‹ L'Italie d'hierChapitre 3 sur 58 · VÉRONE · texte numérisé non relu

VÉRONE

Curieuses, ces salles à manger de gares de chemins de fer, en Italie! Des pots de camélias tout autour de la table, aux murs de vieilles toiles enfumées sans cadres, et sur le poêle, un Napoléon Ier en plâtre.

Là dedans, des officiers autrichiens qui boivent, fument et causent sans bruit, avec une gravité douce, des sourires charmants, et un effacement très extraordinaire du militaire devant le pékin. 11 en est même d'isolés et retirés dans les coins, qui lisent des livres de poésie. Oh! il y a incontestablement chez ces officiers autrichiens, une supériorité de l'homme du monde et de l'homme appartenant aux choses de l'art et de la littérature, sur nos officiers français.

TIAZZA DELLE ERBE.

Près d'une colonne de marbre rose, sur laquelle le soleil monte avec l'heure, comme à un mât de cocagne.

16 L'ITAUE D'HIER.

une immense façade de maison, entièrement peinte à la fresque, et représentant des escalades du ciel par des Antée et des Encelade, et de terribles mêlées de corpsgéants ; des fresques, qui semblent la toile michelangelesque d'une arène de lutteurs colossaux, et dans lesquelles, des fenêtres, habitées par des têtes vivantes, font, çà et là, un trou dans une anatomie du mur.

En bas, sous de grands parapluies de toile blanche, transpercés de lumière, éclate le bariolage des fichus et des bonnets des vendeuses d'herbes, ainsi que des bleuets et des coquelicots, sur les champs verts des laitues, des porrcaux, des choux, étalés à leurs pieds. Ce sont des vendeuses brunes, les cheveux roulés sur les tempes, en des volules ressemblant à celles dont Tlonie a fait le chapiteau de ses colonnes, et ce sont quelques vendeuses blondes, dont les cheveux crespelés et folâtres mettent autour de leur ovale comme un rayonnement ensoleillé.

Beaucoup de ces marchandes sont de vieilles femmes de la campagne, portant un tout petit chapeau de paille, d'où s'échappent, entremêlés à d'énormes pendeloques d'or attachées à leurs oreilles, de libres mèches de cheveux, battant de leurs tortils grisonnants leurs jaunes profils sculpturaux, qu'on dirait sculptés dans du buis.

Et en plein de cette verdure potagère, l'on voit, et des quartiers de bœuf saignants, posés sur les premières

Page 1