‹ L'Italie de 1847-1865;Chapitre 67 sur 102 · Lettres à M. le comte de Cavour, avril · texte numérisé non relu

Lettres à M. le comte de Cavour, avril

timent d'humiliation bien amer, je vous assure. J'en reviens toujours là : avoir l'Italie d'un côté qui vous tend les bras, de l'autre la France qui vous donne deux cent mille hommes, et aller encore chercher Mazzini ! mais vous savez comment cela est venu.

Il m' arrive en ce moment votre seconde lettre et les deux brochures ; je vais lire et je vous écrirai. Quelquefois du choc jaillit l'étincelle.

A vous.

AU MÊME. y\

Florence, 4 mai 1861.

Cher ami, j'ai lu. Il y aurait de nombreuses erreurs à relever qui m'ont tout l'air d'être volontaires; mais, sauf les quelques mots à mon adresse, tout est dirigé contre M. de Cavour et surtout contre les bricconerie au moyen desquelles on a réussi en dernier lieu. Vous savez ce que j'en pense moi-même, et pourquoi j'ai quitté Milan et n'ai plus voulu me mêler de rien.

Ah î mon ami, c'est dur de penser que cette honte, c'est du luxe, et que rien n'y forçait le gouvernement de mon pays! Et voilà qu'on nous la jette à la face ! Cavour ne répond rien; on aurait droit de s'étonner que je prisse sa cause en main.

Quelle faute immense on a commise (la question morale à part) en renonçant à ce qui pouvait nous donner tant d'avantages sur nos ennemis, — la réputation de loyauté! Vous savez, dans le temps, mon indignation contre le système de la Curia romana d'Antonelli; mais nous sommes cela depuis un an ! Des deux côtés on peut se disputer le prix de vertu.

Après cela, je ne vous cache pas que le mot de M. de

^Hmtalemberrà mon adresse m'a fait faire un bond sur ma chaise. Ce mot n'est ni d'un gentilhomme ni d'un chrétien. Qui se respecte ne se permet pas cela, à dis- — tance. — « Lâches injures. » Lâcheté! moi! Ah! digne homme, qui de nous deux a fait ses preuves? — « Injures, » dites-vous; non : « Vérités! » Et ces vérités, j'ai acquis le droit de les dire; j'ai acquis ce droit, en les faisant entendre, ntm pas à la papauté vaincue, mais à la papauté victorieuse de l'insurrection 1 et appuyée sur l'Autriche; en les jetant à la face de son plus cruel adversaire, de Mazzini; en les soutenant contre l'Autriche avec d'autres armes que celles que vous maniez. — Oui, j'ai dit à la papauté des vérités sévères; je les ai dites pour la sauver. Vous avez préféré la flatter, vous, la flatter au risque de la perdre; vous l'avez endormie, adulée, bercée d'illusions, enveloppée de mensonges d'autant plus mortels qu'ils plaisaient davantage; vous avez dit à Pie IX : « Réagissez contre l'esprit de ce temps, contre la nationalité; effacez les grandes pages des premiers jours de votre règne; demandez pardon à la société moderne d'avoir voulu vous mettre à sa tête ; prenez pour guide la peur, pour inspiration la rancune ; cessez d'être l'espoir, le phare de l'esprit libéral; cessez d'être Pie IX; redevenez Grégoire XVI. Pour vous soutenir dans cette croisade contre l'Italie qui vous bénissait et qui désormais vous renie, contre le siècle qui vous acclamait et qui va vous délaisser, comptez sur les Monsignori, sur M. Veuillot et sur moi! — » Voilà ce que vous avez dit et fait, voilà vos états de service. Pour venir m'insulter, qui êtes- vous donc?

M. de Montalembert, — pour arriver à oser dire qu'on reconnaît dans mes faits et gestes le parti qui érige des statues à Machiavel, — déclare que « je me vante d'avoir,

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