‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 266 sur 333 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

sentiellement industrielle. 11 faut de toute nécessité que le peuple y trouve sur la terre un sort plus heureux, ou qu'il se résigne à rester éternellement misérable : or, puisqu'il est profondément malheureux comme fermier, la seule chance qui lui reste n'est -elle pas de devenir propriétaire?

J'aurais mille autres raisons pour appuyer cette opinion; je m'arrête cependant. Un lecteur anglais trouvera mes arguments incomplets. Tout autre qu'un Anglais les jugera peut-être surabondants.

Mais s'il est vrai que le peuple d'Irlande soit destiné à languir dans la détresse aussi longtemps qu'il ne parviendra pas à la propriété du sol, comment arrivera-t-il à ce but?

Des publicistes graves ont donné à la difficulté une solution que je ne puis accepter. Admettant la nécessité du principe que je viens d'établir, ils voudraient qu'on déclarât purement et simplement propriétaires ceux qui aujourd'hui ne sont que fermiers (i). Ceci n'est point de la discussion, mais de la révolution. Je me suis expliqué plus haut sur la nature des procédés par lesquels s'opèrent les réformes sociales et politiques. Pour être bons, à mes yeux, il faut à ces procédés une condition première; c'est qu'ils soient conformes à la morale et à la justice. S'il est moins cruel de dépouiller un propriétaire de son domaine que de lui arracher la vie, la spoliation est tout aussi njusteque le meurtre, et, sous ce rapport, tout aussi haïssable. On suppose, fort gratuitement, que le parlement mglais légitimerait par un décret cette révolution agraire. riais d'abord la dépossession des riches au profit des paures ne serait pas plus équitable parce qu'elle s'exécuterait lu nom des lois. Vainement on alléguerait que les posseseurs actuels du sol irlandais l'ayant usurpé, il est juste de B reprendre sur eux. Quel droit actuellement existant ieudrait contre cet examen du passé? Et quels propriétaires éclarerait-on. usurpateurs? Seront-ce seulement les desendants des compagnons de Guillaume 111? Mais alors on

ne rentrera que dans une bien petite partie des terres Y ajoutera- t-on les soldats de Cromwell et les aventurier venus en Irlande au temps de la république? Mais alor pourquoi n'y pas joindre les colons anglais de Jacques !«' même ceux d'Élisalieth?

Depuis le xvi« siècle, la propriété en Irlande a mille foi changé de mains, non-seulemenl dans le clioc des révolu tions, mais encore par l'effet des échanges. Ira-t-on dépouil 1er de ses domaines tout détenteur, à quelque litre que c soit, môme celui qui les aura acquis de ses deniers sous I protection des lois? Mais alors l'Irlande est jetée dans 1 plus effroyable perturbation ; et le désordre atteindra snn distinction l'ancien propriétaire et le nouveau riche, le ca tholique et le protestant, l'industriel qui vient d'acheté une t^re comme celui qui tient la sienne d'unhéii»age le marchand auquel une propriété a été donnée en hypo thèque aussi bien que le propriétaire lui-même. IVailleur on comprend bien comment avec un pareil système le pauvres cesseraient d'être indigents; mais on ne voit pa ce que deviendraient les riches, qui snns doute ne denieii reraient pas spectateurs froids et impassibles de leur ruine et qui, s'ils ne soufflaient le feu de la guerre civile dans 1 pays, se hâteraient sans doute de le quitter : de sorte que tous les propriétaires ayant disparu, il ne resterait plus ei Irlande que de grossiers paysans devenus les maîtres. Siii gulier moyen d'avancer la civilisation de l'Irlande, de ren dre la paix à un pays déchiré par six cents ans de discorde civiles, de ranimer le sentiment du droit chez un peuple qi l'a perdu !

Pour moi, il me paraît si important de ne point troi bler la conscience publique par la violation des droits et de ne point ébranler la société en agitant le so' que je repousse également le système de ceux qui vou draient qu'on distribuât aux pauvres irlandais les deu ou trois millions d'acres de terres incultes qui sont e

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