QUATRIÈME PARTIE. 2i
coulumée à mépriser. Et puis, à force d'être attaqués, ces intérêts conservateurs de l'Angleterre prennent l'alamne. Les réformes succédant toujours aux réformes, les concessions aux concessions, un moment vient où l'aristocratie pense, à tort ou à raison, qu'elle n'a plus rien à céder, et que désormais elle est réduite à cette alternative de résister ou de cesser d'être.
Ne pourrait-il donc pas alors arriver que le parti qui, de sa nature, est le plus ami de la paix, aperçût un jour qu'il n'y a plus de salut possible que dans la lutte, et que, convaincu que, s'il ne se révolte pas, on le tuera lentement, il ne tente contre son ennemi une résistance à force ouverte, au risque d'y périr lui-même de mort violente?
Et ce n'est pas seulement une collision entre l'Angleterre et l'Irlande que rendrait possible ce conflit d'intérêts et de passions : c'est un engagement entre les partis anglais euxmêmes, dont l'un est irrité par l'Irlande, qui sert d'appui à l'autre.
Le recours aux armes n'est pas sans doute, en Angleterre, un procédé familier aux partis, et l'on peut dire qu'en général tout, dans ce pays, se résout constitutionncllement. Cependant, qui pourrait assurer que l'Angleterre ne sortira jamais de la voie légale?
Ceux qui ont vu l'Angleterre en 1852 hésiteraient peutêtre sur cette question. A cette époque, les résistances du parti tory avaient fait naître dans le pays des passions si ardentes et si unanimes en faveur de la réforme, qu'on eût dit l'Angleterre à la veille d'une révolution. On parlait hautement d'insurrection; déjà des plans de campagne se préparaient, des chefs étaient indiqués ; on dit même que des commandes d'armes se faisaient déjà pour l'armée nationale. L'aristocratie ayant cédé, le fleuve débordé est rentré dans son lit; mais que fût-il advenu, si elle se fût obstinée contre le torrent populaire?
Maintenant ne serait-il pas possible qu'après s'être mise
en mouvement pour obtenir des réformes la nation anglaise s'aj^ilât de môme pour en arrêter le cours?
Déjà, en 1855, à l'époque où la réaction de l'Angleterre contre le mouvement de 1852 commença à se faire sentii le parti conservalif, dans son impatience des réformes an noncées par les whigs, toujours maîtres du pouvoir, fit entendre plusieurs fois le cri de guerre. Il ne s'<igissait rien moins que d'un appel aux cavaliers contre les UHes rondes. Cette provocation n'eut point de suite alors. Mais la violence ne pourrait-elle pas quelque jour précéder la menace?
C'est ainsi que le vent impétueux d'Irlande, qui soufHc la démocratie sur l'Angleterre, peut amener y ^ -ci la
chance d'une guerre civile. C'est ainsi que 1 i ^ ise de maintenir en Irlande un gouvernement que ce pays repousse fait naître pour l'Aii^'lelerre elle-même une sorte d'oppression. C'est ainsi qu'en imposant violemment ses institiH tions à l'Irlande l'Angleterre se voit menacée de perdre les siennes. Situation étrange et grave, de quelque < * " n l'envisage! plus terrible pour l'Irlande, plus n , lo pour PAngloterre; entraînant pour celle-ci plus de respon sabilités, pour celle-là plus de périls : plus simple quoicpie plus laborieuse pour l'Irlande, qui, n'usant qu'un intérêt et qu'un devoir, n'a point à hésiter dans la route qu'elle suit, diM-elles'y traîner toute saignante à travers les tortures et les supplices; plus compliquée pour l'Angleterre, qui, chargée de mille fardeaux divers, ne sait comment porter ni comment rejeter le poids de l'Irlande; qui, sûre de vaincre quand elle combat l'Irlande, ne remporte jamais que de stériles victoires, se ruine toujours en ruinant ce malheureux pays; et, au milieu de ses rigueurs envers cette contrée, doutant sans cesse de sa propre cause, tour à tour poussée par son égoïsme et retenue par sa conscience. tente vainement d'être toujours habile et toujours juste : situation immense et environnée de ténèbres! Ne peut-