choisi le Roman de Troie de Benoît de Sainte-Maure (premier tiers du Xlf siècle), poème qui n'avait pas encore été Tobjet d'une analyse syntaxique approfondie et dont les trente fnille trois cent seize vers que j'ai dû soigneusement dépouiller pouvaient, c-i quelque sorte, garantir le caractère général et impartial de mes conclusions. Je me suis servi de l'édition de feu M. Léopold Constans, professeur à l'Université d'Aix-Marseille (Société des Anciens Textes Français).
Le terrain sur lequel je m'étais engagé était presque vierge, de sorte que, pour mettre certains Jaits en lumière, il m'a fallu créer un système particulier d'zujalyse logique et introduire à cet effet de nouvelles notions, ainsi que des termes qui puissent les exprimer d'une manière adéquate.
Après avoir subdivisé, dans le chapitre premier, V accent oratoire ou rhétorique en accent logique grave, accent logique aigu et accent éniotionnel ou pathétique, et après avoir expliqué en détail ce que j'entendrai par ces termes, je passerai en revue les différentes catégories de phrases qui peuvent comporter un accent oratoire. Telles sont :
1 " la phrase simple à complément direct défini, où, à
moins d'indiquer un nom propre, le complément direct est
pourvu de l'article déterminé ou d'un adjectif possessif ;
2" la phrase simple à complément direct sans article (à condition que ce complément soit un nom commun) ;
3" la phrase à mot (( caractéristique )) (pronom personnel, pronom ou adjectif démonstratif, mot signifiant (( beaucoup )), nom de nombre, mot exprimant une négation, etc.).
Cette division est fondée sur la différence des résultats que m'a donnés l'étude de l'inversion du complément direct dans chacun de ces types de phrases. Ainsi les mots signifiant tout, beaucoup, nul et certains autres accusent, de par leur nature, une tendance marquée à se mettre en tête de ]ihrase, indépendamment du rôle syntaxique qu'ils jouent (sujet, complément direct, attribut) et de l'accent oratoire dont ils sont affectés.
Dans tous ces chapitres je m'efforcerai d'établir non seulement dans quelle mesure l'accent oratoire influe sur la place qu'occupe le complément direct, mais encore quelle est la proportion du nombre des phrases à inversion à celui des phrases à ordre direct.
Une conclusion générale résume les faits observés dans la parûr. principale, compare le vieux fi£>n<:aîP. au français moderne soun le rappuit de l'acceiit oratoire et essaie d'expliquer la quasi-disparition de linversion du complément direct dans la langue contemporaine.