‹ L'Italie d'hierChapitre 19 sur 58 · UFFIZI · texte numérisé non relu

UFFIZI

André Riccio. — Dans sa peinture, le sentiment du dessin byzantin et les procédés des mosaïques. Des yeux, comme encastrés dans l'armature de plomb des vitraux, le contour du nez semblable à la linéature tournante et répétée du rivage d'une carte géographique, une bouche qu'on dirait rougie de brique pilée, des chairs aux tons sales d'une barbe de trois jours non faite, des doigts pareils à des manches d'eustaches*

Andréa Orcagna. — Chez ce vieux maître, le passage

sensible de la ligne macabre de la peinture et de la mosaïque byzantine à la ligne naïve des primitifs, de la paralysie du mouvement au contournement, à la recherche de la grâce, et des carnations sales aux carnations couleur de pêche.

Cimabue. — Des personnages d'une longueur démesurée, d'une longueur pareille à celle des statues du portail de Chartres, aux cous torves, sous de toutes petites têtes, dans des draperies, qui ont le flottement sèchement découpé des draperies de bois. Et cependant déjà chez Cimabue, la tentative de rendre la coloration tendre des chairs, de mettre la caresse d'un sourire dans les yeux, dans la bouche, et d'apporter un calque de la vie dans son dessin.

Pietro di Lorenzo. — Paysage immense. Perspective sans fin de roches dressant, dans un ciel noirâtre, des pics jusqu'à une mer d'un vert dur et froid. Et les plates-formes, et les pentes, et les cavernes, et les anfractuosilés de ces roches, sont toutes garnies de moines de toutes les couleurs, de moines noirs, de moines blancs, de moines gris, ainsi qu'une moinerie moinante, qui, en compagnie de toutes les bêtes, redevenues les bêtes sans dents du Paradis terrestre, aurait pris possession de ce coin de terre, d'où s'élève vers;

Dieu, dans une perpétuelle extase, l'adoration des anachorètes.

On y voit priant, de saints vieillards vêtus seulement de leurs cheveux blancs, on y voit déjeunes moines, à cheval sur des cerfs, récitant des oraisons, ou lisant leur bréviaire, dans des chars traînés par des lions. Et ce sont sur le haut de ces falaises, deux ou trois arbres, pommés comme les arbres des boîtes de joujoux, où se trouvent des moines en prière, jusque sur les branches, ainsi que des stylites de la frondée. Et en bas, à côté de gentils oursons et de lapins très graves, à l'air convaincu de jeunes prosélytes, assis sur leur cul, un moine trait une biche.

Sur la mer du tableau — sans doute l'image du monde — une mer toute hérissée d'îles aux châteaux forts, et où les vents — sans doute les passions humaines — soufflent, avec des chevelures méduséennes une tempête, à travers laquelle on aperçoit une barque, où trois diables emportent une créature nue.

La mer est bordée, à droite, par un rivage couvert de pèlerins, au milieu desquels des moines pèchent, près de crocodiles verts, d'ours auxquels ils font donner la patte, de féroces de toutes sortes, flairant, sans y mordre, des cadavres nimbés.

Antonio Pollaiolo. — Un Michel-Ange miniaturiste, peignant finement et patiemment, sur une carte de

visite, les férocités de la Force, les brisements de reins et de cervelles de la légende d'Hercule, vous montrant la tête agonisante de Cacus, crachant sa vie, l'épine dorsale, comme pétrie et fondue sous l'étreinte de bronze de l'athlète héroïque, — en un mot, le peintre des épopées musculaires, dans un format minuscule.

Giotto. — Avec le Giotto, le dessin échappe au caricatural de la forme, à l'effort à la fois maladroit et tourmenté d'un art naissant, et dans le dessin, se fait comme un apaisement, et le commencement de la tranquillité sereine du Beau.

Les cous rentrent dans les épaules, les yeux s'ouvrent placidement dans des contours noyés, le nez perd la rigidité de bois de ses lignes, les bouches ne se dessinent plus dans une crispation douloureuse, et le naturel des poses humaines est conquis. Giotto, c'est, on peut le dire, le peintre de l'expression morale, qui s'est un peu perdue, quand l'attention des peintres a été toute portée sur la forme matérielle des individus.

Même le Giotto de I'Académie des Beaux-Arts fait un peu cheminer la Vierge byzantine vers la massive beauté de la maîtresse du Titien. Le peintre du treizième siècle s'essaye à rendre les solidités matérielles du corps humain, et sous les plis tendrement modeleurs du linge, il laisse entrevoir les opulents seins de la nourrice d'un Dieu. Et sa Vierge a d'immenses yeux

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dans leur ombre recueillie, un nez charnu, une bouche épaisse, enfin les contours de la force et de la puissance, dans la belle santé d'une humanité réelle.

Simon Memmï. — Une « Annonciation ». Grande peinture dans les architectures romano-byzantines, égayée de carrelages aux mille couleurs : peinture toute riche, toute somptueuse, toute luxueuse d'étoffes, toute orientale, et comme meublée des présents des rois Mages.

Une Vierge, au bandeau d'orfèvrerie garni de pierres précieuses, à la robe d'azur, à demi retroussée sur sa cathèdre, la figure baissée, une main sur son coeur, l'autre tenant un livre, qui s'est refermé sur son pouce, dans une pose de modestie effarouchée, dans une reculade de pieux effroi, sa petite bouche contractée, presque chagrine. Devant, jaillissant d'un calice d'or, un lys tout chargé de fleurs, se dresse comme une barrière entre la Vierge et un ange, l'ange de l'Annonciation, vêtu d'une robe blanche aux tons changeants, et comme reflétée de lapis lazuli en ses légères ombres, et étincelante en sa lumière, d'une jonchée de fleurettes d'or, pareille à la dentelle aux petits fers d'une reliure, et qui fait comme un fourmillement d'or sur la neige. De la bouche de l'ange agenouillé se déroule, ainsi qu'en un phylactère, ces mots gaufrés sur le fond de la toile : « Ave Maria, gratiâ plena, Dominus tecum. »

Cet ange de l'Annonciation, un ange déconcertant,

presque satanique, avec ses ombres et ses demi-teintes, doucement verdâtres, dans des chairs veloutées du ton rose des pastels du dix-huitième siècle, avec son long cou de serpent, avec son regard, dont l'étroit filet blanc de l'œil, entre les deux lignes à demi fermées des paupières, luit comme l'acier dune lame de couteau, — avec l'étrangeté de sa beauté perverse.

TEATRO DI BORGOGNISSANTI.

Des affiches attirantes comme celle-ci :

La sera di Mercoledi 23 gennajo Si replica a richiesta

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