QUATRIÈME PARTIE
On peut ainsi, sans Toffenser, faire dans les lois du pays tous les changements qu'exigent les opinions et les mœurs. Voilà comment l'Ecosse a pu devenir presbytérienne, et le Canada demeurer catholique sous le sceptre de l'Angleterre, sans que la constitution anglaise en reçût aucune atteinte. De pareils changements dans la constitution, loin de la détruire, sont peut-être les seuls moyens de la conserver. Et comment s'arrêter aux reproches de parjure adressés aux catholiques d'Irlande qui, ayant obtenu des réformes sous la condition de s'en contenter, en demandent encore de nouvelles? Si les catholiques d'Irlande ont, en 1829, promis de s'en tenir à tout jamais à Témancipation parlementaire, ils ont certainement pris l'engagement le plus insensé qu'on puisse imaginer; ce serait comme s'ils avaient juré qu'ils ne luttctraient plus dès qu'ils auraient une arme de combat. Et les législateurs qui, par nécessité et non par justice, auraient accordé l'émancipation catholique à une telle condition, n'auraient pas moins manqué de sens; car c'eût été comme s'ils avaient dit aux catholiques d'Irlande : Vous êtes déjà tellement forts, que nous sommes obligés de vous concéder ce que nous ne vous donnerions point librement ; en conséquence, nous allons accroître votre puissance, à la condition que de ce jour vous renoncerez à en faire usage. Ces engagements, qu'il eût été aussi absurde d'offrir que d'accepter, eussent-ils été raisonnables et sérieusement consentis, ce serait chimère que d'y chercher quelque réalité. Les serments que prête un homme ont quelquefois de la valeur; ceux qu'on impose à un parti n'en ont jamais.
Si rien ne peut arrêter la réforme de l'Église d'Irlande, la réforme de l'aristocratie irlandaise s'avance d'un pas non moins sûr. Les membres de cette aristocratie sont toujours des étrangers en Irlande ; ils agissent comme au temps où les conquérants anglais n'avaient devant eux, en Irlande, que quelques hordes barbares; et cependant ils se trouvent aujourd'hui en présence d'un peuple bien discipUné, conduit
par un grand chef, et qui a la conscience de sa force.
L'aristocratie d'Irlande a, dès l'origine, mêlé sa cause à celle de l'Eglise ; et sa destinée semble être de vivre et de mourir avec celle-ci. Se reconstituera -t-il une autre aristocratie sur les ruines de celle qui s'écrqule? H est bien difficile de le dire. Les tendances de l'esprit anglais y poussent, mais les passions qu'a fait naître et qu'entretient unearistocratie ennemie y peuvent être un obstacle. Et plus cftte aristocratie anti-nationale résistera aux coups qui lui sont portés, plus le sentiment qui repousse une aristocratie quelconque se fortifiera en Irlande; car c'est son impopularité qui déconsidère surtout les privilèges de la naissance et de la fortune dans un pays naturellement enclin à les estimer. Aussi peut on dire que le système des tories, qui tend à maintenir intacte et inviolable en Irlande l'aristocratie existante, est tout à la fois le plus propre à assurer la ruine complète de celle-ci et à rendre impossible sa métamorphose en une autre aristocratie ; tandis que si une pareille transformation s'opère, elle sera favorisée par les whigs qui, en réformant l'aristocratie protestante, la rendent, moins impopulaire, et accoutument les catholiques au régime des privilèges en les y faisant participer.
Mais si une aristocratie cathoUque ne succède point à l'aristocratie protestante, destinée à périr, quel pouvoir prendra donc la place de celle ci? Le gouvernement de l'Irlande deviendra-t-il démocratique? En faisant voir tout à l'heure comment le parti tory excite les hajnes du peuple contre les classes privilégiées, on a par cela mêaie montré de quelle manière ce parti pourrait, dans certains cas, aider la démocratie à se développer. Mais si cette démocratie triomphe, comment s'èlablira-t-elle? Sera-ce par quelque révolution violente, ou par un progrès doux et lent? Que fera l'Angleterre? Comment laisser s'accomplir une pareille révolution? Comment l'empêcher? Et, en supposant que d'un progrès tranquille ou de changements ré*