‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 233 sur 333 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

Lo barreau a bien aussi ses inslincls aristocratiques. Corporation privilégiée, il a tout d'abord inonlré les goûts et les passions propres à son origine ; et, lorsqu'en 1793 le barreau devint libre, les premiers catholiques qui furent avocats s'associèrent à l'aristocratie protestante (1). Mais l'esprit de privilège social ne pouvait tenir longtemps contre l'intérêt de parti politique et contre la passion religieuse ; aussi, dès le commencement du siècle actuel, et surtout depuis vingt années, le barreau catholique a brisé cette union pour se donner tout au peuple. Aujourd'hui les avocats sont les combattants naturels dana une lutte de légalité et de procédure; et, tant que durera cette guerre, qui leur offre des rôles brillants et pacifiques, on ne peut guère douter que, dans leur situation interméd aire entre l'aristocratie et le peuple, ils ne se portent vers celui-ci.

Mais de toutes les sources de classe moyenne qui existent en Irlande, celle dont le principe s'accorde le mieux avec le mouvement démocratique qui s'opère dans ce pays, c'est le commerce catholique ; source primitive de la classe moyenne en Irlande; source féconde qui pendant des siècles demeura comme comprimée dans le sein de la terre sous les pieds de l'aiistocratie protestante, et qui aujourd'hui peut couler librement, alimentée parle travail de plusieurs millions d'hommes. Sans doute il sortira de son seui quelques hautes inégalités, mais pour une condition aristocratique elle crée mille conditions moyennes.. L'intérêt de parti, l'esprit de secte, les passions présentes, les rancunes du passé, tout anime le commerce catholique contre l'aristocratie. Cependant on est sûr que dans ses

lait depuis dix ans en Irlande, par le tribunal institué sous le nom de Landed Estâtes Court, et la division des terres mises à l'adjudication par lots détendue moyenne, sont en voie de créer en Irlande cette propriété moyenne dont les éléments manquaient presque entièrement. Voir la notice placée eu tète de celte nouvelle édition, § 7. n. 4

resseiiliinenls il ne dépassera pas de certaines bornes. Si une guerre constitutionnelle plaît à d'autres, elle est pour lui une nécessité, car il ne peut se passer de paix. « Je commence à m'apercevoir, disait Wolf Tome en 1795, à l'époque où il s'efforçait d'entraîner la classe commerçante dans ses entreprises d'indépendance républicaine; je m'aperçois, disait-il, que les marchands sont de mauvais instruments de révolution » (1). Le commerce est adverse aux révolutions violentes, et il contient cependant un principe d'éternel mouvement ; c'est le principe du travail qui crée sans relâche à cêté de l'oisiveté qui laisse périr; c'est le principe du progrès sans le privilège, de l'accroissement perpétuel des uns sans l'inégaUté constituée des autres. Là surtout est l'avenir de l'Irlande : je dis Tavenir, car la classe moyenne ne fait presque que de naître en Irlande.

Ce n'est pas qu'elle ne possède déjà d'assez grandes richesses ; ses progrès sont même singulièrement rapides. En 1778, il n'y avait que quatre-vingts calhohques qui fussent officiellement reconnus propriétaires fonciers (2) : aujourd'hui il est difficile d'estimer à moins d'un dixième du soi la propriété cathohque en Irlande. Beaucoup de catholiques qui n'occupent pas la terre ont d'ailleurs des droits sur elle par les hypothèques qui leur sont données en garantie de prêts d'argent (3). Il y a quarante ans, les cathoHques étaient exclus du barreau, où ils sont maintenant en majorité. Le commerce catholique, aujourd'hui florissanl dans toute l'Irlande, et principalement dans les grandes villes, telles que Belfast, Dubhn, Gorke, Limerick et Galway, a déjà produit des capitaux considérables* Un seul fait sur firait pour prouver son importance et sa fécondité : c'est que déjà, en 1629, les neuf dixièmes des fonds de la banque d'Irlande appartenaient à des CathoUques (4). Voilà, certes, pour une classe moyenne qui s'élève, des conditions pros pères. Cependant c'est un phénomène étrange en Irlande, qu'en même temps que de nouvelles fortunes y sont créées,

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