ET
tare maternelle, lorsque le nouveau-né, d’ailleurs bien constitué, a succombé en quelques instants, pendant l'accouchement, à un accident du travail (hémorrhagie, asphyxie, etc), on rencontre ordinairement, dans la thyroïde, des quantités notables de ce principe spécifique.
On comprend, du reste, relativement à -cette présence ou à cette absence de l’iode, qu'il soit délicat de fixer d’ores et déjà des proportions bien définies que des recherches plus longtemps poursuivies pourraient modifier. Ces variations sont d’autant plus probables qu’il n’est pas toujours facile de savoir d’une façon exacte, chez le nourrisson, où commence Ja maladie et prend fin lPétat physiologique. ;
Quoi qu’il en soit, ces influences pathologiques paraissent incontestables, elles tendent à faire disparaître complètement l’iode; d’un autre côté, comme la thyroïde exerce, en partie grâce à cet élément, une action manifeste sur le: développement de l'organisme, de telles variations ont une importance facile à saisir, surtout chez des sujets dont l’évolution laisse à désirer.
Peut-on aller plus loin et se demander (linfluence de l’alimentation réduite ici au régime lacté étant éliminée) les motifs de ces fluctuations dans la teneur en iode, mé= me chez des sujets sains en apparence ?
La réponse est difficile. Peut-être faut-il invoquer l’infériorité des cellules du rejeton, soit une infériorité native tenant à ce que ces cellules issues de la prolifération d'éléments maternels tarés ne sauraient fonctionner intégralement, soit une insuffisance déperdant des proprié-
tés toxiques de certains poisons physiologiqnes qui, cir-
culant dans l'organisme malade de la mère sont allés en traversant le placenta, influencer les tissus du fœtus en voie de formation ».
Ainsi la conclusion s'impose, l’iode existe dans l’organisme de l’enfant issu de mères bien portantes dès les premiers jours de sa vie, au contraire les mères malades ou tarées ont des enfants dont la glande thyroïde ne con-
tient pas trace d’iode,
CAAPITRE XIII
Conclusions,
Dès les premières lignes de ce travail je me posais les questions suivantes : d’où vient l’iode que contient la glande thyroïde ; par quel processus pénètre-t-il dans l’organisme, où se localise cet élément, comment s’élimine-t-il, quel est enfin son rôle ? Les réponses à ces questions se trouvent dans les divers chapitres qui les traitent, mais disséminées parmi de nombreuses expériences ilest, je crois, nécessaire que je les mette en lumière dans ces quelques dernières pages de mon travail.
D'où vient l’iode que contient la glande thyroïde et par quel processus pénètre-il dans l’organisme ? L’iode ne pouvant nous arriver que de l'extérieur, j'ai cherché parmi les choses qui nous entourent quelles étaient celles qui en contenaient, et réunissant les travaux de mes devanciers aux miens je suis arrivé à cette conclusion : que, tout, autour de nous contient de l’iode: l'air, l’eau de pluie, la neige, les eaux douces et les eaux de mer, les plantes qui les habitent ; les roches, les terrains et les végétaux qu'ils nourrissent, enfin les animaux eux-mémes auxquels leur nourriture apporte chaque jour une certaine quantité de ce métalloïde.
On comprend sans peine que croissant sur des terrains
et arrosées par des eaux qui contiennent de liode, les plantes doivent apporter cet élément à l’organisme des animaux herbivores, qui à leur tour le repassent aux animaux carnivores. L’homme étant omnivore doit contenir une assez forte proportion d’iode pour cette raison que les végétaux qui forment la base de son alimentation sont généralement beaucoup plus riches en ce métalloïde que les tissus animaux dont il se nourrit également.
Tel est le cycle de liode et le processus par lequel il
pénètre dans l’économie : plusieurs centaines d’analyses et de dosages d’iode dans les matières les plus diverses sont là pour le démontrer.
Bien que l’iode ait été signalé dans le thymus, on admettait que cet élément était surtout localisé dans la glande thyroïde et dans les glandes para-thyroïdes. Je suis le premier qui, à ma connaissance du moins, ait annoncé que l’iode se trouvait extrêmement répandu dans les tissus de l’économie, mais à des doses infiniment pelites, si faibles que pour les déceler il faut opérer sur des quantités considérables de matière, de sorte qu’on peut admettre, à mon avis, que pratiquement tous les tissus animaux contiennent ce métalloïde.
Comme il arrive nécessairement un moment où, par suite de son apport constant l’iode est en excès dans Îles tissus, une partie s’en élimine. Cette élimination, insignifiante par les fèces et les urines, s’effectue principalement par la peau, la sueur, les cheveux et les ongles. Ce sont les cheveux qui sont l’agent principal de cette élimina-
tion. Un fait analogue pour ce qui concerne l'élimination
de l’arsenie, a d’ailleurs été déjà signalé par M. le professeur A. GAUTIER.
Quant au mode d’action de l'iode et à son rôle il m'est impossible pour le moment de l:s définir d’une façon positive, et j'en suis réduit à des hypothèse, qui sont valables sans doute, mais qui auraient besoin de confirmations expérimentales.
Etant donnée la faible quantité d’iode totale que contient économie, il semble que cet élément puisse agir à des doses extrémement faibles, se rapprochant ainsidu mode d’action des ferments solubles. De plus l'instabilité de la combinaison moléculaire de l’iode le rend apte à passer très rapidement d’une molécule à une autre.
Enfin les propriétés antiseptiques et toniques de l’iode portent à croire que c’est un élément tonifiant les tissus et les rendant plus aptes à se défendre contre les microorganismes qu’il tue ou dont ilralentit l’activité en même temps qu’il diminue ainsi indirectement la quantité de toxines que ces êtres produisent et qu'il annihile probablement leurs propriétés nocives.
Je ne saurais terminer ce travail sans répondre à une objection qu’on ne manquera pas de me faire et qui, si elle était juste, risquerait fort de réduire à néant mes conclusions : on pourrait me dire, comme ou l’a dit à M. Cnam, vous trouvez de l’iode partout, prouvez-nous qu'il ne vient pas de vos appareils, de vos réactifs, des poussières qui contiennent de l’iode et qui peuvent tomber dans vos liqueurs, prouvez-nous que vous avez pris toutes les précautions nécessaires quand il s'agit de déce-
ler des traces et que ces traces d’iode que vous trouvez
dans certains cas ne sont pas de l’iode fortuit, de l’iode que vous aurez laissé s’introduire accidentellement au cours de vos recherches, dans vos réactifs, dans les appareils qui ont servi à vos recherches.
Ma réponse sera très simple : outre toutes les précautions dont je me suis entouré pour employer des réactifs exempts de toute. trace d’iode et pour éviter l'apport d’ailleurs presque absolument nul de cet élément par les poussières atmosphériques, précautions méticuleuses, qui sont une garantie de la justesse de mes conclusions, il est un fait qui est le critérium, de leur exactitude.
Quand dans trois expériences portant sur des produits différents, menées de front et exécutées dans des conditions identiques, il en est deux qui donnent des résultats négatifs, et une seule un résultat positif, il est impossible d'admettre que cet iode soit accidentel. Que de fois. au cours de ces recherches, j'ai obtenu ce résultat, et chaque fois j'ai accueilli avec plaisir une expérience négative qui me donnait une certitude de plus de la finesse de la méthode employée et de l’exactitude des conclusions que je pouvais en tirer.
Les mêmes objections auraient pu être faites lorsque M. A. Gaurier cherchant l’iode dans l’air et dans l’eau de mer l’y découvrit à l’état organique et organisé. Si, poursuivant sa méthode, il n’eût pas prouvé l’absence absolue d’iode minéral dans cet. air et dans l’eau de l’océan, on eut pu lui objecter aussi que l’iode qu’il trouvait à l’état organique avait pu être-amené par ses réactifs. Il ne serait pas difficile aux esprits inquiets d’appliquer à la découverte de l’iode thyroïdien de Baumann les mêmes objections sans portée,