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L'Iroquoise de Caughnawaga [microforme]

Six heures du soir avaient sonné sur la clochette de la petite chapelle du village de Lachine.

Le soleil secouait ses gerbes d’or au front des grands érables qui miraient leurs têtes chevelues dans les ondes du St. Laurent; la brise murmurait un hymne séraphique dans les rameaux touffus et ridaït par ses baisers frémissants la face argentée du beau fleuve. Aux suaves harmonies du rossignol se mariaient le gazouillement du goglu et au bèlement lointain des troupeaux dispersés dans les vastes prairies; mille exhalaisons parfumées embaumaient l'air ; toute la nature semblait enivrée d'amour et d’ambroisie.

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Assise, au pied d’un chêne, dont les branches formaient au-dessus d’elle un dais ombreux, une jeune indienne contemplait silencieusement le magnifique spectacle du coucher de Pastre du jour dans son lit de pourpre et d'azur.

Elle s'appelait Orobon, avait été surnommée /a Flèche-rapide, et appartenait aux derniers rejetons de cet'e belliqueuse race irquoise, dont on troure encore quelques familles bâtardes, près du Sault St. Louis, à quelques lieues de Montréal.

Orobon, l« Ælèche-rapide, était une belle et vaillan'e fille. Son visage étincelait de hardiesse ; sa taille semblait avoir ravi à la beauté toutes les richesses qu’elle accorde avaricieusement même à ses privilégiés.

Uu petit chapeau d’écorces. fantasquement orné de coquillagesou wampums, et de plumes d'oiseaux couvrait sa chevelure, dont les boncles soyeuses, plus noires que le Jaïs, plus brillantes que les reflets du raisin de Corinthe,tombaïient en grapnespressées, surun col qu'on eût dit ciselé par la main des Grâces. Dans le cadre decetie chevelure, saillissaient les contours dune figure où la noblesse de Pexpression le disputait à la sensibilité du regard. Rien de symé-

trique, cependant,sur la physionomie d’Oroboa, Les} lignes étaient incorrectes, un peu dures; mais dans]

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ses grands yeux bruns rayonnait la vive flamme de la sensibilité, et, à travers le délicat tissu de sa peau brune, on voyait circuler un sang chaleureux, et plein d’ardeur.

Oroboa portait le costume des femmes de sa tribu ; une légère tunique bleue serrée à la ceinture par une guirlande de coquillages et bordée par un liseret écarlate ; sur ses épaules flottait la couverte nationale ; autour de ses poignets s’enroulaient divers anneaux de verroterie; des mittas, aux coutures chatoyantes,emprisonnaient ses jambes fines, nerveuses, et son pied mignon était caché par un mocassin de drap rouge, brodé de fausses perles,

À l’agilité merveilleuse de ses pieds Oroboa devait son surnom de la Flèche-rapide.

Après une demi-heure de recueillement muet, l’Indienne se leva vivement, et, courant vers la plage, mit à flot un canot d’écorce échoué sur le sable doré de la grève,

Quand les vagues moutonneuses vinrent lécher l'avant du frèle esquif, Oroboa sauta dedans, et avec quelques coups de pagaie, s’éloigna de la rive.

Alors le soleil achevait d’éteindre ses feux à l’horizon, maïs le temps avait changé brusquement ; quelques gros nuages d’un bleu sombre, aux franges cuivrées, se traînaient vers l'occident ; le concert

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des hôtes des bois était interrompu ; l’on n'entendait que le gloussement de quelques oiseaux aquatiques, et le mugissement des eaux courroucées, se brisant contre les récifs des Rapides.

Bientôt le vent s’éleva, saccadé, impétueux !

Pourtant l’Iroquoise avait gagné le courant du fleuve et se laissait aller à ia dérive, sans souci de la tempête qui amoncelait ses menaces autour d’elle,

Son canot, habilement dirigé, glissait sur les abiraes avec la téméraire légèreté de l’hirondelle franchissant, à tire d’aile, les mers profondes.

Et la Æèche-rapide chantait d’une voix lente et mesurée.

“ Vole, vole, agile canot! ne crains point le bruit du vent; car le Grand Esnrit veille sur nous. Il est plus puissant que les ouragans. Il protège la fille du Serpent-gris.

“ Vole, vole, agile canot ! ne crains pas Matchimanitou ; car je lui ai offert la sagamité. Il est méchant, mais il est apaisé. Il protége la fille du Serpent-gris.

# Vole, vole, agile canot! J'ai vu un oïarou en songe. Nous atteindrons sûrement et promptement l’anse du repos, car la voix du jeune chef, au visage pâle, nous appelle. Il aime la fille du Serpent-gris.

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Comme l’Indienne achevait cette stance, une rafale plus violente que les précédentes, prit l'esquif en travers et le jeta sur une pointe de rocher à fleur d’eau,

La Flèche-rapide n'eut que le loisir de s’accrocher aux anfractuosités du roc, pour ne pas être entraînée dans le gouffre des Æapides qui grondaient à quelques verges de distance.

Quant au canot, il ne tarda guère à disparaitre au milieu d’un tourbillon d’écume.

Il fallait une vigueur musculaire surhumaine pour résister à la fureur des eaux. Mais l’Iroquoise possédait cette vigueur, au plus haut degré. De pre elle était accoutumée à de semblables nau-

rages.

Profitant des dernières lueurs du jour qui s’évanouissait insensiblement sous le manteau de la nuit, et s’armant de sang-froid, elle se traîna tantôt à la nage, tautôt à pied, parmi les écueils, et, après des efforts inouïs, elle aborda à quelque distance du

ruisseau de la prairie de la Madelaine (aujourd'hui Laprairie).

Les vôêtements de la Ælèche-rapide dégouttaient d’eau; elle avait perdu son gentil chapeau l'écorce; dans sa périlleuse traversée, et ses cheveux, libres de tout frein, flottaient épars au souffle des vents,

Sans reprendre haleine, elle traversa le ruisseau,

et s’engagea à travers cette plaine herbageuse et : e , Q . A 5 an:

marécageuse qui s’étendait jusqu’à la chapelle de . ien

St. Lambert. # épo

Quoique l'intervalle fût de quatre milles environ,

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et quoique le sol présentät mille obstacles, comme -

d à. st té C es plantes rampantes, et des lianes entrelacées,

des portions de terrain mouvantes et défoncées, la nee Flèche-rapide Aëpensa moins de quarante minutes ngle pour le franchir, ldér Elle avait conservé la religion superstitieuse de P à

ses aïeux; pourtant les pompes sacrées du chris- bidi

tianisme faisant impression sur son esprit ct quand olen

elle passa devant l’église de St. Lambert, Oro- ut si

boa s’arrêtant, fit un signe de croix. So

Puis elle reprit sa courseet la poursuivitopiniätré- get

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