‹ L'Irlande sociale, politique et religieuseChapitre 320 sur 333 · II · texte numérisé non relu

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254 AlM'tNUICE.

SCS maux ; elle est plutôt en rnison de sa liberté. C'est sans doul. l'indice qu'un peuple souffre quand il se plaint; mais c'est une prouve certaine qu'il est asservi quand il se tait. Il n'y a de silence (lue dans la senitude, et le peuple le plus heureux trouve encore des accents pour se plaindre et des causes pour s'agiter. Mainte^ nant, qui ne comprend que le plus haut degré de l'agitation et de la résistance doit se rencontrer dans le pays où d'immenses plaies sociales se trouvent mêlées à •' - libertés politiques, où le

plus grand nombre est très-m i\, et où la plainte est le

droit commun? Or, tel est précisément l'étal de l'Irlande que PAiiglctorre a tant opprimée d'une main, tandis que de l'autre elle lui laissait lc« plus puissantes armes pour combattre la tyrannie.

11 n'y a point d'institutions politiques - tissent l«'s sujets

contre un certain despotisme, et les ^i «iils contre une

certaine résistance; despotisme tantôt arbitraire, tantôt Ir^al; résistance tantôt violente, tantôt régulière et constitutionneJlr. Mais c'est déjà quel(}ue chose pour les |»euples, que leur oppre sion soit contenue dans des bornes; c'est aussi quelque clioso pour les gouvernements, qu'il y ait une régie pour la résistance (les sujets. Les maux de l'Irlande sont immenses; mais qui pourrait dire à quelles extrémités de misère elle serait parvenue, si le pouvoir du maître n'avait été limité par des dniits? Il y a en Irlande de grands troubles populaires : nuiB qui pourrait dire à ({uels exa>s violents les réacUons de la douleur eussent conduit les opprimés, si les moyens de la résistance n*anieot été posés dans les lois?

Certaines gens tiennent l'Angleterre pour bien sotte de laisser tant de liberté à mi |»ays qu'elle veut rt'^Iuire, et qui s» ic

elle une arme de ses droits constitutionnels; d'autres ' n*

lien comprendre à la patience stupide de. l'Irlande, qui étani puissante |>our se tenir insurgt'-e, ne se déclare pas en ni»» hm-h ouverte et ne brise pas violennnent le lien qui l'attache au Saxon. Ni les uns ni les autJTs ne voient qu'il y a entre l'Angleterre et l'Irlande un pacte série\i\ dans lequel chacune d'elles pnis<i sa principale force. Le droit de l'Angleterre est de régner, celui de l'Irlande de résister par les lois. L'An^ilelerre p«'rdrait la moitié de sa puissance si elle s'avouait t>Tan, et l'Irlande, toute la sienne, si elle se déclarait rebelle. L'Angleterre et l'Irlande joueraient l'une

et l'autre une folle partie si, pour échapper à l'état présent, la première voulait asservir tout à fait l'Irlande, et la seconde s'affranchir entièrement de l'Angleterre ; celle-ci y jouerait ses liberlés, celle-là sa domination.

Il arrive souvent chez nous qu'on se méprend sur le vrai sens et sur la portée de l'agitation irlandaise. L'agitation en Irlande est libérale, religieuse, nationale; elle deviendra peut-être, elle n'est pas révolutionnaire.

La première question que Ton s'adresse, en présence de ces agitations continues, et qui dans ces derniers temps ont été si profondes, c'est à quel but immédiat tend l'Irlande, à quel but elle peut atteindre; quel serait le remède à ses maux; si ce remède se trouverait dans le repeal, qu'elle invoque à grands cris ; si le repeal est possible, etc., etc. Pour résoudre ces questions le meilleur moyen peut-être serait de savoir ce que veut celui qui mène l'Irlande, c'est-à-dire ce que veut O'Connell. Maintenant, pour connaître les desseins et les vues d'O'Connell, qu'y a-t-il de mieux à faire que d'étudier la lutte solennelle que depuis deux ans notamment il soutient contre l'Angleterre, et dont le résumé peut se trouver dans son procès?

gi

PF.OCES D 0 CONNELL

H n'est point de procès criminel intenté au plus obscur citoyen, qui n'émeuve à un certain degré l'attention publique. C'est toujours une scène nnposante que celle du combat engagé devant un tribunal entre la société et l'individu; entre l'être faible que son droit seul protège, et la souveraine puissance, forte du droit de tous. Aussi, depuis le moment où le drame judiciaire commence, jusqu'au jour où il finit, l'intérêt et la sympathie du peuple ne cessent pas d'aller en croissant; et quand la sentence du juge ap proche, chacun l'attend avec anxiété : car il y a au fond de toutes

les ànies un scnlimenl d'ordre qui veut que la société soit défendue, et de morale qui demande qu'elle ne le soit qu'avec justice. Si telle est l'impression qui naît en général du prtK^cs le plus vulgaire, quelle doit donc être rémolion publique lorsque Tnaii est, de l'aveu du monde entier, l'homme le plus extraordinan de son temps? lorsque son juge, en le contemplant, se seul saisi d'effroi ; lorsque cet homme est à lui seul l;i persoimilication d'un peuple, et qu'en prononçant sur son sort, le tribunal va condamner ou absoudre loule une nation! lorsque cet accusé, c'est Ihiniel O'Coiuiell, et ce tribunal, douze protestants de Dublin, ses ennemis politiques et religieux ! lorsque les jurés, poussés à l'indulgence par la peur, et à la S4*vérité par la haine, ont tant de raisons d'être partiaux que peut-être il ne leur en restera plus |iour être justes!

Tout le monde sait dans quelles circonstances est né ce procès extraordinaire. C'était en 1843. L'Irlande était couverte de mee- ' lings monstres, où Ton s'assemblait par masses de quatre ou cinq cent mille personnes. Il y en avait près d'un million à Tara-Iliil. O'Connell prétend qu'on les a justement nomm»^- ^ mons-

tres, iKirce qu'en tout autre pays de pareilles mnh m.- jH>ur-

raienl se réunir sans des désordres et des violences qui, en Irlande, ont été évités. Il s'agissait, dans ces assemblées, de demander à la reine d'Angleterre, par humble pétition, le repeat de l'union législative (|ui rend l'Irlande sujette du parlement anglais; et provisoirement (Vf.onnell annonçait un meeting <)ui devait elTacer tous le: autres, et dans lequel le peuple irlandais décréterait que l'Irlande seule a le pouvoir de faire ses lois. Ce meeting se tiendrait à Clontarff. O'Connell faisait plus : en attendant que le droit proclamé p.u l'Irlande fut reconnu, et «jue la pétition fût accueillie, il annom qu'il allait convoquer à Dublin une espèce de parlement pm soire, destiné appan^mmenl à réaliser les vœux du peuple, dan* le cas où l'Angleterre ne les satisferait pas; et, pour monlrei par des exemples péremptoires que l'Irlande pouvait se gouvernei elle-même, il instituait des cours arbitrales (|ui devaient n| ■ l«'s lois, et cpii, dignes de toute la ccuili.uice du peuple ii I suppléeraient aux cours actuelles qui apparemment ne la méritaient pas. Ou sait au milieu de quelles hésitations le gouverne, ment anglai>, effrayé du progrès de ragit;ition et de la marclii

APPENDICK. 257

rrO'Connell, résolut de Parrêler; comment, la veille mAmedujour indiqué v>our le meeting de Clontarfl", il déclara ce meeting illégal et séditieux, et commença les poursuites qui ont amené O'Gonnell devant la justice * .

Il n'est personne qui n'ait suivi avec attention les phases de ce procès. Est-il quelqu'un qui pût se vanter justement d'en avoir prévu les incidents et les solutions?

D'abord la présomption était que le ministère anglais n'engagerait pas cette lutte londée sur un droit douteux, et qui placerait O'tlonnell sur le terrain judiciaire où il est supérieur. Il est aujourd'hui universellement reconnu que ce procès a été une laute. Mais la procédure engagée, qui eût prévu qu O'Connell serait condamné par le jury d'Irlande et qu'il gagnerait sa cause devant la chambre des lords? que dans le pays où il commande en maître, il succomberait sous des inlluences politiques, et qu'il lui faudrait venir en Angleterre pour être jugé selon son droit? Il y avait bien, pour amener chacun de ces événements inattendus, une cause particulière que l'on pouvait apercevoir. Qu'.est-ce qui prétendrait lavoir vue?

Bien des gens en voyant l'arrestation d'O'Connell ont cru et déclaré doctement que tout était fini en Irlande. C'était le coup de mort «le l'agitation. Le bon ordre avait le dessus. La mesure était toute naturelle : rétonnant était qu'on ne l'eût pas ])rise plus tôt. O'Connell était un factieux, un brouillon dont on avait eu le tort de laisser se grossir l'importance. Du reste, le résultat ne pouvait être douteux : du moment où l'Angleterre prenait le parti d'agir énergiquement, il fallait bien que l'Irlande pliât; il n'y avait plus à discuter, et le faible n'avait qu'à céder au fort. Le procès n'était plus qu'une vaine forme, une sorte de comédie judiciaire, qu'il eût élé plus loyal de ne pas jouer. Ces sentiments ont été surtout communs en France, où l'on incline à penser ([ue l'autorité, quand elle frappe, a toujours raison, à moins qu'on ne lui prou\e son tort en faisant une révolution. On ne sait pas en France tout ce qu'il y a de puissance dans une liberté légale, quand tout un peuple la veut, et quand un homme se dévoue avec persévérance à la soutenir. O'Connell est arrêté, soit. Mais il faut le juger, e^

• Les coprévenuscVO'Connell étaient MM. Steele, Barretl, Th. Ray, H. Dnffy, John Gray et John O'Connell, fils du principal accusé.

quelle tâche que de dompter judiciairement O'Connell ! Les meetings sont interdits : très-bien. Mais il faut qu'un tribunal les condamne. 11 faut qu'on décide que Tliiande ne peut pas demander la révocation de l'union, s'assembler pour exprimer ce vœu, sous l'empire d'une constitution qui reconnaît à tous les citoyens le droit de se réunir et de pétitionner. ^' !,»î

C'est ce qui est en question . O'Connell «•> ^ la

est vrai; mais on oublie qu'il y a des pays où Ton peut être adversaire sans être factieux, et où la longue Imbitude du régime légal et le respect traditionnel du droit font naître des mœurs (oiistilulionnellcs, ]> fjue tous les intérêts de jKirtis

et que toutes les pa> . . <s.

Arrêtez un instant vos regards sur cette salle de Westminster, où siège la chambre dc»s lords assemblée en cour de justice. Un débat qui paraît plus solennel ()ue douteux, va s'agiter devant elle. C'est le recours d'O < le SOmii 1844, par le

jury de Dublin, à un an «t , i , et qui défère œ juge-

ment à la cour des lords * . Il n'y a }M)int d'appel possible de cette sentence ; mais il appartient h la chambre des lords d^exaininer, non pas si le jury a bien ou mal jugé au fond, nais si l«s formes prescrites par la loi ont été dans tout le cours de la procédure fidèlement obsenées. La chambre des lords remplit id le même oflice qu'en France la cour de cassation. OXIonnell espère peu de cette haute juridiction, qu'il a jadis tant insultée. lfest«ce pas d'elle qu'il a dit dans un jour de colère, et dans un style indigne même de la place publi(|ue, que c était une tutemblée de cochons dont le duc de HV//i;/f//o;j était /<• porcher? Ce sont ;miimnl'liiil ses juges*.

* Par rarr«t du tU) mai IftU. O'Connell éUit condamné é on an d'emprisonnement et à i.OOO Uv. tt. d'amende (51,000 fr.) et de plut É donner, pour garantit de bonne conduite, pendant sept ans. une caution penonnelle de 5,000 liv. st. (ii7,500 fr.); ses coaccusét éUient condamnés chacun é neut mois d'emprisonnement, i 50 liv. st. d'amende (i,î75 Or.) et à «M cantion del.OUOliv. st. (%l,000fr.).

* O'Connell et ses partisans s'attendaient tellement i une condamnation. qu'ils n't^aicnt occupés qu'à démontrer la parfaite insignifiance de l'arrêt qu'allait rendre la chambre des lords, et la veille même de la décision de cette cour, Daniel O'Connell junior prononçait dans l'association du repeat ces paroles textuelles : • Il would ïte quite idle to expect any thing favournlilc fToni Ihe décision or 1 lie Knglish judges... •

Cependant, avant que la liante cour entre en délibération, les magistrats suprêmes de l'Angleterre sont, selon l'usage, introduits dans son sein et y donnent leur avis. Tous, sauf un seul, disent qu'O'Connell a été bien condamné. Cet avis n'est, il est vrai, pour la chambre des lords qu'une consultation , qu'elle peut admettre ou repousser. Mais que peut-il y avoir de plus dangereux pour un accusé que des raisons de droit, olTertes aux passions de son juge? Après avoir tous opiné, les jurisconsultes se retirent, et la cour des lords va délibérer. Elle est aussi nombreuse que de coutume. Cependant un très-petit nombre de ses membres sera peut-être appelé à participer au jugement. Il est d'usage, en effet, que dans les questions judiciaires de leur nature, et portées devant la chambre des lords, ceux qui n'ont jamais été légistes s'abstiennent de juger, et que la décision de l'affaire soit abandonnée exclusivement aux lords qui sont arrivés à la pairie par les dignités de la magistrature. Or il ne se trouve en ce moment dans la haute chambre que cinq membres qui aient ce dernier caractère : ce sont le lord chancelier, lord Brougham, lord Denman, lord Cottenham et lord Campbell. Appelé le premier à donner son avis, le lord chancelier déclare adopter l'avis des juges contraires à O'Connell. Lord Brougham parle et vote dans le même sens. Mais les trois autres, lord Denman, lord Cottenham et lord Campbell, se prononcent en laveur d'O'Connell, qui a ainsi pour lui une majorité, si les lords non légistes suivent l'usage de s'abstenir. Que vont-ils faire? Un mouvement de surprise et d'incertitude éclate dans toute l'assemblée et la tient en suspens. Quoi! O'Connell absous par la chambre des lords, qui voterait presque en masse pour sa condamnation 1 Quelle solution, et quelles conséquences ! quel triomphe pour l'agitateur et pour l'agitation dont il est le symbole ! quel échec pour le gouvernement anglais ! Quelle est donc cette coutume suivant laquelle, pour remplir leur devoir, il faut que les lords cessent leurs fonctions? Faut-il mettre en balance le respect d'un usage que le bon sens réprouve, avec la cause de l'ordre menacé d'un grand péril? Ainsi raisonnent beaucoup de consciences flottantes ou passionnées, et l'hésitation est naturelle; car s'il est vrai que la coutume qui les gène existe, elle n'est pas si bien établie ni si souvent pratiquée, qu'elle ne puisse être raisonnablement contestée.

JCU APPENDICF.

Combien il e>i l>rn'i, dans une telle firronslnnce, <io voir iiiid«'s ministres de la couronne (lord NMiarnclifTe) se lever, et, dans un noble et simple langage, dire qu'd xoil bien qu'une grave difliculté va naître pour le gouvernement du succès d'O'Connell; que cet embarras serait conjuré si tous les lords, légistes ou non, prenaient part nu jugement ; mais qu'il n'a garde de demander à In haute cliambre de recourir a un mode depn)cé<ler contraire ;i ses pHTédenls; qu'à la vérité en s'écartant cetle fois de sa rî'gle, la chambre des lords ferait un acte très-utile au ministère dans !<> moment présent, mais qu'elle se causerait à elle-même et an gouveinement britannique un préjudice durable, en ébranlant hi confiance du pays dans un des pouvoirs constitutionnels de IKtal. Et tous les lords non légistes, dont l'immense majorité était contre O'Connell, s^ibstiennent de voter. laiss.'»ni In d.*MM<;<in nux trois voix qui lui donnaient gain de cause.

Malheur au pays chez lerpicl de tels exempl-^ n ( aii. i h. m jus radmiralion; cnr le premier liesoin pour detncnni uu |f>wi drvenir un peuple libre, c'est de compr- iiii.- I.i liL. riè, et les conditions auxquelles on la garde après l'avuir luiiqui^e.

Évidenunent toute la chambre des lords et tous les membres du gouviMiiemenl désiraient vivement la condamnation d'O'Connell ; ils la désiraient avec louti* l'nnleur des passions de parti que peut éprouver l'Angleterre protestante et tory contre l'Irlande factieuse cl catholique. Ce|>endant ce sont eux qui l'ont empêchée f Ce qu'il y a d'admirable dans celte circonstance ce n'est pas le jugement, sans doute très-consciencieux des trois lords légistes dont le vote a fait loi ; ces trois tOrds sont des whigs qui, pour :u quitter O'Connell et procurer un embarras aiu torys, n'avaient aucune violence à se faire. Ce qui est beau, c'est la conduite de ces lorys qui peuvent prévemr le triomphe d'un ennemi poUtique, et qui ne le font pas, para; qu'une règle de justice le leur interdit. Il y a eu, du reste, dans cette circonstana; quelque diose de plus remarquable peut-être que la décision des lords : c'est la sanction de Topinion publique. Tout le monde croyait en Angleterre qu'O'Coniiell allait être condamné; tout le monde a approuvé qu'il ne le fût pas. Sur ce point le langage de la presse I017 n'a pas été autre que celui de la presse whig et radicale * . En France

* Il est aujAurii'hui i peu pr^ universellement reconnu qu'CConnell n'a-

le lait a paru si extraordinaire, que pour l'expliquer on a supposé quelque combinaison politique très-profonde, recouverte d'un semblant de respect pour les formes légales. 11 y a des gens qui voient du macbiavélisme partout, et qui ne peuvent pas croire à la vertu d'un principe. Mais quand la cbambre haute d'Angleterre, au lieu de suivre une règle, aurait lait un calcul, elle n'aurait point manqué d'habileté; car elle s'est grandie en se plaçant audessus de ses passions, et en gênant le ministère elle a fortifié le gouvernement.

Après tout, on se tromperait si l'on croyait que du procès d'O'Connell et de la sentence des lords dépendait la paix ou le trouble de l'Irlande. Une décision contraire à celle qui a été rendue eût peu changé l'état des choses. Un peu plus tôt, un peu plus tard, O'Connell avait son triomphe assuré; soit que gagnant sa cause, comme il lui est arrivé, il reparût en vainqueur parmi ses concitoyens; soit que, subissant sa peine jusqu'au bout, il sortit de sa prison avec la couronne du martyre. C'est une égale erreur de croire que la condamnation d'OConnell avait rétabli la paix en Irlande, et que son acquittement Ta replongée dans l'agitation. Non la question d'Irlande n'est ni dans la perte ni dans le gain d'un procès, pas même quand de ce procès dépend la liberté d'O'Connell. Qu'O'Connell fût poursuivi ou qu'il ne le fût pas, que le jury lui donnât un verdict favorable ou contraire, que les lords ratifiassent ou non la sentence de condamnation, la question restait toujours à peu près la même. Ce qui fait la question d'Irlande, ce n'est ni le ministère, ni le jury, ni la chambre des lords, ni O'Connell; c'est l'Irlande elle-même, c'est sa sainte cause, c'est sa misère sociale, c'est son oppression passée, ce sont les marques de servitude qui lui restent au front; ce sont des millions d'êtres humains qui meurent de laim; c'est toute une population profondément religieuse qui subit linsolente suprématie d'un autre culte.

vait pas été réyuliéreniont condamné. Les vices principaux et avérés àc. la piocédure étaient : « 1* qu'on l'avait condamné pour des faits qui d'après la lui anglaise ne constituent ni crime ni délit; 2* le jury de jugement n'avait pas été composé loyalement, puisque cinquante ou soixante noms avaient été arbitrairement rayés de la liste générale. C'est ce second grief qui parait avoir déterminé l'opinion de lord Denman, dont la parole a produit sur toute la chambre des lords une si vive impression.

2«î APPENDICE.

Rien ne proiive-t-il mieux que le procès d*0'Conneil à qn point ii existe en Irlande lui fond dt^s choses inhérent aux enlraill même du pays, ind»'*pendaiit des cirtt>nstances accidenlelles (| viennent s'offrir à la surface? On peut dire que dans ce pro» tout est arrivé au rebours de ce qui était prévu et probable; c» tout a tourné au profit de Tlriande. Les événements eussent été l'opposti de ce qui s'est accompU, et les cons-' varié. Qu'on se fût abstenu de poursui\Te suivait son cours; on a fait le procès, Tagilaliou s'en est accrue. le jury condamne, de là grande irritation populaire (|ui excite le mouvement; la cour supérieure absout, de là une autre excitation qui naît dos joies de la victoire, h la nouvelle de la con- (lanination d'O'Connell les fonds du repeal affluent de toutes parts, et des Irlandais éminents, jusque-là opposés à O'Connell puissant, se déclarent partisans de rtiomme persécuté. Kst-il acquitté? les souscriptions et les conversions se multiplient ; et le succ(*s a ses sympathies comme le malheur. Quand on a contre soi de certaines passions, il faut s'attendre, quoi qu'on fasse, à les trouver hostiles; bonheur, malheur, elles tournent tout dans leur sens, et tirent le même parti de la joie enthousiaste que de la douleur indignée. L'émotion est égale en Irlande le jour où O'Connell est jeté dans un cachot, et le jour où la liberté lui est n»niiue.

Ksl-re à dire que tout soit fatal dans le mouvement de l'Irlande; que le choix de la conduite à tenir soit indifférent, et que l'action individuelle des hommes et des partis n'ait aucune inlluciue sur l(> cours des éYénemenls, qu'il faudrait alors abandonner à eux-mêmes? Non, sans doute; on veut montrer seulement combien est faible la portée des faits secondaires là où des causes principales exercent leur empire. Non, tout n'est pas fatal dans les événements de llrlande, et l'homme, dans sa prudence, peut agir sur les clioses. Il le peut, mais à une condition, c'est, quand il veut guérir un m:d, qu'il se prenne non à ses effets, mais à ses causes. C'est qu'au lieu d'attaquer O'Connell, l'agitation et les meetings, il s'adrei^se aux causes qui lont naître les meetings, créent l'agitation et construisent la puissance d'O'Connell. On confond sans cesse les symptômes sous lesquels un mal se produit avec le mal lui-même ; et l'on se con-

jsume en efforts pour détruire un effet extérieur qui, un instant après, reparaît sous une autre forme, parce que sa cause première subsiste toujours. On croit qu'une victoire immense sera remportée si une pétition irlandaise est déclarée illégale et séditieuse. Qu'importe cependant si la douleur qui a dicté la plainte est toujours aussi vive? Ce n'est pas la plainte, ce n'est pas la liberté de ceux qui se plaignent qu'il faut supprimer ; c'est le mal, le ma* d'où naissent les murmures qui le dénoncent et les efforts qui le combattent. Le gouvernement anglais, dans sa colère à l'aspect des agitations toujours renaissantes de l'Irlande, ressemble à pes sauvages qui, voulant défricher une forêt, coupent par le pied tous les arbres sans toucher la racine, et s'indignent chaque année des efforts d'une végétation persistante qui sans cesse reparaît quoique sans cesse combattue.

Mais s'il est vrai que la plaie soit aux entrailles mêmes de l'Irlande, quel remède faut-il y porter? O'Connell répond qu'il n'y a d'autre remède aux maux de l'Irlande que le repeai, c'est-à-dire la révocation de l'acte législatif qui, en l'année 1800, a aboli le parlement irlandais et chargé le parlement anglais de donner des lois à rirlande. Mais ici plusieurs questions gravent se présentent. Le repeai est-il possible? Qu'en pense O'Connell lui-même? Le poursuit-il comme un but qu'on croit pouvoir atteindre, ou l'emploie-t-il seulement comme un instrument de guerre? Ce sont là des questions qui méritent un examen particulier.

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