CHAPITRE VI
00 l'on hortre par quelles causes l'irlande, qui est maintenant i}N pays libre, tend a devenir un pats démocratique
Dans leur résistance à l'oppression politique, les Irlandais ont triomphé; aujourd'hui qu'ils ont le secret de leur force, se borneront-ils à se défendre? N'attaqueront-ils pas à leur tour? Jusqu'à présent ils ont lutté pour obtenir que les garanties de la constitution anglaise leur fussent accordées sincèrement. Mais, s'il était vrai que les institutions aristocratiques qui contentent l'Angleterre ne pussent pas satisfaire l'Irlande, celle-ci ne se servirait- elle pas des libertés qu'elle possède pour attaquer l'aristocratie ellemême? L'avenir nous est voilé ; mais le passé et le présent s'offrent à nous, qui nous montrent en Irlande plus d'un orage s amassant au-dessus de cette aristocratie, source première de toutes les misères irlandaises. Et les périls qui menacent l'aristocratie irlandaise ne lui viennent pas seulement de ce que l'Irlande a conquis des libertés; mais encore de ce qu'un certain assemblage de faits, de principes et d'accidents, concourt à faire de cette société libre une société démocratique. Quels sont ces faits, ces accidents, ces principes? Quelques-uns se présentent d'euxmêmes à nos regards.
Le premier est la grande association nationale ; le second, Tautorité d'un grand chef, M. O'Gonnell; le troisième, la puissance du clergé catholique; le quatrième, le caractère de la secte presbytérienne ; le cinquième est la naissance des classes moyennes ; le sixième, enCn, la nature des partis politiques. Examinons séparément ces éléments nouveaux de la société irlandaise.
L'association.
H y a pour tout peuple, comme pour tout homme tenu en servitude, deux conditions morales possibles : le décou ragement on Tespérance, rabattement de Vâme ou l'énergie, la soumission ou la révolte. Tant que l'esclave n'est pas abruti, il aspire ardemment à briser sa chaîne; s'il ne le lente pas, c'est que le poids de ses fers l'écrase et décourage son effort; mais, le jour où le nœud qui l'étreint lui permet de se mouvoir, on est sûr que déjà il s'agite pour devenir libre. Le bonheur des esclaves m'a toujours paru un mensonge odieux et une amère dérision; j'estime trop mon semblable pour croire heureux le peuple ou l'homme le plus tranquille âans ses fers.
Jusqu'en 1775 l'Irlande fut dans la situation de l'esclave immobile. A cette époque il arriva d'Amérique un écho de liberté qui fit tressaillir le captif dans ses chaînes, et le'maitre dans sa tyrannie. J'ai dit plus haut les phases de ce féveil populaire, et d'abord la grande assemblée des volontaires de 1778, première association qui se forma en Irlande. La lutte engagée par les volontaires, et d'où naquit l'indépendance parlementaire de i782, n'était point encore nationale; c'était une querelle entre l'oligarchie protestante d'Irlande et le gouvernement anglais. L'aristocratie irlandaise, qui depuis un siècle était tout à la fois tyrannique