‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 259 sur 333 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

ence brutale et vindicative, et qui ruinent le propriétaire ans enrichir le fermier (1), J'ai dit que rien, dans4'intérêt les classes pauvres, ne peut remplacer la sympathie des ichcs; il faut ajouter que rien, pour le riche, ne peut uppléer la sympathie du pauvre; et quand le pauvre hait e riche, il n'y a point de loi si dure, point de cour mariale, point de supplices, qui puissent l'empêcher de traailler à la ruine de celui-ci.

Enfin, l'indigence des riches irlandais a une dernière ause, de date phis récente. Durant la guerre de la France vec l'Europe, et notamment de 1800 a 1810, l'Angleterre yant été, pour sa subsistance, réduite presque entièrement aux ressources de son territoire, l'Irlande, qui a tou- 3urs été son grenier d'abondance, le devint plus quejanais. Les produits agricoles de l'Irlande furent, en conséuence, si recherchés que leur prix s'accrut outre mesure. !etétat de choses se continuant d'année en année, les proriétaires, dont les terres donnaient à leurs fermiers des ruits d'une valeur double ou triple, se hâtèrent d'élever le rix des baux dans la même proportion; et, ne prévoyant oint que cet accroissement de fortune, si agréable à leur rgueil, cesserait avec l'accident qui l'avait fait naître, s établirent les dépenses de leur maison sur cette base ^agile.

Tant que dura le blocus continental, l'aristocratie d'Irnide ftit magnifique et prospère, et le peuple lui-même ouffrit moins; mais la paix étant rendue au monde, le larché irlandais fut privé de son monopole, les produits le la terre perdirent leur valeur exagérée, et la fortune e tous les propriétaires fut étroitement réduite. Cepenanl, en dépit de ce revers qui leur enlevait la moitié de leurs evenus, les riches ne diminuèrent point leurs dépenses

11 est dans la nature des aristocraties de ne pouvoir déliner; elles sont bâties sur un piédestal dont la vanité est i base.

Les grands seigneurs irlandais n'eussent jamais consenti à se rapetisser d'une ligne; et, continuant à vivre dans le même luxe avec des fortunes moindres, les uns sont arrivés à une ruine complète, les autres y marchent rapidement; et, plutôt que de réformer dans leur domestique un cheval ou un laquais, vont tomber du haut de leur faste dans l'extrême indigence. C'est une faiblesse très-familière à l'homme de ne pouvoir' supporter l'approche d'une infortune légère dont l'heure est fixée, et de s'avancer résolument vers un malheur immense, inévitable, mais dont le jour n'est pas marqué. L'aristocratie exagère tous les vices comme toutes les vertus qui procèdent de l'orgueil.

Abandonnée à elle-même, l'aristocratie irlandaise périrait peut-être. Mais la laissera-t-on , faible et impotente, languir des années, des siècles même, et s'éteindre dans une lente agonie au milieu des violences qu'elle excite, des misères qu'elle crée et des malédictions qu'elle entend? Non, elle ne peut plus être, pour le peuple irlandais, qu'un vain fantôme de gouvernement ; et sans doute elle ne se relèvera pas au milieu dos coups terribles qui lui sont portés, lorsque, dans des temps de paisible oppression, elle n'a pas réussi à se maintenir. Ses privilèges ne sont plus qu'un obstacle qu'il convient de supprimer.

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