DEUXIEME PARTIE
ments de haine contre lout ce qu'elle lui recommande de Ihaïr; mais alors il était aveugle et farouche dans ses ressentiments. L'association n'a pas changé le fond de son àme ; elle l'a laissé avec toutes ses haines qu'elle a jugées légitimes, et c'est ce qui fait sa force : seulement elle les a éclairées de quelque lumière; elle a appris au peuple non à les étouffer, mais à les contenir; elle s'est efforcée d'adoucir ses penchants, d'indiquer à ses passions pohtiques des voies paisibles, rigoureusement légales, à la place des moyens violents et criminels auxquels il était habitué à recourir. A la place du gibet, seul pouvoir social auquel elle eût foi, elle l'a accoutumé à recevoir une direction supérieure, et à accepter l'empire d'une. autorité toute morale. Elle na pas plié le peuple aux régies de la loi, njais à une règle : voilà comment un élément d'ordre est sorti du désordre même.
tf On m'a battu! s'écriait d'une voix lamentable un paysan lors de l'élection de Waterford. — Et pourquoi, lui dit-on, n'avez-vous pas rendu les coups? — Je croyais, répondit-il, que l'association l'avait défendu. » La veille de l'élection de Clare, l'association porta une défense générale de s'enivrer : pas une goutte de wiskey ne fut bue par le peuple (i).
L'association n'a pas la puissance d'empêcher le wihleboysme, qui tient à des causes bien plus sociales que politiques; mais, si elle ne le déiruit pas, elle le limite; elle le combat hautement, le désavoue (2); elle empêche les passions politiques de se porter vers lui, et de chercher en lui un auxihaire.
Avant l'association , vingt Irlandais ne pouvaient se t rouver ensemble sans que leur réunion fît bientôt naître quelque querelle et quelque violence; à la voix de l'association, des milliers, des centaines de mille personnes se rassemblent dans un même lieu, paisiblement, et dans l'ordre parfait d'une milice disciphnée,sans se livrer au moindre excès :
et par ces démonstrations solennelles d'une force tranquill mais menaçante, apprennent à l'Angleterre ce qu'elle doi penser de la sauvage Irlande.
Mais ce qui dans l'association d'Irlande me parait le plu grave et le plus digne d'attention, c'est ce qu'il y a de pro fondement démocratique dans ce gouvernement du peupl par un pouvoir central, unique, émané de la volonté uni verselle, expresse ou tacite, résumant en lui tous les élé ments nationaux, tout-puissant par l'assentiment populaire pouvoir absolu dans ses actes, quoique soumis constam ment au contrôle de tous ; nivelant tout au-dessous de lui mandant à sa barre toutes les puissances aristocratiques d la nation; accoutumant ainsi le peuple à l'égalité sociale e politique ; pouvoir mobile, insaisissable quoique perpétuel changeant sans cesse de nom, de forme et d'agents, quoi que toujours le même; c'est-à-dire une démocratie consli tuée dans un pays qu'on prétend gouverner avec des insti tutions aristocratiques.