GROUPE DE SATURNE ET LES DIEUX TERRESTRES IO
passant dans la langue vulgaire, Tellus a eu longtemps des temples ; et une fête, curieuse par des usages archaïques, les Hordicidia, lui était spécialement consacrée. Le 15 avril, alors que les épis naissants donnaient Tespérance d'une riche moisson, les prêtres immolaient en son honneur une vache pleine, bos horda ou forda. Un rite bizarre consistait à arracher du ventre de la vache le veau encore à naître et à le brûler à part, sans en rien garder pour le festin. Qui nous dira pourquoi la cendre de ce veau immolé, mêlée par des Vestales à d'autres substances, servait, peu de temps après, le jour des Palilia^ à la purification de l'assemblée > Sans doute — car la tradition rapporte que Numa ou même Faunus auraient institué les Hor~ dicidia après de mauvaises récoltes ou des maladies persistantes survenues aux troupeaux — sans doute, le veau sacrifié avant de naître était offert pour le rachat de tout le bétail, de tous les biens de la terre; et l'acquiescement présumé de la déesse avait communiqué aux cendres de la victime une haute sainteté, une grande puissance expiatoire ; nous connaissons assez ce genre de raisonnement pour n'en pas faire honte aux anciens hommes.
Ç II. — Dieux de la moisson et des vendanges
Ccrès [Ker-es] ; le nom a été rapproché de Kerus, Kerka (Circé), du grec Ker, Kersa. Racine A'ar, d'où Kronos, Caranus. creare. — Fêles nombreuses : hericc sementincc^ Fornacalia^ Pa^ianalia (dtsciption d'Ovide), Ceiialia^ Catularia. — Rapports de Cérès avec le ciieu Orcus. — 1 tlibum et la libatto. — Le dieu Liber ei la déesse Libéra, dieux de la vie, de la joie licencieuse, et de la vendange. — Procession du fascinum et vers fe^cennins. — Proserpina. — Bona Dea.
Comme Saturne et Ops, Consus et Tellus, les divinités spéciales de la moisson et de la ven-
dange, Gérés, Liber et Libéra sont foncièrement italiques; et, dans les campagnes, elles ont gardé leur physionomie indigène longtemps après que Rome les eut assimilées à Démétér, à Dionysos et à Perséphoné, - confusion fort ancienne puisqu'elle remonte aux débuts de la République, aux temps de la fameuse bataille du lac Régille.
Le nom de Gérés a été judicieusement rapporté par les Latins eux mêmes au verbe cre^are. On a aussi pensé à une racine yer^ qui se trouve dans ^crerc et dans le suffixe adjectif ji^er. Le sens convient Cl aussi le son, car l'ancienne prononciation distintîuait mal les deux ,^^ullurales cet f^. On disait indilTércmmcnl vii^tnii ou vikinti (d'où vicies viccsimua)^ i^njivtis el cn.icUsS, ycvvaeof, (( noble, bien né )) C>aïus et Gains, (\it\inus et Garantis (un Kronos sabin). Mais il faut s'en tenir ici à la racine Kr, Kar^ faire, produire, créer. Kérés n'est qu'un des innombrables Kcrî, j^énies, principes actifs de la nature que les Italioies célébraient par des Kerimoniœ, des cérémonies, (hélait le nom donné aux mânes, Juonus Kctus ; el AVrAj, la fameuse Gircé, n'en est qu'une variante. Les Kcres homériques appartiennent ;\ la même famille, et très probablement les (labires Ax\o-f\eisos, Axlo-Kcrsa. Gomparcz rost)ue Kerri, l'ombrien Ccr/us, Cerfius, On verra donc dans Gérés un terme fi^énérique, dont les fonctions de la déesse ont déterminé, précisé le sens.
Gérés comptait dans son cortège tous ces menus dieux agricoles que nous avons énumérés déjà et qui personnifiaient soit tous les incidents du travail agricole, soit les phases diverses de la croissance des céréales : Proserpina^ la petite racine qui serpente au sortir du germe, Fo/i//ma,la gaîne qui enveloppe la tige du blé, Pateleiia ou Paiella, l'apparition de l'épi, etc. Patella était le nom de Gérés dans l'Italie centrale.
^,s fêtes de Gérés étaient nombreuses, les Feriœ