QUELS SONT LES REMEDES AU MAL? TROIS PRINCTPAUX SONT INDIQUÉS
On a vu quels maux endure l'Irlande. On vient de vojr quelle sorte de résistance a fait naître parmi le peuple l'oxcès de ses misères.
Maintenant toutes ces misères sociales et politiques étant connues, comment les guérir?
Lorsqu'on voit chez un peuple des millions de pauvres, le premier sentiment qu'on éprouve, c'est celui d'une pitié profonde.; et avant de s'engager dans la voie des réformes qui tiennent à l'organisation politique de la société, l'esprit n'est-il pas tout d'abord enclin à rechercher par quels moyens immédiats on pourrait adoucir la condition matérielle de tant de malheureux? On se demande si, indépendamment même de toutes les formes de gouvernement, le pauvre peuple d'Irlande ne pourrait pas être tout d'un coup tiré de sa profonde indigence par quelque procédé subit, extraordinaire comme la misère qu'il s'agit de guérir. Le peuple d'Irlande meurt de faim... il faut le secourir. Est-ce avec des lois, des réformes constitutionnelles? Non : il y a urgence; c'est du pain, et non des théo-
ries qu'il lui faut. Le pauvre peuple d'Irlande manque de vivres, il faut lui en donner. Il manque d'ouvrage, il faut le faire travailler. La pauvre Irlande est surchargée de population, il faut alléger le fardeau qui l'écrase : et ces secours, il faut les donner tout de suite à l'Irlande. Et cette misère, qiii appelle à giands cris une assistance soudaine, n'augmente-t-elle pas chaque jour? Chaque jour cette population de pauvres devient plus nombreuse, et à mesure que sa misère accrue excite plus de pitié, les menaces de son désespoir inspirent plus de crainte. C'est, en effet, un phénomène digne de méditation que la population de l'Irlande, si" misérable, se multiplie plus rapidement que celles de l'Angleterre et de TÉcosse si prospères; et, ce qui n'est pas moins remarquable, c'est qu'au sein de l'Irlande elle-même la population s'accroisse aussi davantage en proportion de sa misère. C'est dans le Connaught que la famine sévit le plus durement, et c'est là que le peuple se multiplie le plus rapidement (1). Comment donc ne pas tenter d'arrêter tout d'un coup celle effroyable misère dont le progrès recèle tant de souffrances et de périls?
Trois systèmes se présentent qui promettent de conduire au but qu'on" veut atteindre.
Le premier serait de procurer du travail aux pauvres
inoccupés.
Le second consisterait à diminuer la population, en fournissant aux indigents des moyens de s'établir hors du
pays.
Le troisième serait de nourrir, aux frais de l'État, ceux
qui ne seraient ni occupés en Irlande, ni pourvus dans une
autre contrée.
En d'autres termes, trois moyens s'offrent pour le salut
de l'Irlande : l'industrie, l'émigration et l'établissement d'un
système de charité publique.
Examinons séparément ces trois systèmes. Ils ont été et
ils sont encore en ce moment même, de la part des plus