‹ L'iode dans l'organisme: Ses origines, son rôle, son éliminationChapitre 11 sur 38 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

L’Iode dans l’eau de mer.

Il est généralement admis et enseigné que l’iode existe, dissous dans l’eau de mer, principalement à l’état d’iodures alcalins et alcalino-terreux. Mais lorsqu'on veut se renseigner sur la quantité d’iodures ou diode de ces eaux, on constate les divergences les plus grandes chez les quelques auteurs qui se sunt occupés de la question Depuis MarcHanp qui donna jadis le chiffre de 9 milligrammes d’iode par litre d’eau de mer, jusqu’à STEPHENson Macapam qui assurait qu’il faut évaporer plusieurs gallons (1) d’eau de l’Océan pour y trouver 1/500.000 de grain d’iode, à KærrstTorFer qui en trouva un milligramme dans 50 litres, et à J. BoussinGauzr qui déclarait, qu'il lui fut impossible de trouver. l’iode dans l’eau de mer, cette question était restée irrésolue.

En fait, jusqu'ici la présence del’iode en quantité dosable dans ces eaux était demeurée incertaine. D'ailleurs, pour affirmer l’existence des iodures dans l’eau de mer, on s’est fondé seulement sur deux considérations indirec-

tes : la première, que, le chlore et le brôme existant dans

1. Le gallon étant 4 litres 54 et le grain 53 milligrammes, ce serait d'après cet auteur, en maximum (0 millig. 00012 d’iode qu'on trouverait par litre

d'eau de mer,

Rap celte eau principalement à l’état de chlorures et de bromures, il doit en être de même de l’iode; la seconde, qu’on trouve desiodures dans les eaux des marais salants, et jusque dans le sel marin impur qui s’y dépose (1).

Il appartenait à M. le Professeur A. Gaurter de trancher cette question dans un remarquable mémoire à l'Académie des Sciences dont je vais me permettre de retracer les lignes principales.

De l’eau de l’Océan, prise à environ 40 kilomètres des côtes fut évaporée jusqu’à cristallisation après avoir été neutralisée exactement par le carbonate de potasse et légèrement alcalinisée par un peu de potasse caustique. Les eaux-mères contiennent dans ces conditions tout liode et tout le brôme qui se trouvaient dans l’eau primitive à l’état d’iodures et de bromures solubles. Or, lorsqu’après avoir séparé l’iode du brôme par distillation de la liqueur iodobromurée avec une solution très concentrée de bichromate de potasse (méthode de Krurwi ou de DEcnan) on recherche l’iode, on s’apercoit qu’en opérant sur un litre d’eau de l'Océan on n’en trouve pas une (race.

Si au lieu d'opérer sur un litre, on prend cinq litres d’eau de mer on arrive encore à un résultat complètement négatif : donc 1l n’existe pas trace d’iodures minéraux dans cinq litres d’eau de mer, ou du moins il y en a une quantité inférieure à O gr. 00001.

Pourtant l’iode existe dans l’eau de mer. En effet si au

lieu de rechercher l’iode par un traitement par la potasse

1. Kœrrs TORKER a trouvé 8 milligrammes d'iode dans un kilogramme de

‘sel de cuisine ordinaire,

ME SE froide, on opère en fondant avec de la potasse le résidu dans lequel on a recherché l’iode minéral, on trouve qu’un litre d’eau de mer contient : iode à l’état organique 2 mgr. 40.

L’iode existe donc bien dans l’eau de mer en quantité pondérable mais au lieu d'y exister à l’état d’iodures, il s’y trouve à l’état de composés organiques ou organisés iodés.

En effet si on filtre à travers du biscuit de porcelaine un litre d’eau ie mer et qu’on fonde ce filtre à la potasse on {trouve :

lode organisé pour un litre d’eau de mer O0 mgr. 52 ; quant à l’eau qui a passé à travers le filtre, si on l’évapore et qu’on le fonde à la potasse, on trouve :

Iode organique dissous dans un litre d’eau de mer 1 mgr. 80.

‘Il résulte de ces dosages que un litre d’eau de mer

contenait :

deorganiseminsoluble. n°." a Û mor. 02 IHdePorgamqUue dissous 0. 7. Cv limgr. er

Total de l'iode organique, par litre. . 2 mgr. 32

Or on a vu plus haut qu’on a trouvé directement, pour la totalité de l’iode, par litre, 2 mgr. 40, c’est une confirmation bien concordante des deux chiffres précédents.

Il résulte de ces constatations :

1° Que l’eau de la pleine mer prise à la surface, ou puisée à une faible profondeur, ne contient pas d’iodures minéraux,

2 Que dans cette eau, la totalité de liode (à des traces près) existe sous forme de composés organiques.

Bourcet 3

Mo

3° Qu’une partie de cet iode est fixée dans les êtres

microscopiques, zooglées, alques, spongiaires, diatomées,

etc, que retient un filtre en porcelaine et qui vivent à la

surface et jusqu’à une certaine profondeur et qui constituent le plankton de la haute mer.

4 Que les quatre cinquièmes de l’iode de l’eau de mer y sont à l’état de composés organiques solubles.

On peut se demander si cette matière organique soluble provient des algues et autres organismes iodés de l’eau, ou bien si elle se forme indépendamment d’eux et constitue le lieu favorable, la matrice où prennent naissance ces êtres inférieurs. Il est assez difficile de résoudre cette question, pourtant on peut dire que les éléments organisés constitutifs du plankton sont extrêmement riches en iode. Comme tous les êtres vivants ces éléments organisés (algues, spongilles, etc). déclinent à un cerain moment et lorsqu'ils meurent dans l’eau, ils lui cèdent une partie de leur iode ainsi que l’a établi AzLary, On sait aussi que les jeunes feuilles des grandes algues contiennent deux à trois fois plus d’iode que les feuilles âgées de la même plante. Il semble donc bien qu’une partie de la matière iodée de l’alque peut en certains cas, repasser en dissolution dans l’eau de mer pour être soumise plus tard à une nouvelle assimilation par les êtres nouveaux en état de croissance. Au contraire si ces êtres meurent et se putréfient, comme cela se produit dans les marais salants, la substance organique est détruite et l’iode minéral peut apparaître.

On comprend aussi en face de la complication de cette question que les savants cités en tête de ce chapitre n'aient pu arriver à des résultats concordants.

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