LES VÉNÈTES
notre région, dit M. Cordenons, — c'est ce qui ressort des dernières découvertes archéologiques, — cohabitaient deux peuples de souche fort différente, l'un établi depuis une époque très reculée et venu avec une culture toute rudimentaire, l'autre arrivé beaucoup plus tard, et avec une civilisation sans doute primitive encore, mais relativement supérieure. )) Les premiers appartenaient aux derniers âges de la pierre ; les paîafittes, les terramares nous ont conservé quelques débris de leurs demeures et de leurs industries. (( Les seconds, Euganéenset Vénètes, sont certainement des Aryens ; ils doivent être venus d'Asie avec la grande immigration aryenne primitive, en même temps que les Ombriens, que les Latins peut-être. » Ces conquérants refoulèrent les vaincus, sans les étouffer; les objets recueillis à Montegrolto et conservés au musée de Padoue, surtout ceux qu'on trouve autour d'Esté, présentent encore de nombreux caractères préeuganéens ; et dans les plus anciennes inscriptions, « où domine toutefois l'élément aryen )), il faut s'attendre à rencontrer un (( amalgame, une fusion telle quelle de deux langages », sinon de trois ; car, tout en étant de même race, li^uganéens et Vénètes provenaient d'immigrations successives ; probablement donc, nos inscriptions contiennent des mots irréductibles ou altérés, qu'il sera bien difficile de rapporter à quelque racine aryenne ».
La découverte de ces inscriptions paraît remonter au XV*' siècle. En 1749, Maffei en signale quelques-unes au musée de Vérone. On n'en connaissait guère plus d'une douzaine, lorsque, en 1847, 1850, 1852, Furlanetto et Da Schio publièrent celles de Padoue et de Vicence. Elles passaient pour étrusques. Mommsen le premier (1853) mit les savants en garde contre une opinion trop aisément reçue. Des fouilles opérées en Styrie, en Carinthie fournirent quelques textes nouveaux, d'un type
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décidément vénète. Enfin, une grande quantité d'objets votifs, cippes de pierre, clous et lamelles de bronze, déterrés près d'Esté, dans le clos Baratella, portèrent à deux cents et plus, le nombre si restreint des inscriptions de la même famille. Aussitôt^ 1883-1886, les philologues italiens et allemands fondirent sur cette proie inespérée, mais bien décevante, hélas ! Ni Prosdocimi, ni Gamurrini, Oberziner, Pichler, Meyer, ni Pauli, ni Deeke, ni Maratti n'ont réussi à briser « l'os médullaire ». Qui croirait que ces deux derniers ont voulu voir dans ces inscriptions d'Esté, peut-être du VII* ou du VP siècle avant notre ère, des remerciements d'élèves à leurs doctes professeurs? Voyez-vous d'ici cette Université des terramares 7 Beaucoup plus prudent, Ghirardini s'est borné à publier sans commentaires, en 1888, les « antiquités du fonds Baratella », faisant d'ailleurs observer que les clous trouvés à Este ont leurs similaires en d'autres régions d'Italie, et qu'ils ont partout un caractère votif. Rfippelons le clou sacré que les Latins et les Romains fichaient en cérémonie dans le temple de Jupiter, les Etrusques dans les sanctuaires de Nortia, de Voltumna . Il y a là une coutume des plus curieuses, des plus primitives, puisqu'elle est familière encore à certaines tribus sauvages, et même aux populations ignorantes de pays civilisés. C'était le clou auquel on suspendait Vexvoto^ la bandelette, la maladie exorcisée par le dieu, — et qui avait pris, naturellement, un sens symbolique. Mais voici que Al. Cordenons entre à son tour en lice contre ce diminutif du sphinx étrusque. Il le traque de lettre, de cippe en clou, et de clou en lamelle. Il lui apprend son alphabet, sa langue, et lui révèle sa pensée. Le sphinx, avouons-le, garde son sourire énigmatique, mais il se pourrait bien que sa défaite fût prochaine ; son adversaire est résolu et bien armé. La lutte, quelle qu'en doive être l'issue, est pleine d'intérêt, et la déesse, con-