‹ L'irréligion de l'avenirChapitre 9 sur 104 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

qui vient se résoudre simplement dans leur système pro[)re, petit ou grand. Beaucoup d'autres, surtout parmi les protestants libéraux, conservent le nom de religion à des systèmes rationalistes. Sans doute il y a un sens dans lequel on peut admettre que la méta|ihysique et la morale sont une religion, ou du moins la limite à laquelle tend toute reliiiion en voie d' « évanouissement. » Mais, dans beaucoup de livres, la « religion de l'avenir » est une sorte de compromis quelque peu hypocrite avec les religions positives. A la faveur du symbolisme cher aux Allemands, on se donne l'air de conserver ce qu'en réalité on renverse. C'est pour opposer à ce point de vue le nôtre propre que nous avons adopté le terme plus franc d'irréligion de l'avenir. Nous nous éloignerons ainsi de M. Hartmann et des autres prophètes qui nous révèlent point par point la religion du cinquantième siècle. Quand on aborde un objet de controverses si ardentes, il vaut mieux prendre les mots dans leur sens précis. On a fait tout rentrer dans la philosophie, môme les sciences, sous prétexte que la philosophie comprit à l'origine toutes les recherches scient iflqucs; la philosophie, à son tour, rentrera dans la religion, sous prétexte qu'à l'origine la religion embrassait en soi toute philosophie et toute science. Etant donnée une religion quelconque, fùl-ce celle des Fuégiens, rien n'empôche de prêter ù ses mylhes le sens des spéculations métaphysiques les plus modernes; de celte façon, on laisse croire que la religion subsiste, quand il ne reste plus qu'une enveloppe de termes religieux recouvrant un système

nrrRODucTioN. xiii

tout métaphysique et purement philosophique. Bien mieux, avec cette méthode, comme le christianisme est la forme supérieure de la religion, tous les philosophes finiront par être deschrétit.'ns; enfin, l'universalité, la catholicité étant l'idéal du christianisme, nous serons tous catholiques sans le savoir et sans le vouloir.

Pour celui qui, sans nier les analogies finales, tient à prendre pour point de départ les différences spécifîques(ce qui est la vraie méthode), toute n-ligion positive et historique a trois éléments distinctif- et essentiels : 1" un essai d'explication mythùjw, et non scientifique des phénomènes naturels (action divine, miracles, prières efficaces, etc.), ou des faits historiques (incarnation de Jé-us-Christ ou de Bouddha, révélations, etc.). — 2" un système de dogmes, c'està-dire d'idées symboliques, de croyances imai^inativcs, imposées à la foi comme des vérités absolues, a^ors m.ême qu'elles ne sont susceptibles d'aucune démonstration scientifique ou d'aucune justification philosophique; — 3° un culte et un système de rites, c'est-à-dire de pratiques plus ou moins immuables, regardées comme ayant une efficacité merveilleuse s .r la marche des cho-es, une vertu propiliatrice. Une religion sans mythe-, sans dogmes, sans culte ni rites, n'est plus que la religion naturelle, chose quelque peu bâtarde, qui vient se résoudre en hypothèses me7aj3/i?/.Sf''7 lies. Parces trois éléments différentiel et vraiment organiques, la religion se distingue nettement de la philosophie. Aussi, au lieu d'être aujourd'hui, comme elle Ta été autrefois, une philoso-

Page 1