‹ L'Italie de 1847-1865;Chapitre 47 sur 102 · Conditions de le paix dans les États Romains · texte numérisé non relu

Conditions de le paix dans les États Romains

furent, après, les Médicis/Je ne vois guère que le monde ait changé depuis lors, et il me semble que chaque démocratie a ses Albizzi et ses Médicis, aujourd'hui comme alors. Nil sub sole novum. Savez -vous ce qui me passe par la tête ? C'est probablement une extravagance. Que le mouvement politique du dix-neuvième siècle suivra les phases du mouvement religieux du seizième. Nous finirons par l'indifférence en matière de politique; et dans cent ans il y aura un Essai à faire pour un Lamennais homme d'État. Ne vous moquez pas trop de moi si je laisse aller ma plume au gré de mon esprit prophétique, que je ne vous donne pas comme absolument infaillible.

Ce qui est moins infaillible que moi encore, c'est notre chambre , laquelle décidément n'était plus possible 1 . Vous aurez vu que le roi a adressé directement un appel au pays : j'espère que le pays comprendra. — Une seconde dissolution depuis Novare! C'est beaucoup; çaais c'est la dernière ressource des amis du gouvernement constitutionnel en Italie. Je joue la partie. Il était de mon devoir de le faire. Dieu veuille que je la gagne I Bien des choses vont dépendre du résultat. Pensez un peu à nous, et

Vogliate mi bene.

1. La proposition Cadorna, aux termes de laquelle le traiié de paix signé avec l'Autriche o'éiait accepté que sous conditions, venait d'être votée par soixante-douze voix contre soixante-six. La dissolution de la chambre fut prononcée le 20 novembre. La proclamation du roi parut le même jour; M. d'Azeglio la terminait par ces mots : a Si les élec- « tcurs me refusent leur concours, ce n'est pas sur moi que retombera « la responsabilité de l'avenir. Ce ne sera pas à moi qu'ils auront à « B'en prendre, mais à eux-mêmes. » — Le pays répondit a la confiance du roi et à l'espoir de M. d'Azeglio. Trente députés de la gauche seulement reparurent dans la nouvelle chambre qui s'ouvrit le 20 décembre 1849.

DE M. D'AZEOLIO. 7i

A MONSIEUR DOUBET.

11 mars 1851.

Mon cher monsieur Doubet, le bon temps est passé, alors que je pouvais écrire de longues lettres tout à Taise, sans avoir, comme aujourd'hui, un de ces diables du Dante qui me poursuit de son fouet sous la forme d'une dépêche où d'une affaire courante. Quoi qu'il en soit, je ne veux pas laisser sans un mot de réponse votre bonne lettre, pour vous expliquer le silence que nous avons gardé au sujet des accusations portées contre nous à l'époque de la loi Siccardi x . Pourquoi, disait-on, n'avoir pas traité avec le Saint-Siège?

Les négociations commencées en 1847 2 aboutirent à

1. Loi présentée le 25 février 1850, pour la réforme de la juridiction ecclésiastique en matière civile.

2. Au mois de novembre 1847, le comte Avet, ministre des grâces et de la justice, adressa des observations au roi sur la question du for ecclésiastique. Intervint la Constitution du 4 mars 1848; le roi Charles-, Albert semblait y trancher la question, car l'art. 68 déclarait que la justice est administrée au nom du roi, et par des juges qu'il institue; et l'art. 24 proclamait l'égalité de tous les citoyens devant la loi.

Au mois de mai 1848, l'un des plus éminents jurisconsultes de l'Italie, un homme dont les convictions religieuses ne peuvent être soupçonnées, le comte Sclopis, alors garde des sceaux, rappela la note écrite par son prédécesseur, et déclara que — c l'existence d'une juridiction privilégiée, indépendante du pouvoir royal et relative à des affaires essentiellement temporelles, ne pouvant plus se concilier avec les dispositions du statut , n — il était devenu nécessaire de réclamer l'abolition du privilège accordé au clergé tant pour les matières civiles que pour les matières pénales. Il faisait entendre que la résistance à la ré-, forme réclamée u pourrait devenir une source funeste de conséquences redoutables pour la religion et la bonne harmonique le gouvernement

un contre-projet qui démontra l'impossibilité de s'entendre, puisqu'il réservait à la cour de Rome le jugement en dernier ressort en matière criminelle, la nomination des évêques, l'administration des bénéfices vacants, etc. Assurément, ce contre-projet à la main, nous pouvions répondre victorieusement, et dire : Nous ne traitons pas , parce que la cour de Rome rend tout traité impossible. Mais nous aurions porté un terrible coup aux sentiments religieux du pays; car c'est un triste document qui prouve une ténacité d'intérêts temporels et un aveuglement incroyables; et nous avons préféré le silence. Voilà le mot de l'énigme : Dieu m'est témoin de l'entière sincérité de nos intentions.

Du reste, en fait d'aveuglement, Rome a atteint désormais les limites du possible. Vous avez vu ce pauvre pays au temps où le sentiment religieux, étouffé sous de longues années d'un affreux gouvernement, renaissait avec l'espérance d'un meilleur avenir. Eh bien , à cette heure, le gouvernement est pire que sous Grégoire XVI; c'est la vendetta preiina dans sa plus fâcheuse expression. Un évêque de mes amis, revenu de Rome, me disait qu'un dimanche il célébrait la messe à dix heures à Sant'-Andrea-della-Valle , et qu'il n'y avait pas douze personnes dans cette grande église ! Le bas peuple surtout n'a plus que haine dans le cœur. Tout cela est triste, bien triste, mais on devait s'y attendre. Chez nous, par contre, personne n'est forcé d'aller à confesse, ni à

de Sa Majesté a vivement à cœur de maintenir avec le Saint-Siège. » Le marquis Pareto fut chargé d'ouvrir les négociations. Une note adressée au cardinal Soglia, premier secrétaire d'État, expliquait qu'il était désirable, dans l'intérêt du Saint-Siège, de prévenir par un prompt accord le moment où le parlement viendrait à s'emparer de la question. Au projet formulé par le comte Sclopis, le 22 octobre 1848, il fut répondu par un contre-projet. C'est de ce document que parle ici M. d'Azeglio.

DE M. DAZEOLIO. 73

communier, et pourtant les églises sont pleines; le jubilé, au dire du pape lui-même , s'est fait à son entière satisfaction. Il paraîtrait donc que ce n'est pas l'égalité devant la loi (des prêtres comme des autres citoyens) qui altère le sentiment religieux, mais bien plutôt les privilèges et les illégalités.

Je sais que je parle à un converti, aussi je m'en tiens là. Je finis en constatant un fait que je déplore amèrement : l'expédition de Rome, la réaction cléricale, les exagérations de votre parti catholique* les intrigues contre l'Angleterre (je sais que vous n'êtes pas anglomane, mais vous êtes clairvoyant et juste), la guerre sourde faite aux institutions constitutionnelles et au Piémont, ont rendu le pape impossible sans l'occupation étrangère. Je ne parle pas de son temporel; mais son autorité morale est détruite. Ce pauvre Pie IX a été indignement traité par une secte de sacripans qu'il était juste de jeter dehors; mais il ne fallait pas punir le pays tout entier en le livrant à la secte opposée.

Tout à vous.

A MONSIEUR EUGÈNE RENDU

24 mai 18b2.

Mon cher ami ,

Un petit mot d'explication , à vous notre avocat toujours dévoué, sur ce qui vient de se passer ici. Comme bien vous pensez, on a fait beaucoup de commérages : un ministère n'est pas culbuté sans qu'on jase à tort et à travers; vous saurez, vous, le dessous des cartes; je n'ai pas besoin de vous demander la discrétion.

Depuis la fameuse séance du 5 février, la séance du

Connubio 1 , j'étais assez fraîchement avec Cavour 2 , Figurez-vous que mon cher collègue, sans dire gare, avait arrangé l'affaire sous main avec Rattazzi, et qu'il avait fait son speech , qui engageait si fort le ministère, sans m'en parler. Ce jour-là, — comme tant d'autres jours, depuis cette ennuyeuse blessure, — j'étais au lit avec la fièvre, et le conseil des ministres se tenait chez moi. Cavour, au pied de mon lit, prend un des ministres dans l'embrasure de la fenêtre, et lui dit quelque chose comme : « Ce Menabrea 3 m'ennuie, et je suis tenté de renoncer à son appui. » Je ne sus rien autre chose : l'intrigue avait été conduite par F***, M*", V***. Au sortir de chez moi, l'explosion avait eu lieu à la chambre.

Nous étions dans des circonstances bien graves 4 ; je ne voulus pas que le public fût mis au fait des divisions intérieures; et, voulant voir venir, je fis comme ce général

1. On donna ce nom à l'alliance parlementaire contractée par le comte de Cavour, alors ministre des finances, avec le chef du eentre gauche de la chambre, M. Rattazzi. « J'ai été quelque peu étonné, « dit le comte de Revel, répondant à M. de Cavour, que le ministre « des finances, voulant faire divorce avec cette partie de la majorité « qui, jusqu'à présent, sauf une circonstance spéciale, a toujours sou- « tenu le ministère, ait en même temps contracté mariage \connubio) « avec l'autre partie. » (Séance du ? février 1852.) ]M. Menabrea avait, de son côté, fait la déclaration suivante : » M. le ministre des « finances veut faire voile vers d'autres rives parlementaires : libre à « lui; je ne l'y suivrai pas. »

2. C'était M. d'Àzeglio qui, à la mort de M. Santa-Rosa, avait fait entrer au ministère le comte de Cavour. Quand le roi signa la nomination du nouveau ministre : « Je le veux bien , dit-il à M. d'Azeglio « et à ses collègues; mais rappelez-vous qu'il vous prendra tous « vos portefeuilles. »

3. M. Menabrea, général du génie du plus haut mérite et orateur distingué; envoyé au parlement par la Savoie, il était alors un des chefs de la droite. — M. Menabrea a été, comme on sait, ministre des travaux publics du royaume d'Italie.

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