‹ L'Irlande sociale, politique et religieuse (volume 2)Chapitre 18 sur 219 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

fait un appel aux passions. C*est ainsi que, dans les temps qui ont précédé l'émancipation catholique obtenue en 1829, il avait mis l'Irlande sur pied : ainsi, en i83J, il soulevait toute rirlande contre le payement de la dime. Remarquez qu'il la soulevait, mais ne Tarmaitpas; il déployait un appareil menaçant, et attendait que le pouvoir irrité lui donnât, en Tattaquant, les avantages et les privilèges de la défense. O'Gonnell sait merveilleusement le parti qu*il peut tirer de la légalité, et jusqu'où il peut aller dans la violence ; il pense que c'est folie à un peuple qui possède des libertés, de délaisser ces armes puissantes de combat dont Tusage est légitime et exempt de tous dangers, pour recourir à celte arme extraordinaire, la révolte, dont l'emploi est si périlleux et l'effet si incertain. Si O'Connell croyait qu'une bonne et franche insurrection réussit à l'ir^. lande, et ilt d'elle un peuple heureux et libre, il serait sans doute révolutionnaire. Il eût applaudi au mouvement des volontaires de \n S ; mais je doute qu'en 1792 il se fût engagé dans le mouvement pourtant plus national des Mandais-Vnis. Les premiers avaient pour eux des chances de succès qui manquaient entièrement aux seconds. OGonnell a l'âme et la mémoire chargées de toutes les misères qu'ont attirées sur l'Irlande ses violents essais d'indépendance : de là son effort constent pour créer ce qu'il appelle l'agitation constitutionnelle y ce système indécis entre la paix et la guerre, entre la soumission et la révolte, entre l'opposition légale et l'insurrection :. système qui sans doute ne confère point aux peuples les rapides bienfaits d'une ré: volution soudaine. et prospère, mais qui aussi n'expose point le pays aux terribles responsabilités d'une insurrection mdlheureuse.

Mais, soit que Ton considère O'Connell comme un ardent sectaire ou comme un grand chef de parti, politique ou enthousiaste, parlementaire ou révolutionnaire , on est dans tous les cas obligé de reconnaître en lui une extraor-

dinaire puissance ; et ce qui, dans cette puissance, frappe surtout les regards, c'est ce qu'elle contient de profondément démocratique. O'Connell est tout naturellement, et par le fait seul de son existence politique en Irlande, l'ennemi de Taristoçratie ; il ne saurait être l'homme d'une po* pulation irlandaise et catholique sans être l'adversaire de ' l'oligarchie anglicane. Peut-être dans aucun pays le représentant de l'intérêt et de la passion populaires n'est-il aussi nécessairement qu'O'Gonnel l'ennemi violent des classes supérieures ; parce qu'il n'y a peut-être pas de pays au monde où il existe une séparation aussi nette et aussi profonde qu'en Irlamde entre l'aristocratie et le peuple.

Il ne faut donc pas s'étonner si O'Connell livre à Taris! ocratie d'Irlande une guerre éternelle ; si idole du peuple, il excité dans les rangs élevés de la société des inimitiés ardentes. Il n y a peut-être pas d'homme qui soit tant aimé et si haï. Les ressentiments de l'aristocratie contre lui sont assurément bien naturels ; mais malheur au grand seigneur d'Irlande qui, incapable de haïr en silence, provoque cet ennemi formidable î

Un jour, au milieu d'un banquet public, faisant allusion au tribut annuel qu'O'Connell reçoit de l'Irlande (1) un lord traita O'Connell de mendiant (beggerman). Le lendemain, O'Connell vient à la séance de l'association.

« J'ai, dit-il, à vous raconter une agression nouvelle dirigée contre moi par le marquis ***, qui s'est permis d'ajouter à mon nom l'épithète de mendiant. Je voudrais bien savoir de quel droit ce seigneur me traite de la sorte. Quel est son motif! Serait-ce que j'ai sacrifié un revenu égdl au mdin^ au produit du plus beau de ses domaines, pour me mettre à même de me dévouer plus complètement à la défense de mes concitoyens, et pour mieux les protéger contre une aristocratie qui n'aspiré qu'à les fouler aux pieds? Il m'est arrivé ce qui peut-être n'est jamais arrivé à aucun homme, et l'Irlande a fait pour moi ce qu'aucun

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