Le. 11 mai
dès que je trouverai un joint, vous verrez si je suis sincère.
Je n f ai pu faire rentrer dans l'administration nouvelle un ancien et excellent collègue M. Galvagno 1 . Une sorte de petit imbroglio l'avait fait sortir du ministère de Tintérieur il y a trois mois. Il en a, je le crains, conservé quelque petite chosette contre moi, ce qui m'atflige, car c'est un homme d'un beau caractère, et un cœur d'or. Je l'ai toujours aimé autant qu'estimé. Qu'on fait peu ce que l'on veut, même quand on est au pouvoir/Bien mauvaise expression : ce qu'il faut dire, ce n'est pas être « au pouvoir, » mais « au devoir. » Soyons-y jusqu'au bout; mais Dieu sait !.., Adieu; je devais ces détails à votre amitié, je vous les griffonne à la hâte.
J. On comptait dans le nouveau ministère MM. la Marinora, Paleocapa, Pernali, Cibrario présenté pour les finances à M. d'Azeglio par le comte de Cavour lui-même ; le retour de M. Galvagno eût été une déclaration de guerre au centre gauche , qui voyait en lui son adversaire le plus ardent. Entré au parlement, dans la première législature de 1848, M. Galvagno vola avec MM. Pinelli, Cavour et Sclopis, dans la question de la fusion de la Lombardie avec le Piémont. Ce fut lui qui, d'accord avec MM. Boncompagni et Ferrari», proposa à la chambre, le 20 juillet 1848, de conférer temporairement au roi le pouvoir dictatorial. Pendant l'armistice Salasco, M. Galvagno appuya l'administration présidée par M. Perrone, et combattit de toutes ses forces la politique de M. Rattazzi. Collègue de M. d'Azeglio, comme ministre de l'intérieur, après Novare, il consacra tous ses efforts à l'affermissement du régime constitutionnel. M. de Cavour disait de lui : « Bien qu'avocat, il sait, dans les affaires politiques, l'être aussi peu que possible, m — M. Galvagno vient de recevoir un témoignage éclatant de l'estime de ses concitoyens : il a été élu syndic de la ville de Turin.
DE M. D'àZEGLIO. 77
AU MÊME
Conegliano, Il juillet 1852.
Mon cher ami ,
Je vous remercie de votre bonne lettre à laquelle je n'ai pas répondu plus tôt, à cause de la recrudescence de seccatura qui m'a assailli, comme de raison, les derniers jours de mon séjour à Turin.
J'ai transporté mes pénates à Conegliano, Bivîera di Ponente, oii je m'occupe à m'occuper le moins possible, car j'étais exténué par les huit mois de session et par un travail que mon état de santé rend doublement fatigant.
Je suis bien sensible, croyez-le, au vif intérêt que vous prenez soit à nos affaires, soit au rôle que personnellement je me trouve y devoir jouer. 11 paraît réellement que la Providence n'abandonne pas les hommes de bonne volonté, puisque c'est là à peu près mon seul mérite, et que, malgré bien des écueils et des difficultés, nous sommes parvenus jusqu'ici à maintenir notre programme intact.
J'ai reçu les livres que vous avez tu la bonté de m'envoyer, et dont je vous remercie sincèrement 1 . C'est une grande question pour nous comme pour tout le monde : préparer la génération nouvelle! On comprend, à ce qu'il paraît, qu'il faut bâtir sur la religion : seulement, à mon avis, ce qui peut faire renaître la foi, ce ne sont ni les processions, ni des boutiques plus ou moins fermées, par décret, les dimanches; mais bien plutôt la charité , l'humilité , et toutes les vertus chrétiennes prêchées d'exemple. Et voilà ce qui me semble être assez peu compris par bien des gens. Basia, Dio procéderai
Rappelez-moi au souvenir de M. Doubet, et croyez-moi tout à vous.