DEUXIÈME PARTIE
ce ne sont que des partis en face d'un gouvernement qui est ou parait être la vraie représentation du pays. Il en est autrement chez un peuple qui obéit à une autorité antinationale. En Irlande, où l'aristocratie est ennemie du peuple, nul ne résiste quand le gouvernement est fort; mais, lo jour où l'opposition est libre d'éclater, l'hostilité est universelle, et le pouvoir abandonné tombe dans l'isolement. Ce sont les opposants qui sont la nation, et le gouvernement qui est un parti. Ces opposants composent aujourd'hui la grande association irlandaise ^
Mais comment ce gouvernement peut-il maintenir son action sur un peuple entier ligué contre lui? La difficulté est grande, et, pour en comprendre l'étendue, il est utile de connaître tout ce qu*il y a de démocratique dans l'association nationale d'Irlande. Je crois devoir en exposer ici le plan et en indiquer le caractère.
Je ne sais si j'en ai bien saisi l'esprit et le sens; mais, en cas d'erreur, je ne pourrai m'en prendre au secret et aux mystères de cette association, dont tous les actes se passent à la face du soleil, et sont ainsi livrés au jugement de tous.
Un comité central, séant à Dublin, et composé de membres dont le mode d'élection a varié suivant les circonstances, représente l'association et prend toutes les mesures jugées utiles à la cause commune. Ce comité s'assemble régulièrement, examine les lois proposées au parlement, les discute, censure les actes du pouvoir et ses agents, prend des résolutions, les publie, en un mot agit comme un vrai parlement, auquel il ne manque que le pouvoir régulier de faire des lois obligatoires pour tous. L'association a un journal qui publie ses actes et ses décrets (i).
* Tout ceci, vrai, lantque les tories sont au pouvoir, cesse de Tôlrc quand les whigs gouvernent l'Irlande.
[Note de la septième édition 1 862.
Comme tous les gouvernemenls établis, Tassociation reçoit un tribut en retour de la protection qu'elle donne; tribut dent la quotilé varie, se perçoit suivant des formes diverses, mais finit toujours par être acquitté. En 1825, Timpôt payé à Tassociation par chacun de ses m.embres était de deux sous par mois (un penny) (1), taxe légère, mais suffisante pour établir un contrat d'autorité et d'obéissance entre le corps qui la perçoit et l'individu qui la paye. L'association avait des percepteurs qui levaient l'impôt, d'autant mieux payé qu'il était volontaire. Aujourd'hui, l'association ne va point chercher l'argent des contribuables; ceux-ci le lui envoient dans la forme de souscriptions individuelles : changements dont les formes signifient peu, mais sont nécessaires pour échapper aux lois par lesquelles de temps à autre le gouvernement attaque l'association . Ainsi, par exemple, dans l'origine les membres du comité central procédaient de l'élection du peuple entier; chaque baronnie envoyait au chef-heu du comté un certain nombre d'électeurs qui nommaient un ou plusieurs députés pour représenter le comté dans le comité central; ainsi faisaient les trois cent cinquante baronnies et les trentedeux comtés d'Irlande. De sorte que les meneurs de l'association étaient au fond et mémo dans la forme les délégués du pajs. Celle forme électorale, pratiquée en 1792, fut frappée comme inconstitutionnelle par un acte du parlement' (the convention act), ce qui n'empêcha pas qu'en 1811 et en 1825 l'association n'employât le même mode pour le choix de ses représentants. Mais, en 1811, une décision du jury, et en 1825 une nouvelle loi du parlement (appelée the algerine ad) (2) ayant dissous le comité de l'association et l'association elle-même comme illégale, il a bien fallu recourir à une forme différente d'organisation ; et aujourd'hui l'association n'a point de chefs apparents auxquels elle confère l'élection, avec un mandat exprès ' Chaque réunion de l'association est comme un meeting