CHAPITRE I
QUE FERA l'aNGLBTERRE?
On vient de voir ce qu'il faudrait faire en Irlande pour attaquer dans leur principe les maux qui désolent ce pays, et pour rendre à son état social profondément troublé des conditions d'ordre et de paix.
Maintenant ce qui serait désirable sera-t-il fait? L'Angleterre voudra -t-elle, pourra-t-elle accomplir les changements que réclame l'intérêt de l'Irlande? — Il est bien difficile de le penser.
C'est la réforme de l'aristocratie qu'il faut accomplir en Irlande : et l'Angleterre est encore profondément aristocratique. Elle aime les institutions que l'Irlande déteste, et tend naturellement à conserver tout ce qu'en Irlande il faudrait abolir.
Sans doute l'Angleterre n'est pas étraogère au mouvement général de démocratie qui agite le monde. A ne considérer même que la surface des choses et l'aspect extérieur des événements de date récente, on pourrait croire que la vieille constitution féodale de l'Angleterre est menacée d'une prochaine ruine.
Voyez seulement les progrès de la démocratie dans ce pays depuis 1830. La réforme parlementaire, agitée il y a un demi-siècle, arrêtée par 1793 et suspendue pendant quarante ans, reprend subitement son cours, et, devenue irrésistible parles démonstrations énergiques de la volonté nationale, se développe et s'accomplit sur une large base. Â compter de ce jour, au lieu de quatre cent mille électeurs, on en compte plus d'un million. La chambre des communes cesse d'être une créature de la chambre des lords; et, appuyée désormais sur le peuple dont elle émane toute entière, elle devient le premier pouvoir de l'État.
Lorsque ces grands changements s'exécutent, il semble qu'une ère nouvelle commence pour l'Angleterre. C'était jadis la tradition qui présidait à ses conseils ; pour la première fois elle prend la logique pour guide, et règle sa conduite, non sur les précédents, mais sur le raisonnement. Cette révolution dans sa méthode législative, était peutêtre la plus difficile qui pût s'opérer dans un pays aussi attaché que l'Angleterre à ses coutumes.
Et une fois entrée dans une voie rationnelle, elle semble ne pas devoir s'arrêter.
Il est absurde, dit-on, qu'un petit bourg de deux ou trois maisons envoie au parlement des députés, tandis qu'une ville comme Manchester et Birmingham, villes de cent et de deux cent mille âmes, n'ont point de représentant. Sans doute. En conséquence le bourg est privé de son privilège, et des droits sont attribués aux grandes cités qui n'en avaient pas (1).
Il est absurde que les citoyens, sur qui pèsent les taxes publiques, ne soient pas tous appelés à élire les représentants auxquels appartient le pouvoir de les voter, et, en conséquence de ce raisonnement très-juste, on donne à la franchise électorale une immense extension. Fort bien; mais n'est-il pas absurde aussi que les villes municipales aient pour représentants un petit nombre de citoyens qu'elles