‹ L'irréligion de l'avenirChapitre 1 sur 104 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

I. — Fond sociologique de la r-ligion. Sa définition. — II. — Lien de la religion avec IVsthétjque et la morale. — III. — Desorganisation nécessaire de tout système de dogmes religieux : état d' «irréligion» vers lequel semble tendre l'esprit humain. — Sens exact dans lequel il faut entendre l'irréligion par rapport aux prôtendu^-s « religions de l'avenir. • — IV. —Valeur et utilité provisoire des religionb; leur insuftisance Unale.

I. — Nous rencontrerons, le long de notre travail, bien des définitions différentes qu'on a données de la religion. Les unes sont empruntées surtout au («ointde vue physique, les autres au point de vue métaphysique, d'autres au côté moral, presque jamais au côté social. Et pourtant, si on y regarde de plus près, l'idée d'un lien de société entre l'homme et des puissances supérieures, mais plus ou moins semblables à lui , est précisément ce qui fait l'unité de toutes les conceptions religieuses. L'homme devient vraiment religieux, selon nous, quand il superpose à la société liumaine où il vit une autre société plus puissante et plus élevée, une société universelle et pour ainsi dire cosmique. La sociabilité, dont on a fait un des traits du caractère humain, s'élargit alors et va jusqu'aux étoiles. Cette sociabilité est le fond durable du sentiment religieux, et Ton peut définir l'être religieux un être sociable non seulement avec tous les vivants

n INTRODUCTION,

que nous fait connaître Texpérience, mais avec des êtres de pensée dont il peuple le monde.

Que toute religion soit ainsi l'établissement d'un tien, d'abord mythique, plus tard mystique, rattachant l'homme aux forces de l'univers, puis à l'univers même , enfin au principe de l'univers, — c'est ce qui ressort de toutes les études religieuses ; mais , ce que nous voulons mettre en lumière , c'est la façon précise dont ce lien a été conçu. Or, on le verra mieux à la fin de cette recherche, le lien religieux a été conçu ex analogia societat.is humanœ : on a d'abord étendu les relations des hommes entre eux, tantôt amis, tantôt ennemis, à l'explication des faits physiques et des forces naturelles, puis à l'explication métaphysique du monde, de sa production, de sa conservation, de son gouvernement ; enfin on a universalisé les lois sociologiques e^ on s'est représenté l'état de ]iaix ou de guerre qui règneentre les hommes, entre les familles, les tribus, les nations, comme existant aussi entre les volontés •quon plaçait sous les forces naturelles ou au delà de ces forces. Une sociologie mythique ou mystique, conçue comme contenant le secret de toutes choses, tel est, selon nous, le fond de toutes les religions. Celles-ci ne sont pas seulement de ranthrojiomorphisme, d'autant |)lus que les animaux et les êtres fantastiques ont joué un rôle considérable dans les religions; elles sont une extension universelle et Imaginative de toutes les relations bonnes ou mauvaises qui peuvent exister entre des volontés, de tous les rapports sociaux de guerre ou de paix, de haine ou d'amitié, d'obéis

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