TROISIEME PARTIE. i4l
al toute sa force en protégeant son fief. Pour atteindre ce )ut, quel moyen prenaient ces lois? Elles tendaient à ren- Ire les terres inaliénables et insaisissables entre les mains le leurs possesseurs : de là les substitutions. Elles s'oppolaient à ce qu'à la mort du propriétaire la terre se partageât entre tous ses enfants : de là le droit de primogéniure. Maintenant voici un fief acheté par un marchand [ui sera, pour la conservation de ce domaine, protégé, 'il le veut, par les mêmes lois qui faisaient la puissance l'un vassal du temps d'Edouard P'. L'esprit de la loi féolale a disparu : sa conséquence est restée.
Conçues dans un but politique, ces institutions civiles ont passées dans les mœurs; elles étaient un moyen de ;ouvernement : elles satisfont les passions, les intérêts nême des particuliers, comme autrefois elles répondaient
un besoin politique.
Si l'esprit de l'aristocratie féodale, ses idées, ses inlincts, sont descendus, en Angleterre, jusque dans les angs du bas peuple, c'est surtout à ces lois civiles qu'il i faut attribuer. 11 est trés-difficile, dans ce pays, d'ariver à la possession du sol ; mais quiconque y parvient rouve dans les lois une égale protection. La terre n'a pas lus de privilèges pour le duc de Devonshire que pour le ourgeois qui vient d'acheter un domaine. A vrai dire, la )i ne considère ni le pair, ni le noble, ni le roturier; elle 'a point en vue le propriétaire, mais bien la propriété, u'elle aspire à accroître et à perpétuer. Or, le nouveau enu sur une terre jouit peut-être encore plus de cette solcitude féodale que l'antique possesseur moins ébloui d'un clat dans lequel il est né.
11 ne faut plus demander d'où vient qu'en Angleterre les ubstitutions et le droit d'aînesse, qui perpétuent les imlenses fortunes de la noblesse, ne sont l'objet d'aucune ttaque. Ces lois sont aussi chères au manufacturier qui ient d'acquérir un immeuble qu'à l'héritier des plus illus-
très familles. Ces lois profitent surtout aux lords, par que ceux-ci ont plus de terres que les autres; ils posséder dit- on, la moitié du sol de l'Angleterre r mais enfin c lois forment le droit commun.
J'ai souvent entendu dire que ce qui conserve l'arist cratie anglaise, c'est l'accès qu'est sûre de trouver ton grande illustration dans le sein de la chambre des lord seule noblesse du pays. Je crois que ce qui la sert encoi plus efficacement, c'est la faculté qu'a tout grand capit de se transformer sur le sol en un élément d'arislocrati Ses vieilles richesses féodales se conservent par la mên loi qui imprime un caractère aristocratique à toutes l fortunes qui s'élèvent.
L'étranger qui parcourt ce pays tombe dans un grai étonnement quand il y voit la terre féodale l'objet d'ui sorte de culte populaire. N'est-il pas naturel, cependai que, dans une société amie des traditions, on s'attache ) seul monument du passé qui soit encore debout, et qu'i le respecte non-seulement pour lui-même, mais enco pour les souvenirs dont il est empreint, et dont seul perpétue la mémoire? Le sol, en Angleterre, est une cho presque sacrée : c'est comme un sanctuaire dans lequel piété veut qu'on ne donne accès qu'à un petit nombre.
Si Taristocratie anglaise se fût montrée anlinationale, eût sans doute pris en haine les privilèges qui conserve sa richesse, et les lois civiles sur lesquelles ces privilég reposent. L'aUiance étroite de cette aristocratie avec peuple a fait naître un sentiment opposé. On aime en A gleterre le sol féodal et les institutions qui le perpétuel On voit peu de profit matériel à l'acquérir; mais on regar sa possession comme un hoiuieur et presque comme u gloire. 11 y a en Anglelerre un comté (celui de Kent) où loi féodale sur les successions n'est point en vigueur; ce n'est point le droit d'aînesse, mais le principe du parla égal entre tous les enfants (the gavelkind) qui forme