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Il faut des circonstances vraiment exceptionnelles pour que je sorte ici du silence que j'aurais voulu m'imposer. Le sentiment qui a porté un homme aussi distingué que M. le docteur Taylor à traduire mon livre et en faire Fobjet d'une étude approfondie m'a causé une vive et sincère gratitude, à l'expression de laquelle il me coûte de mêler l'apparence d'un grief. Mais, tout en conservant dans son entier la reconnaissance que je lui dois, tout en rendant une pleine justice à ses loyales intentions , je suis obligé, en conscience, de constater que son livre n'est pas une exacte traduction du mien.
Si M. le docteur Taylor se fût borné à faire dans sa traduction les suppressions dont il prévient le lecteur dans sa préface *, l'au-
* Ireland social, political and religious, by Gustave de Eeaumont, edited by W. C. Taylor LL. D. of Trinity collège, Dublin. Richard Bentley, l.ondon, 1859.
' Voici ce que dit dans sa préface M, le D' Taylor : « M. de Beaumont desijîned his work exclusively fort continental readers, and therefore ,on
leur pourrait éprouver quelques regrets de voir disparaître des développements qu'il croit utiles même pour le traducteur anglais, mais enfin il n'aurait rien à dire. In Iraduileur est libre de prendre ou de retrancher ce qui lui convient, pounii qu'il dise ce qu'il gardj' et annonce ce qu'il suppriine.
(jue môme, sans en prévenir le lecteur, .M. I. <!.m1(Ui T,i\lt»i eill , connue il l'a fait , supprimé toute la préfari- du li\ i . . .tl «Vcent pages de notes à la fin du volume, omis au lias <1<^ {.s l'indication des sources auxquelles on a puisé, et qui sont pour tout lecteur, anglais ou autre, la garantie d'exactitude de l'écrivain : si à cela se fussent bom<*es \es licencias du traducteur, j'aurais pu les regretter, les trouver excessives, mais je n'aurairien dit. Car après tout le caractère de mon livre ireAl |»as et. altéré , et si le lecteur anglais n'eût pas connu toute mon œuvre, rien d'opposé à ma fienséc n'aurait du moins été mis sous ses yeux.
Mais M. le docteur Taylor, évidemment animé du seul dé^^ir d'améliorer mon ouvrage, a cru detoir et pouvoir faire plus nuore. Ainsi il (*st des chapitres entiers du livre que M. le docteur Taylor ne supprime pas , mais qu'il analyse en quelques lignes, sans que le letieur soit averti si c^'lte analyse est le texte ou l'œuvre du traducteur. J'en citerai un seul exemple : le chapitre de rintrodiiction relatif aux lois pénales. Il est certain que. si cette partie de l'ouvrage a (pielque valeur, elle réside tout entière dans le développement i*atioiinel des faits et la déduction pliilosophitjue des idées, (pli montre tous les actes de la tyranni. anglaise en Irlande s'enj-eiidrant les uns les autres avec une sort, de fatalité logique. Maintenant qui ne voit que tout l'intérêt df
many points, entered into long and minute explanationt re»pecUng tlie détails of brilish t.aw and administration, whicli are unnecetaary for english readers, aiitl hâve Iherefore bcon omitted. Thi* is tkt oniff likrrlf/ which thc translater has laken wilh the text, uniess Ihe conséquent niodincations of the division of the matter t>e deemed changes that oughl to be aknowledged. •
l'ouvrngp e\ la pensée m^me de l'auteur disparaissenf, si au travail original on substitue une courte et sèche analyse? Or c'est précisément ce qu'a fait M. le docteur Taylor, qui a réduit le chapitre de moitié, tantôt en supprimant des pages entières, tantôt en résumant les autres*. On comprend qu'un traducteur supprime, pourvu qu'il le dise; qu'il ajoute, pourvu qu'il le dise encore. Mais analyser n'est pas traduire. Ou bien s'il veut analyser, c'est encore à la condition de dire ce qui est son œuvre et celle de l'auteur. J'ai cité cet exemple d'une analyse mise à la place du texte ; j'en pourrais citer d'autres*, mais je viens à quelque chose de plus grave.
M. le docteur Taylor ne se borne pas à pratiquer des suppressions et des analyses dont le lecteur n'est pas averti , mais encore il fait, également sans le dire, de certaines additions qui expriment sa pensée et non celle de l'auteur. Ceci est grave dans toute circonstance, mais l'est plus encore dans le cas présent.
Si le jugement porté sur un pays par un étranger a en général quelque prix , c'est parce que d'ordinaire il est empreint d'une impartialité que ne peut avoir l'opinion des nationaux. Ce caractère impartial est surtout recherché dans un livre qui a pour sujet l'Irlande, c'est-à-dire le pays où il est le plus difficile de démêler le vrai au milieu des passions violentes que soulève l'esprit de parti. Cependant, telle est la nature des additions faites à mon livre par M. le docteur Taylor, qu'elles tendraient à le dépouiller de ce caractère jmpartial que l'auteur a eu la volonté si constante de lui conserver. Je n'en citerai qu'un exemple. La traduction de M. le docteur Taylor prête à l'auteur la note que voici à propos du pacte de persécution qui , à l'époque des lois pénales,
* Voy. de la page 115 à la page 1iî2 de la traduction.
* Par exemple le chapitre dans lequel l'auteur fait la comparaison des effets si différents que produisent en Angleterre et en Irlande des institutions olitiques identiquement pareilles.
intervint entre le parti protestant d'Irlande et le gouvernement anglais.
« It was in fact the argument of Iho fond father to the nau^lity child : « Take your piiysic. inaster Tominy, and you shall hâve « the do;; to kick. • The Irish protestants took the physic, and kicted the popish dogs with a vengeance*, p
Un })oii plus loin, à propos de la triste siluaUon du parieroent irlandais vis-à-vis de TAngleterre, M. le docteur Taylor cite des vers très-plaisants de SwiH *, et il fait la citation sans eOIVtater qu'elle est de lui. Je pourrais indi({uer une foule de notes aerablables. G*s plaisanteries, ces l)ons mots plus ou moins piquants, annotés par M. le docteur Taylor, sont contraires à l'esprit général dn livre, et |)ortent pKvist^ment l'empreinte de la disposition d'esprit contre laquelle je me suis tenu en parde. Chacun eppendani l«'v attribuera à l'auteur, puisque rien n*indique qu'ell de lui. Assurément, je le répète, je ne cont ' honne foi de M. le docteur Taylor. Les chan;.- ,
il les a certainement introduits en vue d'améliorer Tourrage. 11 l»'S .T (juelquefois indiqui's et il a»" -l'in-
tention de faire cette indication, a :. ,i "inis»'.
S'il fallait donner de sa lionne intention une autre preuve q»ie relie qui rt'sulte de son honorable caractère, je dirais qu'il m'attribue de la même manière plusieurs notes, à mon avis excellentes, en harmonie parfaite avec le ton général de mon livre et I rès-propres à en accroître la valeur. Je ne doute donc pas un instant que ce dont je me plains ne soit le résultat d*ane omission involontaire, ou dans tous les cas bien intentiomiée. Maïs je n'en suis pas moins plein du regret qu'il ait agi ainsi qu'il Ta fait , parce qu'il en est résulté que plusieurs fois, dans sa traduction, considérée en Angleterre comme l'image fidèle de mon livre, c'est
* Voyez paj^e 109 de la traduction.
• Voyez page 111 de la traduction.
sa pensée et non la mienne qui se trouve exprimée ; que cette pensée révèle souvent une tendance politique qui n'est pas celle de l'auteur ; que peut-être en se livrant sur mon ouvrage à un travail personnel, il en a fait un livre meilleur; mais qu'en même temps il en a fait un autre livre.
Je me suis rigoureusement interdit d'entrer dans une polémique au sujet de cet ouvrage, quoique assurément je ne sois pas indifférent aux appréciations diverses dont il peut être l'objet ; mais s'il convient que l'écrivain assiste à la controverse et la mette à profit sans s'y mêler, il est aussi en possession d'un droit dont il ne saurait faire l'abandon : c'est celui de n'être jugé que sur ses œuvres.