‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 225 sur 333 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

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prêtre calholi(iuo applique le plus sainement les principes rie l'économie politique; mais je suis sûr tout d'abord que le peuple prend le langage du riche pour celui d'un adversaire, tandis que la parole du second pénètre comme une voix amie jusqu'au fond de son cœur. Quisétonnera maintenant de la puissance du clergé catholique en Irlande? Cette puissance a pourtant encore une autre base, et peulê(re la plus solide de toutes : de même que le peuple irlandais n'a pas d'autre appui que son clergé, le clergé catholique n'a pas d'autre soutien que le peuple. C'est le peuple seul qui paye son prêtre; de là l'origine du double lien qui les serre étroitement l'un à Tautre ; de là leur dépendance mutuelle^ de tous les nœuds le plus durable. Aujoutonsque dans ce pays où toutes les classes supérieures et privilégiées sont impopulaires, le clergé catholique est le seul corps plus éclairé que le peuple, dont celui-ci accepte les lumières et le pouvoir. Et ce pouvoir n'est pas purement social; il est encore essentiellement politique. La libre existence de l'Église catholique est peut-être, en Irlande, ce qu'il y a de plus directement hostile au principe qui, pendant des siècles, a dominé dans le'gouvernement. Ce n'est pas seulement une Église qui s'élève à côté d'une autre Église ; ce n'est pas seulement un corps de vicaires, de prêtres et d'évêques qui s'organise à la face d'un autre clergé, élevant autel contre autel, et faisant entendre prédication contre prédication; il y a, dans le développement aujourd'hui complètement libre de l'Éghse catholique d'Irlande, le signe d'un principe nouveau, vainqueur du vieux principe anglican, qui jadis était comme le cœur du gmivernement anglais : la vieille Irlande se sent renaître dans l'Église catholique; la tyrannie protestante (protestant ascendancy) est vaincue; c'est un principe politique, bien plus encore qu'un principe religieux, qui triomphe. Aussi le prêtre irlandais ne se borne pas à secourir le peuple dans ses misères sociales, il le protège encore

contre l'oppression politique; il ne se contente pas d'être homme et prêtre, il est encore citoyen, et n'est pas moins occupé de la liberté que de la religion.

Pendant longtemps, le clergé catholique, soumis comme le peuple à la persécution, n'avait eu d'autre soin que de s'y soutraire, et il était trop abattu par elle pour conserver aucune puissance de protection; il se dérobait aux lois pénales, s'efforçait de procurer au peuple les secours spirituels de la religion, et, quand il y réussissait, il avait accomph sa tâche. Ainsi, au plus fort de l'oppression, le clergé cathohque se renferma strictement dans son église, et il s'y tenait encore réfugié lorsque l'Irlande livrait ses premiers combats et remportait ses premières victoires. Il resta naturellement étranger à l'agitation de 1778, qui était un mouvement protestant; et peu de temps après, quand l'association irlandaise apparut faisant un appel à toutes les forces nationales, il fut d'abord à peu près sourd à sa voix, puis il ne lui prêta qu'un timide concours qu'il s'empressa de retenir quand l'orage de 1798 vint à gronder.

Cependant ce terrible ouragan passé, les attaques du peuple ayant cessé d'être révolutionnaires pour devenir presque légales, des procédés ingénieux d'agression ayant été trouvés, avec lesquels on poursuit les fruits de la rébellion sans risquer aucun de ses périls, périls immenses que le prêtre prudent pour le peuple et pour lui-même ne perd jamais de vue, le clergé catholique, dans ces conjonctures, a fini par épouser vivement la cause du peuple, et de ce jour il a été son défenseur- le plus efficace, et le plus redoutable ennemi du pouvoir. Il n'y a pas eu, en Irlande, une crise politique à laquelle le clergé cathohque n'ait eu une grande part. II a été le constant auxiliaire de l'association dont il explique au peuple les actes et les décrets. Pas une élection ne se fait en Irlande sans que le clergé catlio • lique donne ses conseils, pour ne pas diie ses ordres au

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peuple. Le clergé prend part à toutes les affaires du pays; il se mêle aux assemblées et y fait entendre sa voix. Souvent le prêtre se change en tribun, et la même voix qui recommande de rendre à César ce qui est dû à César proclame hautement que le devoir de tout bon catholique est de voter contre le protestant, et que le plus humble fermier doit braver les rigueurs du maître plutôt que de ne pas donner son suffrage suivant sa conscience. Personne aujourd'hui n'ignore, en Irlande, que le succès des élections libérales est presque entièrement dû à l'influence du prêtre qui tient en ses mains l'âme du peuple, et sait opposer aux menaces du riche et du puissant les promesses du ciel et les terreurs de l'enfer. C'est sur la proposition du clergé que l'association a résolu de donner une indemnité aux pauvres fermiers qui, par suite d'un vote indépendant, sont expulsés de leur ferme; ainsi le clergé d'Irlande a introduit la charité dans la politique (1).

Il n'est pas assurément dans les traditions et dans les principes du clergé catholique de se montrer hostile aux gouvernements étabhs; et sa pente naturelle l'inclhie plutôt vers le pouvoir qu'elle ne l'en rend l'adversaire. Mais combien le prêtre irlandais est loin des doctrines d'obéissance passive qu'on a souvent reprochées à l'Eglise cathoHque, et suivant lesquelles le peuple, courbé sous la plus pesante tyrannie, n'aurait pas le droit de relever sa tête. On peut juger de l'esprit qui anime le clergé d'Irlande et des principes qui dirigent ses actes, par la réponse que fit, en 1852, devant un comité de la chambre des pommunes, le docteur Doyle, alors évêque de Garlow (Kildare), dont le nom est resté en grande vénération parmi le peuple- et le clergé d'Irlande.

Le docteur Doyle avait publié une lettre adressée à tous les calhoUques irlandais pour les engager à refuser au clergé protestant le payement de la dîme et à appuyer leur résistance sur tous les moyens légitimes.

Ainsi, lui dirent les membres tiu parlement anglais devant lesquels il comparaissait , vous posez en principe le droit de résister à la loi; et quel sera le fondement de cetterésistance? Le jugement individuel de chacun, qui décidera souverainement si la loi doit ou ne doit pas être obéie. Estil rien de plus anarchique?

« Je pense, répond l'évêque catholique, que lorsque des abus existent dans un Étal, si les individus étaient obligés de tenir leur jugement sous le joug de l'autorité qui protège ces abus, il n'y aurait pas pour le pays de réforme possible ; et l'on verrait alors s'étabhr sur les bases les plus larges non-seulement le principe de l'obéissance passive, mais quelque chose encore de pire que le droit divin des rois ; car ce serait le droit divin des abus. Au nom de Dieu, ditesle moi, quel progrès s'est jamais fait dans ce pays, qui n'ait été l'œuvre d'hommes poursuivant la justice en opposition à la loi? Pour moi, je n'en connais aucun. Tout le despotisme de Jacques P"" était rigoureusement légal. Même dans la question du tonnage, les tribunaux se prononcèrent pour le pouvoir royal. Si vous en venez à la révolution de 4688, elle se fit sans aucun doute en violation de la constitution, et pourtant elle est le point de départ de notre prospérité nationale. Arrivons à l'émancipation cathohque. Pendantcinquante années , les protestants et les cathohques d'Irlande l'ont poursuivie de leurs efforts ; et combien de crimes ont ac compagne l'opposition qu'elle a rencontrée! combien de colli sions, de haines, d'animosités ! combien de luttes sanglantes Et pour parler d'un fait encore plus récent, l'organisatior actuelle de la chambre des communes n est-elle pas consti tutionnelle (1)? Nul, sans doute, ne niera qu'elle ne le soit Cependant cette institution, que la loi protège, le roi et soi guuvernement travaillent à la modifier ; et leur plan de ré forme est l'occasion d'émeutes populaires à Bristol, à Not tingham, etc. Qui imputera au gouvernement ces émeute et le sang qui s'y répand? S'il fallait renoncer à recouvre

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