CHAPITRE XII
Les prêtres
Voyons maintenant qu^4s hommes sont sortis des rangs de la population de Tlsle- Verte.
Vabbê Joseph Moreau
L'abbé Joseph Moreau, l'auteur d^ rhûtoire des Abpnakis, est un enfant de l'Isle -Verte.
Ecoutez Faucher de St Maurice à la pao-e 60 et suivantes de " Choses et autres : " Missionnaire pendant vinsrt-cinq années chez une tribu qui s'^n va s'éteigiiant, la nation
abénaquise, Tabbé Moreau a travaillé d.ms les circonstances les plus favorables.
Tout est venu concourir avec lui pour mener son entreprise gigantesque à bDune fin : recueillement, profondes études sur les histoires américaines, légendes du wigwam, traditions du passé, double expérience donnée par la philosophie du prêtre et du chrétien.
Il n'a eu qu'à laisser courir sa plume pour dessiner devant son lecteur cet Abénakis des anciens jours, cette franche doublure du Français de la Nouvelle-France, bon, affectueux jusqu'à l'abnégation, brave craint de ses ennemis et vrai modèle de cette foi et de cet attachement aux croyances du catholicisme qui rayonnaient si purement sur les temps bénis de 1 église primitive.
Prêtre avant de se faire historien, l'abbé Moreau u esquissé à larges coups de crayon cette belle et sainte figure du missionnaire de nos bois et de nos solitudes, qui n'ayant pour tout bagage de voyageur qu'une vieille soutanes en loques, un ciboire grossier, une pierre sacrée et un crucifix, allait courbant sous le souffle de sa parole les conseils des
fiors sacliems et forçait à toB>ber à g'onoux devant l'énergie de sa foi, des files entières de Peaux-Houges encore toutes haletantes des voluptés du combat et les mains rouges du sang- des chevelures qu'elles venaient d'y scalper.
Le style de l'abbé Moreau est nerveux sans être trop correct ; sa diction est serrée et il a le talent de grouper et d'amener ses faits et ses dates, sans fatiguer ceux qui le lisent. On sent à chaque ligne l'homme pénétré de la grandeur de son sujet et de la vérité de ce qu'il dit. Outre sa valeur intrinsèque V Histoire des Abénakis renferme des détails intéressants sur les mœurs et les coutumes des sauvages, ainsi que des explications détaillées sur l'étymologie des mots indiens qui se rencontrent dans le oours du récit.
" Aujourd'hui que cette plumeest retombée inerte dans son encrier desséché par la mort, qui la relèvera?"
Yoilà ce que Faucher de St Maurice disait, en 1874, du savant abbé Moreait, enfant de risle-Yerte.
Toute autre louange à l'adresse d'un homme de sa valeur serait sui)erflue et nous
ne voulons pas risquer de dire moins bien que le sincère auteur de " Québec à Mexico " en voulant augmenter une biographie déjà prise sur le vif en peu de mots.
L'abbé Moreiu est mort à St Thomas de Pierreville, en 1874. Il était on même temps missionnaire des Abénakis de St François du Lac.
C'est parmi ces sauvages qu'il comnieuça à jeter la base de cet édifice d'avenir qu'on nomme l'Histoire des Abénakis, œuvre de persévérantes recherches, de fortes études, d'interminables fouilles.
Erudit, savant, saint prêtre, dévoué missionnaire, l'abbé Joseph Moreau a fait l'honneur de l'église du Canidi et la gloire de son pays.
Vahhé Tliomus Moreau
Encore une belle intelligence, un homme de cœur, une vaillante plume, un esprit supérieur faisant l'ornement du séminaire où il passa presque toute sa vie, le séminaire de Xicolet, et venant donner un regain de force et de vérité à cetle idée admise : que le clergé catholique, au Canada comme ailleurs, est
"une force et un<^ lumièrf^, qualité qui est loin (l'être négligeable dans l'état actuel des temps.
L'abbé Thomas Moroau naquit à Tls'e- Verte le 26 septembre 1839, fils de Thomas Moroau, cultivateur, et d'Eléonore Plourde. A neuf ans, il était chez son oncle, l'abbé Joseph M^reau, à St Thomas da Pierreville, où il apprit la langue abéuakise. Nous ne pouvons mieux faire que de donner l'étude que le Révérend M. Panneton, curé de St Grrégoire de Nicolet, a consacrée à la mémoire du savant abbé qui vient à peine de mourir.
C'est une étude savante, bien faite, marquée au coin du style académique, où il y a le nombre, la période et la valeur des mots mis à leur place. Le curé Panneton a fait là une œuvre méritoire et nous voulons que les paroissiens de l'Isle-Yerte, — ceux-là surtout qui ont connu l'abbé Thomas Moreau enfant, jeune homme ou prêtre dans la force de l'âge, — lisent cette étude de la vie d'un homme qui a fait sa marque.
Il a passé, comme son divin modèle, en faisant le bien, et avec Faucher de St Maurice nous sommes tenté de r-^dire ce qu'il écrivait
à la mort de l'Abbé Joseph Moreau : " Aujourd'hui que cette plume est retombée inerte dans son encrier desséché par la mort, qui la relèvera ? "'
Ecoutez ce que dit Tabbé Panneton : (1) " L'abbé Moreau était un de mes contemporains de collège. Je me rappelle encore la sensation que fit son entrée dans le séminaire. Il n'avait pourtant pas un extérieur bien imposant , c'était le contraire plutôt qui se faisait remarquer. Mais il était reconnu déjà pour un élève intellig^^nt, même très intelligent. L'avenir confirma bientôt les dires de la renommé. Il se plaça tout de suite à la tête de ses confrères, et fit deux classes en une seule année. Il répéta la même chose en l'année suivante Dans ces deux années, il manifesta une intelligence supérieure dans letude et la connaissance des lancrues latines et grecque.
" Arrivé en belles-lettres il montra son aptitude pour la composition littéraire, et
il) Les cireoust'\nces nous oblig:»>ut à ue doiiii turque des extraits de cette magistrale étude du curé Panneton. Une îi^coiide édition nous pei-raottra plus tard d'aceomplir notre voeu: celui de donner aux lecteurs tout le morceau tonib.'ûo la plume sincère du curé de St Grégoire de Nicoîet,
toujours, dans les concours hebdomadaires il arrivait au premier rang Aussi, ses confrères avaient fini par ne plus compter avec lui. Ils tâchai) 'ut de lutter entre eux, et lorsque l'un d'eux s'élevait au second rang de la classe, il se croyait au piemier. Leur condisciple était donc regardé comme tout à fait hors de concours. En science, en philosox)hie intellectuelle surtout, notre ami donna la mesure de son intelligence distinguée. Il dévora les cours classiques qui étaient dans les mains des élèves et fit voir bientôt à ses professeurs qu'il fallait à cette vaste intelligence des études plus étendues, plus sérieuses.
" Son cours d'études fini et ayant décidé d'entrer dans l'état ecclésiastique, les messieurs du séminaire s'empressèrent de lui off'rir l'enseignement dans une classe. Mais l'embarras était grand. Quelle classe lui donner ? Celle des lettres ou celle des sciences ? Il était extrêmement apte à enseigner dans les deux g*enres. On se décida pour la x^remière. Il fut successivement professeur des belles-lettres et de rhétorique. Ayant alars la liberté de regarder dans les grands cours de liitérature de la bibliothèque dti 6éaiinaire,
il parcourut rapidement tout ce champ des l'-ttres : La Harpe, le Batteux, Rolin, Quiuti'ien, Blair, Mgr Dupauloup et plusieurs autres dont les noms m"é -happent. Il apprit par cœur une grande partie d'Homère, de Virgile, d'Horace, de Racine, de Corneille, de La Fontaine, de Bossuet et Fénélon.
" Aussi, ciprès d»'ux ou trois ans d'enseignement, c'était prodigieux de l'entendre disserter sur la littérature. Les élèves qui ont fait sous sa direction leur cours de belleslettres et de rhétorique, ne tarissent pas en éloges sur les explications et les conférences magistrales qu'il leur donnait. Avec cela, notre abbé s'exerçait aux compositiors en vers et en prose. Il écrivait à un ami aussi facilement dans la langU'^ des dieux que dans celle des simples mortels , et les vers latins, voir même grecs, tombaient de sa plume coinme les vers français. Après une douzaine d'années dans les lettres, on jugea à propos de lui confier l'ens-ignement de la philosophie intellectuelle. Le vaillant professeur accepta volontiers la position nouvelle et se livra avec un redoublement d'ard.ur à l'érude de la philosophie.
'' Après avoir jeté uu coup d'œil sur les cours classiques modernes, et les avoir scrutés et analysés, il ne se sentit pas satisfait. Il lui fallait quelque chose déplus comi^let, de plus étendu, de plus élevé. Il ouvrit le livre du philosophe des philosophes, le livre du théologien de.s théologiens, la fameuse Somme de Suint Thomas d'Aquin. A peine eut il entrevu cet incomparable ouvrage, l'existence de Dieu, le mouvement de Tâme vers Dieu, le Christ, voie par laquelle l'âme s'unit à Dieu, à peine, dis-je, eut-il entrevu ce magnifique plan de la Création et de la Rédemption, véritable ciel du mysière de la vie, qu'il fut ravi et tourmenté d'une faim et d'une soif de l'étude de saint Thomas, telle qu'il en perdait presque le boire et le manger.
" Il était constamment préoccupé de sa chère Somme. Il avait toujours le regard de la pensée vers ces horizons splendides de la vérité et de la foi. Il ne pailait plus enfin que de saint Thomas.
" Quelquefois, dans un cercle de confrères ou d'amis, la conversation tombait sur quelque sujet d'histoire, de philosophie, de théologie, de politique, etc.^ etc., chacun prenait part à
la conversation, émetrait son avis. L'abbé, placé dans un coin de la salle, écoutait silencieux les commencements de la joute. Lorsqu'il venait à remarquer quelqu'appréciation risquée, boiteuse, il entrait tout doucement dans l'arène et tentait avec calme (^e rectifier l'avancé. Si Tinterlocuteur avait le. courage de regimber quelque peu, l'abbé de son côté, augmentait quelque peu le ton et serrait de près son raisonnement. A ce moment-là, plus d'un discutant se retirait de la lutte , on écoutait avec surprise et intérêt l'explication lumineuse donnée par le savant professeur. Et si, par malheur pour un ou deux champions qui osaient répliquer, la discussion menaçait de se prolonger, alors le célèbre abbé donnait un fort coup d^aile et s'élevait à des démonstrations d'une grande hauteur. Il déployait tou:es les ressources de son savoir: rhistoire, la philosophie, la théologie, la poésie étaient tour à tour exploitées, suivant le sujet ^t le Ix^soin, d'une manière admirable, et bientôt les derniers lutteurs succombaient. L'abbé Moreau avait u.ie de ces organisations exceptionnelles qui se rencontrent de temps à autre à de rares intervalles. Il réunissait
un nombre reuiiirqualDle de qualités diverses, même opposées. Quand deux ou trois de ces talents se trouvent chez un individu, on le remarque, on le sig'nale. Il passe pour un homme plus cju'ordinaire. Mais que dire d'un homme qui aborde tout à la fois avec succès : philosophie et musique, x>Hinture et linguistique, histoire, théologie, botanique, voir même la photog-raphie ! C'est quelque chose de merveilleux !
'• Comment expliquer ce mystère d'un philosophe qui, après s'être longtemps absorbé avec délices dans l'étude sèche des principes de la logique ou de la métaphysiqae, se livre avec plaisir à l'étude sentimentale de la musique ? Comment expliquer le mystère d'un homme qui laisse la palette du peintre qu'il affectionne, et avev-- laquelle il fait d'excellents tableaux, pour se jeter avec passion sur l'étude d'une langue étrangère, comme l'italien, l'allemand, le grec, le latin, l'hébreu, l'abénaquis ? J'ai souvent surpris notre abbé à lire des ouvrages d'astronomie en langue italienne. Il possédait cette langue à tel point qu'il traduisait, il y a quelques années, pour les journaux du pays, de longs
et savants articles de la CiviUa Cattolica. On a dit et on redit encore que la faculté dominante de notre ami était un esprit philosophique, c'est possible. Je crois cependant pouvoir affirmer, de mon côté, que le sentiment artistique existait chez lui à un haut degré. A voir les peintures qu'il a exécutées, et la manière dont il touchait l'orgue, on peut conjecturer avec raison que sous des maîtres et avec un long travail, il serait allé très loin dans ces deux arts.
'' Sur l'orgue ou sur le piano, il exécutait des pièces passablement difficiles. Il se faisait remarquer surtout par certaines improvisations heureuses, qu'il décelait chez lui une veine riche, comme dit Horace. Il lisait très facilement la musique et goûtait vivement la beauté musicale des grands maîtres. Il paraît qu'il avait aussi fait l'essai du royal instrument nommé violon. Mais il n'avait pas réussi là comme sur le clavier.
" Il me disait, un jour, qu'il avait essayé àe Jouer de C archet mais que, ne se sentant pas dans le temps de dispositions i)our cet instrument, il remettait à le faire plus tard. Heureusement qu'il est mort sans avoir accompli son projet
" Quant à son érudition, il avait évidemment les qualités et les éléments qui concourrent à taire l'homme savant.
''Quelle intelligence que la sienne! quelle en était la vivacité et l'étendue ! quelle en était la pénétration ! Et puis, quel travail pour développer cet esprit si fort 1 Les jours et les nuits y étaient consacrés. Les volumes étaient dévorés en quelques jours. Les livres scientifiques succédaient aux ouvrages de musique ou de poésie. Le tout était entremêlé de travaux en peinture, d'exercice en musique, de courses aux insectes et aux plantes. A ces deux éléments de l'érudition, il joignait \-à fameuse faculté de la mémoire. J'en appelle i i à tous ceux qui ont connu Tabbé Moreau.Sa mémoire était vraiment phénoménal^', il retenait tout ce qu'il lisait ou entendait dire. Il paraissait savoir en grande partie par cœur, outre les classiques littéraires et scientifiques, l'Ecrilure Sainte, les Saints- Pères, l'histoire de l'Eglise et l'histoire du mond? en général. L'abbé Moreau était donc, dans toute l'étendue du mot, un érudit, un savant.
" En théologie je crois pouvoir affirmer
qu'il était fort. Dans les couféreiices ecclésiastiques, comme daus d'autres discussions moins solennelles, il se faisait toujours remarquer par une élévation de pensée, une ampleur de vues, une clarté et une proiondeiir d'argumentation, qui faisaient bien voir qu'il avait étudié aux sources de la science divine.
'' Mais était-il écrivain ? Sa plume étaitelle vraiment ce qu'on appelle une plume ? Oui et non, du moins à mon humble opinion. Il avait le talent naturel d'écrire, et ce talent il l'avait cultivé dans une certaine mesure, je dirais même dans une bonne mesure. Ses écrits, ses discours, entr'autres sa réponse à l'adresse des anciens élèves du séminaire de Nicolet en 1866 ; et son discours sur saint Thomas d'Aquiu, dénotent un talent considé-^ rable pour la composition littéraire.
" Il a peu figuré dans la chair sacré Cela est dû. je crois, à une timidité, naturelle à un sentiment de modestie qui lui faisaient fuir les grandes assemblées. Il n'avait peut-être pas non plus toutes les qualités qu'il faut à l'éloquence .solennelle.
"Il y a deux auteurs modernes qu'il afFec-
tiounait particulièremoiit et avec lesquels il avait plus d'un point d'affinité, c'était Lacordaire et Louis Yeuillot. Il avait dans son style de l'éclat comme Lacordaire de la souplesse comme Yeuillot, de la sensibilité, de l'élévation et de l'ampleur comme les deux maîtres.
" Mais les auteuivs français C[ivil prisait avant tout étaient les écrivains du siècle de Louis XIV ; c'était pour lui les maîtres de la langue française, Bossuet, Fénélon, Pascal, Massillion, Bourdalou, Labruyère, Corneille, Racine, Molière, Lafontaine étaient des écrivains immortels.
'Je l'ai entendu aussi quelquefois exprimer son oi^inion sur Iv^ mérite de nos orateurs et de nos écrivains canadiens. On remarque un certain nombre à qui il reconnaissait de la valeur littéraire, il signalait surtout en poésie: Crémazie, Frechette et Lemay ; en éloquence en prose : G-arneau, Chauveau, Grérîn L^joie, Chapleau, Casgrain et Routhier ; dans 1«^ journalisme : Cau'-hon, Provencher, Dansereau, Decs-lles et Fabre. 11 trouvait qu'ils avaient tous de Vétoffe^i qu'ils étaient presque de taille à httter ave<: les meilleurs orateurs de France.
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C'est le temps maintenaut de dire que Tabbé Moreau brillait autant par les qualités du cœur que par celJes de l'esprit II avait d'abord l'esprit de sou état. Il s'acquittait régulièrement de ses devoirs relis^ieux, faisant sa méditation, célébrant sa messe, et récitant son brevière aux heures voulues.
A la piété notre ami joignait un grand fond de charité de tendresse pour les pauvres. Il donnait en aumônes à peu. près tout ce qu'il recevait d'honoraires. Aussi est-il mort pauvre. Il avait comme complément de ses hautes qualités du cœur beaucoup de gaieté dans le caractère. Aux heures de récréation pleuvaient les bons mots et les saillies brillantes.
Il se complaisait dans la société des ecclésiastiques et des jeunes prêtres. Il profitait de ses conversations pour glisser un bon conseil, pour donner avec délicatesse une direction dans l'exercice du ministère, pour inspirer et raviver le goût des fortes études. En résumé, il était un excellent prêtre, un prêtre modèle pour la régularité, l'étude et la piété.
Il vit en conséquence, quoique relativement jeune, nrriver la mort avec calme et
confiance. Ayant appris que j'étais dj retour d'uib voyage en bas de Québec, où j'avais été en vain l'objet des soins les plus attentifs de la part d'un ami dévoué, T^W^^/e, il vint me faire visite Je le trouvai bien changé. Je lui en fis délicatement la remarque et lui demandai la cause de son mal.
— Je meurs, répondit-il, victime de l'étude. En ce même temps une lariue brilla dans sa paupière. — Est-ce qu'il vous coûte de mourir ? — Non, si le bon Dieu le veut. Mais je le prie de me purifier avant de me citer à son tribunal.
On voit bien ici sa foi vive et sa profonde humilité. Quinze jours a]3rès cette entrevue, il remettait son âme à Dieu.
L'ahhé Adolphe Girard
Après*M. l'abbé Joseph Mo^-eau, dont ou vient de lire la vie admirable tracée à longs traits par la main d'un habile et sincère écrivain comme l'est M le curé Panneton, voici un autre enfant de l'Lsle-Yerte, le Eév. M. Adolphe G-irard.
Il est le fils de M. Dominique Girard et
de Dame Augèle Bertrand. Né àl'Isle-Yerte, il fit ses études au colléo*e Ste-Anue, e^est aujourd'hui curé de St-Louis de Metabetchouan au lac St-Jeau
C'est uu homme très actif, très entreprenant, un vrai missionnaire. 11 attachera son nom à tout ce qui contribuera à faire de la vallée du lac St-Jean uu centre important, le futur gr'/nier de la province de Québec.
D'un aspect imposant, d'une staUire peu élevée, il a beaucoup de ressemblance avec leu Mgr Racine, son évêque. Parole facile, geste sobre, phrase nette et concise ; il n'est ])as un orateur à large envergure, cependant, il sait intéresser son auditoire et la semence que sa parole jette en terre est toujours sûre de germer quelque bon jour.
Labbé Luc Roideau
Encore un enfant de l'Isle-Verte, tout comme son frère l'honorable juge Chs. Borromée Rouleau, du Conseil du Nord-Ouest.
Ancien curé de Matane où il ne sut que se faire aimer pour se faire regretter davantage, lorsque la volonté de son évêque l'appela à l'importante charire de directeur du Sémi-
naire de Rimonski, — ii est mainteuaiit eu disponibilité.
Il profite de l'heure présente pour refaire sa sauté. C'est uu homme très afîable, uu cœur d'or. C'est une de ces natures ouvertes qui attirent d'instinct. On sent chez lui le " vir bonus " dont parlait le poëte et ceux qui l'ont approché on gardé longtemps le souvenir de son urbanité, de sa délicatesse et de sa pénétrante sensibilité. C'est la providence d'une paroisse.
L'abbé Jos. M. Dumas
Une nature sympathique et loyale s'il en fut jamais. Aussi sa mort arrivée presque subitement l'été de 188T, ne causa que surprise et regret, non seulement à l'Isle-Yerte, sa paroisse natale mais dans la Graspésie où il avait autrefois été curé, et à St Eloi (Comté de Témiscouata) dont il était le pasteur zélé à sa mort.
Jeune encore, très iniéressé, homme de progrès et d'avancement, il promettait de fournir une belle carrière. La mort est venue trop tôt faucher cette existence qui aurait pu être encore si utile et 'rendre à l'Eglise et à son peuple des services importants.
- 24-2 — Labbé Hospice Desjardins
Yoilà viii dig-ue prêtre, un zélé à Tâme ardente et pleine de dévouement. Fils du Dr. H. Desjardins, longtemps médeciu à l'Isle- Yerte et aujourd'hui à Ste-Anne de la Pocatière et de Julie Doucet, il fit ses études au Collège de Ste-Anne.
Reçu prêtre il demeura attaché à l'archidiocèse de Québec.
C'est un prêtre très distingué et de beaucoup de mérite. Aussi lui confia-t-on sans craintes les postes les plus importants. Il est aujourd'hui curé de St David de L'auberi vière.
L'abbé Roberge
Quoique attaché à 1 evêché de Chicoutimi, je crois que le Rév. M. Roberge est un enfant de l'Isle-Yerte, sa famille, du moins, y demeura longtemps.
Les Zouaves
En 1868. le cinquième détachement des zouaves pontificaux partait pour la Yille- Eternelle. Un brave enfant de la paroisse
— ni] —
voulut bien s'enrôler lui aussi sous Tét en dard de Pie IX.
Il partit, courageux, comme tous ses confrères compatriotes et représenta dignement les nôtres là-bas. De retour au pays, il s'expatria aux Etats-Unis, cette grande Eépublique receleuse des nôtres,
L'Histoire de C hle-Verte enregistre avec plaisir le nom de ce jeune brave, que nous avons appris dans le temps à aimer et admirer : William Irvine, allié à la famille Eouleau et à la famille Barry.
Les députés
Avant la Confédération, en 1867, un des pionniers de Tlsle-Verte, le lieutenant-colonel Louis Bertrand représentait les comtés unis de E-imouski et Témiscouata, de 1835 à 1841.
Lorsque M. Baldwin, notre député d'alors, résigna pour se présenter et être élu dans Ontario, le lieutenant-colonel Bertrand se présenta de nouveau et resta député depuis 1844 à 1847.
Lors de la Confédération, Charles F.
Bertrand, de la maison commerciale " Charles Bertrand & Cie " se présenta contre M. J. B.
Pouliot, X. P. {*) C'était la lutte de Tlsle- Yerte contre la Eivière-du-Lonp — le bas contre le haut, disait-ou alors comme aujourd'hui. M. Pouliot se retira à temps pour laisser élire M. Chs Bertrand par acclamation. En 1871, M. Chs. Bertrand s'effaçait à son tour devant Elie Mailloux, de St- Arsène, aujourd'hui régistrateur du comté de Témiscouata.
L'Isle-Verte n'a donc jusqu'ici donné que deux de ses concitoyens comme représentants au Parlement.
Aulres profrssions
L'Isle-Yerte a encore produit nombre de médecins distingués, d'avocats de renom et de notaires en vue, ainsi que des arpenteurs et des ingénieurs civils.
Mais là où il y a plus qu'abondance, c'est dans la classe des pilotes : on peut les compter à la douzaine et de nos jours il en existe plus de dix. Les gens de TIsle-Yerte sont tous un peu marins comine le sont d'ordinaire les populations échelonnées le
!*) M. P."l!i"^ -T. "H. viArit dp tn-»iirir ;\ Fr.i.^ovvillp.
loni? d 'S rives du St-Lauront : rien d'étonnant à ce que le goût de la vie a^^entureuse sur la mer se soil emparé de bon nombre des jeunes gens de cette paroisse. Comme à l'Isled'Orléans, on est pilote de père en fils àTIsle- Yerte. C'est de tradition dans certaines familles.
L'Is^e-Yerte compte à l'heure présente un médecin : E. A. GJ-renier ; deux notaires : L. N, Grauvreau et son fils Chs. A. GrauA'reau ; un avocat L. N. Girard, le frère du curé Adolphe Girard du Lac St Jean ; l'inspecteur d'acoles N. Théophile Beaulieu, six marchands, faisant tous de bonnes affaires, entr'autres la société Bertrand & Cie, David Petigi'ew, Elzéar Marceau, Alph. H. Bernier à la station du chemin de fer, Simon Labrie, Chs. Caron, Pierre Côté.
L'Isle-Yerte renferme un bon nombre de navigateur et de chasseurs émérites. Marcellin Côté est connu de partout ; c'est le type du vrai marin gentilhomme. Cette classe d'hommes trempés fortement, véritables loups de mer, tend à disparaître Enregistrons les noms des derniers au moins !
— ^4G - Population
La population de l'Isle-Verte, lors du dernier receusemeut était de 3, 131 âmes. Après Fraserville, c'est la population la plus populeuse du Comté de Témiscouata. Le fléau de l'émigration ne sévit pas ici comme dans d'autres centres qui entoure l'Isle-Yerte.
Cela est dû sans doute aux manufactures d^ MM. Bertrand & Cie et au fait que les terres étant toutes défrichées, elles offrent plus d'une chance de vivre assez à l'aise, surtout lorsque le luxe ne se mêle pas de la partie et que l'on sait se contenter de peu.
Eu 1878 risle- Verte a enregistré. 113 naissances, dont 60 du sexe masculin et 53 du féminin ; 18 mariages et 43 sépultures, dont 28 hommes et 15 femmes.
En 1888, 111 naissances, 29 mariages et 32 sépultures, comme on le voit la population augmente.
Conseil de la Panmse.
Pour 1889 Ov^'tave Levesque, Maire, conseillers : MM. Chs. Gr. Bertrand, Jos. Beaulieu, Achille Marquis, Achille Petitgrew, Majoric Dubé et Joseph Caron.
Cercle " Si- Jean- Baptiste "
En 1859, on fondait à l'Isle-Verte un institut littéraire qui dura " ce que vivent les roses, " l'espace d'un matin. A trente ans d'intervalle, les jeunes gens dn l'Isle- Verte fondent un cercle littéraire auquel ils donnent le nom du patron de la paroisse " St- Jean-Baptiste. "
La première séance eut lieu le 31 Mars 1889 et 40 membres enregistraient leurs noms Voici les officiers pour l'année 1889 :
Prés. Hon.— Chs. Bertrand, Ecr. ex-M. P.
Prés.— Simon LaBrie.
Vice-Prés. — Jos. Paradis.
See.-Trés.— Chs. A. Oauvreau, N. P.
Comité de Eégie — L. N. G-irard, Louis Raymond, Paul Terriault, Cléop. Saindon, Inst.
Telle est l'histoire de la paroisse de rislp- Verte. L'avenir dira ce qui lui reste à accomplir.