‹ L'Italie de 1847-1865;Chapitre 88 sur 102 · GXL A MADAME EUGÈNE RENDU · texte numérisé non relu

GXL A MADAME EUGÈNE RENDU

Turin, 28 novembre 1864.

Madame et amie,

Les absences de votre fugitif ne vous valent rien, à vous ; mais moi, qui suis égoïste, je n'en pleure pas: elles m'ont valu une bonne et chère lettre de vous, ce qui est rare comme toutes les jolies et bonnes choses.

J'ai cru d'abord que ma lettre s'était égarée, et j'en ai écrit une autre; ce pauvre Eugène s'en trouve criblé! 11 me pardonnera, j'espère, grâce au motif. Le très-petit jour commence à se faire sur la question de Rome, mais on n'ose pas attacher le grelot.

Moi, par contre, c^la me va assez; et je compte m'en passer la fantaisie dans la discussion de la convention qui s'ouvre demain au Sénat. Cette circonstance est fort peu importante par elle-même, et je ne prétends pas, veuillez me croire, faire de mon speech un événement; toutefois j'ai voulu en informer Eugène, pour qu'il avise, s'il y a lieu.

En fait de rhume, je suis votre compagnon d'infortune : chez moi aussi le mal est léger autant que peut l'être ce qui ennuie; un vieux bonhomme enrhumé, seul au coin du feu, quel tableau récréatif!

Après tout, il s'en trouve qui n'ont ni feu ni coin du feu; ainsi remercions le bon Dieu.

Il nous faudrait un brin de la température d'Évian ; tous nos maux seraient bientôt guéris. Et il me faudrait, à moi, cette bonne température morale qui me donnait presque l'illusion de me trouver en famille. Je suis bien content des nouvelles que vous me donnez des bambini. La fillette, à cette heure, doit faire l'effet d'une grande petite dame.

Veuillez me rappeler au souvenir de madame votre mère et de toute la colonie d'Évian ; et je ne manquerai pas, de mon côté, de portare le vostre grazie à M me Faravelli, à ma première sortie.

GXLI A MONSIEUR EUGÈNE RENDU

Turin, 4 décembre 1864.

Cher ami, je ne me suis pas trompé dans mes prévisions. Le coup est parti et il a porté 1 . J'étais dans l'at-

1. On écrivait de Turin, .sous la date du 4 décembre, au journal des Débats : « Le discours annoncé de M. Massimo d'Azeglio avait attiré

tente du sifflet; au lieu de cela, la condamnation de Roma o morte a été reçue aux applaudissements non-seulement du Sénat, mais des tribunes 1 !

hier une grande affluence au palais Madama. Le nom de M. d'Azeglio est entouré ici d'une véritable auréole. Il a non-seulement le prestige du talent, mais celui de la loyauté du caractère, de l'élévation des sentiments, qualités d'autant plus appréciées qu'elles deviennent plus rares. Aussi son discours , qu'il a dû faire lire, a-t-il été écouté avec une religieuse attention, et a-t-il été suivi d'applaudissements unanimes. Il ne flattait cependant personne, et il s'écartait même, sur des points essentiels, des idées généralement acceptées.

« M. d'Azeglio a le premier proposé Florence pour capitale il y a trois ans, et même pour capitale définitive. Son id£e ne paraît pas avoir changé depuis lors. 11 veut qu'on laisse Rome au pape, non pour y gouverner, mais pour y régner. •

1 . On croit devoir traduire ici la plus grande partie du discours de M. d'Azeglio. Ce discours conserve aujourd'hui toute son importance. Les Italiens ne méconnaîtront pas une voix qui , avec plus d'autorité que jamais, s'adresse à eux du fond de la tombe.

Le nœud de toutes les complications actuelles, c'est la question de Rome.

La fureur d'avoir Rome pour capitale a servi les intérêts de bien des gens. Je ne suis pas certain qu'elle ait servi les intérêts de l'Italie.

C'est un fait que ceux qui ne connaissent pas le dessous des cartes , et le travail des sociétés secrètes ou non secrètes , manifestent quelque étonnement de l'extrême importance que donnent les Italiens à l'objet d'une ambition classique; il eût semblé que Venise et le quadrilatère pouvaient avoir aussi une certaine influence sur l'indépendance et l'unité nationales.

a Nous autres Anglais, disait dernièrement lord Stanley au banquet « politique de King's Lynn , nous pouvons difficilement comprendre « l'importance suprême que les Italiens attachent à la possession « d'une cité en ruines, qui n'offre aucun avantage au point de vue « militaire ou commercial, laquelle, en un mot, n'est plus qu'un nom « historique. Mais, en dernière analyse , s'ils croient trouver leur ce compte à se mettre eu lutte avec le clergé et les fidèles qui sont , en « Italie, une armée puissante ; à s'attirer l'animadversion des gouver-

Je vous envoie une demi-douzaine d'exemplaires, et si quelqu'un désire patronner notre idée, i] n'a qu à battre le fer tandis qu'il est chaud. Je ne dis pas que tout le

« nements catholiques, libre à eux!... » — Avoues qu'on ne saurait nous railler avec plus de grâce et plus de bon sens. (Mouvement.)

J'entends des gens me répondre : « Nous voulons arracher Rome au pape, en haine d'un pouvoir qui, de tout temps, a appelé l'étranger en Italie. » Oui, dans les tendances qui poussent les italiens vers Rome, entre pour beaucoup un motif et, mieux encore, un double motif de haine. Eh bien, la haine est la plus mauvaise des conseillères pour tout le monde, et surtout pour les hommes d'État!

J'avoue qu'à mon sens le moment n'était pas encore venu d'enlever le gouvernement de son siège antique; et je pense toujours du reste, comme il y a quatre ans, que le moment venu, il était bon, en effet, de le placer à Florence.

On ne peut gouverner de Turin , répète-t-on : très-bien, surtout si Ton a un ministère incapable de gouverner. (Sourires.) Je seraig curieux de savoir, par exemple, si le déficit est uniquement l'effet de l'air de Turin. (Hilarité.)

Quoi qu'il en soit , nous sommes d'accord ; on ne pouvait pas s'éterniser ici, encore bien qu'il ne fût pas nécessaire de déménager à bride abattue, comme si le feu eût été aux ministères. Le sort en est donc jeté ; et je me borne à dire que si la convention a pour effet de calmer l'Italie, et de mettre fin à l'agitation qui se fait pour la capitale ; si Ton commence, par suite , à gouverner sérieusement, à introduire un peu d'ordre en toutes choses , à donner une forme raisonnable au système des impôts, à trouver des remèdes au mécontentement et à la défiance des populations; oh ! alors, je bénirai le traité : il sera la fortune de l'Italie .

Si , au contraire , la convention réveille plus ardente la croisade entreprise, pour aller plus loin encore ; si nous ne voulons ni ne pouvons nous mettre à faire les affaires du pays , alors elle sera pour nous une calamité.

« L'Italie, disait le comte de Cavour, qu'il n'est pas certain qu'on ait bien compris, l'Italie aura Rome lorsque la France et le monde catholique seront convaincus que l'autorité et l'indépendance du souverain pontife n'en seront pas affaiblies. »>

11 suffit de jeter un coup d'œil sur l'Europe pour apprécier les progrès que nous avons faits dans la confiance du monde catholique ; et

monde sera converti en Italie, mais l'arrêt du Sénat est déjà un appoint qni n'est pas à dédaigner. On me dit que les journaux sont unanimes; et il y a

pour juger de ceux que noua avons faits dans la confiance de la France, c'est assez de jeter les yeux sur le traité , le premier, à ma connaissance, qui ait stipulé la nécessité d'un -gage pour la signature d'un prince de la maison de Savoie.

Je dirai un mot de cela tout à l'heure ; mais je crois nécessaire d'abord d'éclaircir quelques idées.

Il y a une grande différence entre .Rome capitale et Rome simplement ville italienne , selon le plan exposé dans mon programme , avec les droits et les charges de toute autre ville, érigée en municipe pour son administration communale , sous la souveraineté nominale du pape.

La première hypothèse trouble les consciences et nous met à dos toute la catholicité. La seconde n'effrayerait pas le catholicisme, et les consciences pourraient s'en accommoder.

Je sais très-bien que ce système lui-même présente des difficultés ; mais qu'y a-t-il de facile dans la question romaine?

Seulement, j'aurais voulu que nos plénipotentiaires eussent mis en avant, parmi les éléments de la négociation , le droit des Romains (les seuls que personne ne songe à nommer dans la question de Home) à se créer un gouvernement de leur choix, dans les limites, — je me hâte de l'ajouter, — nécessairement imposées par les conditions exceptionnelles „ où se trouve la papauté vis-à-vis du monde entier. Et ici se fait l'ap-plication de l'axiome : « L'absolu est le pire ennemi de la bonne politique. »

J'ai encore un souvenir assez présent des affaires pour me rendre compte de la difficulté qu'il y avait à faire entrer la mention d'un tel droit dans le protocole. On le pouvait cependant. Une affirmation, même sans effet présent, a de l'importance pour l'avenir, en matière de droit.

Et maintenant je crois opportun d'appeler l'attention du Sénat et, si je le pouvais, de l'Italie et de l'Europe, sur deux vérités que je vois toujours enveloppées de nuages, tandis qu'il serait si important qu'elles apparussent limpides et claires.

Ces deux vérités sont celles-ci :

Le catholicisme, d'un côté , ne peut pas ne point reconnaître qu' i serait injuste, et impossible à la longue, de vouloir soumettre par la

un moment, un de ces visiteurs que vous amène toujours le bon vent, s'écriait : « Mais, mon Dieu, qui est-ce qui pense encore à Rome ? » Comme ce courtisan à Louis XIV : « Eh, Sire, qui est-ce qui ade3 dents? »

force des centaines de mille âmes a un mode de gouvernement en contradiction avec les exigences raisonnables de la civilisation du dixneuvième siècle; il doit admettre que dès l'instant que, le pape est en possession de la liberté, de l'indépendance, de Finvlolabilité de prince souverain; qu'il a les moyens de se tenir en communication permanente avec le monde catholique , et de le gouverner en matière dogmatique, disciplinaire, bénéficiaire, etc., etc.; il doit, dis-je, admettre que les Romains vivent de la vie générale de notre temps, et que le pape soit leur souverain purement nominal.

L'Italie , d'autre part , doit comprendre que lw catholicisme, que la communion la plus ancienne et la plus nombreuse de la chrétienté ; que la confmunion si merveilleusement organisée , dans sa hiérarchie , pour la transmission immédiate et puissante de la volonté suprême ; que le culte -intimement uni aux forces les plus vives de la société, ne veuille pas renoncer, sans une lutte acharnée, au Siège où sont accumulés, depuis dix-huit siècles, les monuments les plus vénérés de la foi.

L'homme d'État digne de ce nom , qu'il ait ou qu'il n'ait pas une foi religieuse, sait accepter les faits. Je serais curieux de savoir s'il viendrait jamais dans la tête du ministre le plus voltairien de la Sublime-Porte de mettre la Mecque à sac.

J'ai peine à concevoir que le catholicisme puisse jamais comprendre, à côté du pape au Vatican, le roi d'Italie au Gapitole. Eh bien , je le demande, sommes-nous disposés à une lutte avec la catholicité? Nous conviendrait-il de l'affronter? (Mouvement,)

Dès que les deux vérités dont j'ai parlé seraient admises de part et d'autre , quelle conciliation naturelle ne se produirait pas dans le monde! conciliation non-seulement religieuse, mais politique et civile ! tandis qu'aujourd'hui le malaise moral a envahi toutes les classes de la société î

Et si ce que je vous dis est vrai , toutes les puissances sociales , gouvernement, ministres, écrivains, hommes influents, auraient le devoir strict d'éclairer l'opinion publique, au lieu de la laisser en proie à tant d'illusions et de mensonges , tantôt pour une vaine fumée de popularité, tantôt pour trouver un appui à de vulgaires ambitions.

Qu'on fasse, d'ailleurs, ce que l'on voudra, aucun des deux camps

Si quelques incidents se présentent, je vous le manderai.

Adieu, in fretta.

ne peut espérer la victoire entière. Il n'y a qu'une issue possible : la transaction.

Jamais l'Italie ne se persuadera que la souveraineté nominale du pape soit la ruine de la religion. — Jamais le catholicisme n'admettra que Florence capitale soit la ruine de l'Italie.

Quoi ! il faudrait donc que le monde fût condamné à vivre toujours en péril et sur le qui-vive , parce que les uns ne voudraient pas renoncer à la motte de terre du P. Laeordaire, et les autres aux ruines d'une cité qui, depuis Dioclétien, n'a jamais été vraiment capitale que de la Chrétienté, — ce qui est bien quelque chose!

J'aurais voulu, je l'avoue, que, grâce à la convention, la question eût été placée sur son véritable terrain ; mais je le sais trop, le désirable et le possible sont deux. Espérons pourtant qu'on obtiendra plus tard ce qu'on ne peut réaliser aujourd'hui; souhaitons que la diplomatie elle-même fasse un progrès, et qu'à l'avenir les iraités soient conclus pour être exécutés et non tout exprès pour être violés, c'est-àdire que les traités aient enfin pour but de consacrer le juste et non de l'étouffer:

Il est des gens qui , pour la solution de la question romaine, comptent sur les progrès de la civilisation générale, c'est-à-dire , si je ne me trompe, sur l'affaiblissement delà foi religieuse. Deux mots seulement sur ce point.

Je ne me fais pas une idée claire, je i'avoue, des moyens qu'emploiera le progrès pour persuader au pape futur de renoncer spontanément à sa souveraineté ; et si le pape tout le premier n'a pas cette résolution, alors comme aujourd'hui, ce sera doue une question de force matérielle P

Quant à l'extinction de la foi religieuse, j'admets, si telle est l'ambition de quelques-uns, la possibilité d'une époque ou nos neveux verront les colonnes qui soutiennent la coupole de Michel-Ange s'élever seules , couvertes de lierre, au milieu d'un amas de ruines. Mais, croyez-moi, n'attendons pas cette époque; c'est aujourd'hui qu'il faut prendre un parti. La coupole de Saint-Pierre est ferme sur sa base, et il me paraît prudent d'en tenir compte parmi les matériaux de notre édifice national. (Sensation*)

J'ajoute que le pouvoir pontifical modifié comme je lu comprends

DE M. d'aZEGLIO. M7

AU MÊME

Turin, 10 décembre 1864.

Mon cher ami, ce que vous avez obtenu dépasse toutes mes espérances. L'article de la France du 9 courant

serait pour l'Italie , c'est ma conviction, — non pas un mal (comme j'accorde qu'il Ta été sous sa forme précédente), mais un grand avantage; et j'ajoute encore que la conciliation , lorsqu'elle se fera, n'aura pas lieu, je pense, d'après la célèbre formule : « l'Église libre dans l'État libre. » Sans entrer dans une discussion qui mènerait trop loin, je ne puis taire cependant que cette phrase est , à mes yeux, un mot de circonstance qui, à l'heure qu'il est, a fait son service. (Hilarité.)

Revenons à la convention.

Selon nos plénipotentiaires , on n'avait pas renoncé à Rome ; selon les documents français, on y avait renoncé. Selon notre presse officielle, on n'y avait pas renoncé ; selon la presse officielle française, on y avait renoncé. (Mouvement.)

Je ne sais si ces énigmes contribuent beaucoup à assurer le crédit d'un gouvernement réduit à vivre d'équivoques. Ce que je sais, c'est que la société moderne, et l'Italie surtout auraient grand besoin et auraient droit de recevoir d'en haut, et de tout pouvoir sans exception, de bons et de nobles exemples ; sans cela on ne pourra pas se plaindre si les autorités de divers ordre se discréditent et perdent toute force morale.

Mais les commentaires n'étaient pas finis : il s'en produisit un dernier qui semble le plus clair de tous.

L'Italie affirme : « J'attends le progrès,» la civilisation ; et quand il me dira : Le moment est venu ! je déclare dès à présent que j'agirai selon mes convenances. »

La France répond : « Quand votre moment sera venu, j'agirai, moi; selon mes intérêts. »

Ce qui veut dire en bon italien que chacun conserve sa propre opinion, et qu'on a eu l'habileté de faire un traité en bon accord sur tout, sauf sur les bases. (Hilarité.)

Le bénéfice le plus net a été qu'on a transporté la capitale loin de Turin. Soit, allons à Florence! Mais qu'il soit permis à un vieillard

ouvre la voie, el, des deux côtés, on peut entrer en matière. Malheureusement, chez nous, la France est au ban de toutes les médiocrités et de tous les pretrofobi. Jugez quelle séquelle !

qui a beaucoup pensé, à l'Italie et aux bases sur lesquelles se fondent les Étals, de donner ici un avis.

Persuadons-nous que les nations se gouvernent bien et fleurissent, quand elles sont conduites par des hommes honnêtes, d'un caractère ferme et prudent, qui respectent leur propre dignité (Bravos! bien! bien /), intègres et prêts au sac ri û ce. Si elles sont conduites, au contraire, par des hommes de toutes mains, de peu de caractère et de peu de jugement, mettez le gouvernement à Turin, à Rome ou & Florence, où tous voudrez, ce sera loujours la même chose , et tout ira de mal en pire. (Bravos! bien!)

Maintenant donc, la capitale une fois trouvée, que Ton pense à l'avenir, et qu'on cherche de bonnes et régulières administrations; et, quant à la ville de Florence, je ne doute point qu'on y puisse créer un milieu dans lequel prospère le gouvernement de la dignité et du sacrifice, et où devienne impossible celui de l'intrigue et de la spéculation. (Bravos! bravos! lrès~bien!)

La convention une fois stipulée, on nous a dit : « Donnez-nous une garantie. » Ce qui, entre particuliers, se traduirait par gage en main; et la garantie a été accordée.

Qu'il m 3 soit permis de rappeler un temps où nous donnions, nous aussi, une garantie ; mais cette garantie était notre signature, et elle était tenue pour bonne. (Bravos! bravos!) 11 a couru à cette époque un mot du prince Schwarzenberg : « Si le ministre sarde l'affirme, on peut le croire. » On ne dit pas qu'on ait parlé de gage 1

Et je n'entends point par là être hostile aux ministres tombés. Us ont certainement agi du mieux qu'ils ont pu; je veux seulement montrer la nécessité, l'urgence de reconquérir a l'étranger et même à l'intérieur celle réputation, celle dignité, cette confiance qui, selon le comte de Gavour, sont les conditions sine qua non de notre entrée au Capitole. {Rires.)

Après avoir énuméré les côtés faibles de la convention, la justice me commande d'en exposer aussi les avantages.

Etranger! en Italie, c'est un mot sinistre. Qui a lu notre histoire depuis Odoacrc jusqu'à nos jours en sait la raison. C'est pourquoi il ne me plaît pas d'appliquer ce mol au corps d'occupation français,

Quelqu'un me disait que le ministère des affaires étrangères, chez vous, ne voyait pas de mauvais œil le nouveau mouvement; cela étant, nous aurions là un solide appui. Si les journaux officieux s'en mêlaient,

fraction de celle noble armée à laquelle, ainsi qu'à son chef, l'Ilalic doit uno reconnaissance éternelle. Mais le cœur de la France est haut placé. Par le sentiment qu'elle éprouve en matière d'indépendance elle jugera du mien , et je suis sûr d'être compris. Nous ne pouvons pas nous dissimuler que les réserves de liberté d'action déclarées dernièrement par les deux parties réduisent le bénéfice de l'évacuation a un état singulièrement précaire. En un mot, les caractères du traité sont l'obscurité et l'incertitude. 11 est vrai que si l'Italie l'eût compris, elle l'eût peut-être un peu moins acclamé. (Hilarité.)

Un autre avantage de la convention , c'est celui de nous unir plus étroilement à la France et à l'Empereur Napoléon , l'ami le plus véritable qu'ait jamais eu l'Italie. On arrivera ainsi à mettre mieux en harmonie les tendances politiques des deux peuples qui ont entre eux cent motifs de confiance et pas un d'arrière-pensée hostile. (Bravo! Trèsbien! Applaudissements»)

La convention peut avoir un dernier avantage, et celui-là serait le plus grand de tous : c'est de faire cesser désormais, parmi nous, les haines et les rancunes , les anciennes jalousies ; c'est que le Piémont lui-même obtienne enfin amnistie complète (sourires), et qu'il se forme une Italie vraiment unie de cœur et de volontés, comme elle est unie de cités et de provinces.

Je me résume en deux mots.

Si le traité, en mettant fin à l'agitation qui a Rome pour sujet, en nous procurant un appui plus solide de la part de la France , nous donne le moyen de pouvoir gouverner, de faire des économies, de rétablir notre crédit moral et matériel, et d'arriver à nous organiser d'une manière stable et durable, je me réjouirai de ce traité en fâchant d'oublier toutefois à quelle épreuve il a fait descendre notre signature.

Dans le cas contraire, j'attendrai.

Messieurs, j'ouvre l'histoire, et j'y vois qu'en l'année 1045 la maison de Savoie et le Piémont s'unirent pour se mettre en marche dans la voie qu'ils devaient parcourir ensemble, huit siècles durant, sans jamais se rompre la foi. Exemple unique en Europe! Cet ensemble, qui

l'effet en Italie serait bien plus important. De toute mataière, l'essentiel était de rompre l'uniformité stupide de Borna o morte ! et de lancer l'idée nouvelle; si elle •est bonne, elle fera comme la boule de neige; sinon, elle disparaîtra. Il est bon de mettre tout projet à cette contre-épreuve.

Hier le traité a été voté au Sénat. 47 contre, et à peu près \ 35 pour : nous étions aux lumières; le plus profond silence régnait dans les tribunes et sur les stalles des sénateurs appelés, un à un, à déposer leurs votes dans l'urne. C'était morne et.recueilli comme des funérailles. Dieu seul voit les conséquences de cet acte î Espérons.

Tout à vous et mille fois merci.

s'appela le Piémont, a toujours maintenu sa dynastie nationale, et dans le cours de huit cents années, sans jamais avoir connu le joug, il a su pratiquer le sacrifice et rester fidèle à l'honneur. (Bravo! Très<bien.)

Aujourd'hui, nous le savons et nous sommes d'accord : oui, notre antique État doit disparaître , comme disparaît le germe du froment lorsque l'épi est formé. Mais on ne renonce pas à tant de faits, de traditions, de souvenirs d'honneur sans que le cœur soit brisé! {Mouvement prolongé.)

Quand la nouvelle épousée sort de la maison où elle naquit, ses parents ont consenti et voulu; mais si, en ce moment, leur àme est percée d'un glaive, qui leur en fera un reproche? [Très-bien' 1 . Applaudissements.)

Et moi aussi, puisque la nation le veut; puisque, dans l'état présent de nos affaires , un traité douloureux est un mal moindre que la division des esprits, d'un cœur triste j'accepte ce traité. (Bravos.)

Ce* sacrifice, Turin et le Piémont , j'en suis convaincu, l'acceptent également. Les anciens disaient déjà : Malo assuetus Ligur. — Nous saurons montrer que nous ne sommes pas moins forts que nos aïeux . (Bravos.)

Que Dieu veuille faire tourner ce traité à l'avantage de l'Italie, et réformer le jugement sévère qui nous accable depuis tant de siècles ; sous le poids duquel, au lieu de nous rendre indépendants et forts en nous donnant sympathie et aide réciproques , nous avons trouvé dans les jalousies et les haines civiles la faiblesse et la servitude. (Applaudis* sements unanimes et prolongés. )

GXLIII AU MÊME.

Pise, 15 janvier 1865, hôtel Grande-Bretagne.

Cher ami, je reçois votre bonne lettre du \ \ . J'ignorais le pronunciamento des Débats qui me paraît fort important. J'avais déjà remarqué que, dans la France et autres journaux, de temps en temps on revient sur notre projet. Si réellement on pouvait se rallier à une pareille solution, quel immense apaisement partout, quel profit pour tout le monde et pour le sentiment religieux surtout!

M. Cousin m'a écrit de Cannes à ce sujet, prenant occasion de mon discours; lui comme M. Thiers, me mandet-il, ne voient pas d'objection sérieuse à notre plan ; au moins, c'est ce qui me paraît résulter de sa lettre, M. Thiers pourrait, à mon sens, concilier sur ce terrain les engagements qu'il me paraît avoir avec l'opposition, avec ses instincts conservateurs, et même ses sentiments catholiques, si pourtant il s'en préoccupe beaucoup, ce que j'ignore.

En répondant à M. Cousin, j'ai invoqué l'appui de tous les deux; si nous pouvions l'obtenir plus ou moins complet, ce serait, il me semble, d'une sérieuse importance. J'ai aussi parlé à M. Cousin de Y Encyclique, et j'avoue que je suis moins papiste que lui en ce moment. Quand je dis moins papiste, ce n'est pas que je veuille attaquer le pape ; je regrette au contraire qu'il s'attaque lui-même, et j'enrage de voir la religion de mon pays se porter de si terribles coups. Il y a des gens atteints de la monomanie du suicide; leurs amis ont beau les surveiller, ils trouvent toujours le bon moment de se jeter par la fenêtre. Que faire à cela? — On répond : mais ne trouvezvous pas une véritable grandeur dans l'acte du Saint-

Père qui, au milieu de périls sans nombre, s'oublie luimême pour ne penser qu'aux doctrines, et pour jeter le défi aux théories et aux faits qui le menacent? — Eh! mon Dieu, je réplique, moi : Jésus-Christ, qui s'y entendait apparemment , a jeté , lui le' premier, le défi aux théories et aux faits, mais c'était en s'immolant et en disant : € Remettez l'épée au fourreau! » Depuis ce tempslà, le christianisme n'est fort que par l'immolation. Pour lui, toute politique autre que le sacrifice est une forfaiture d'abord, et un détestable calcul ensuite. J'ajoute ceci : Le Christ n'a parlé qu'une fois politique; c'a été pour dire : « Rendez à César, etc., » c'est-à-dire pour fonder la séparation du spirituel et du temporel. D'après cela, je juge et je conclus; et je crois être chrétien.

Tenez, je suis vivement frappé du contraste qui existe entre le langage des journaux soi-disant religieux et la réalité historique. Il n'est question chez eux que de la prudence traditionnelle, de l'esprit de justice et de paix, de la douceur de la politique des papes!.. Mais, grand Dieu ! ce qu'il faudrait dire, c'est qu'en abandonnant le point de vue dont je parlais, en acceptant les nécessités qui s'imposent aux gouvernements vulgaires, c'est-à-dire en échangeant la Suzeraineté de la grande époque religieuse contre la Souveraineté directe des princes ordinaires des trois derniers siècles; en un mot, en voulant, eux représentants du Christ, « faire comme les autres, »

— ce qui révolte , — ils ont, à force d'imprudence et de rigueurs et de contre-sens politiques, perdu la moitié de leur domaine spirituel, — est-ce vrai, oui ou non?

— et la presque totalité de la motte de terre. Et à cette école-là, a-t-on appris quelque chose? Demandez-le à Rome!

Donc, l'occasion me semble opportune pour en finir avec la souveraineté réelle, cette innovation du seizième siècle. Jamais nécessité n'a été mieux démontrée. Le

thème me fait l'effet d'être simple. Que le pape publie ses opinions sur plusieurs points des sciences politiques, nul ne peut trouver à y redire; mais s'il prétend trancher ces questions de par une infaillibilité surnaturelle, il force à lui répondre qu'il -est aussi peu compétent aujourd'hui en politique, qu'il l'était en astronomie au temps de GaliWe. Enfin ! . . .

Vous me demandez si, chez nous, l'opinion se modifie chez les gros bonnets. Mais ne l'oubliez donc pas, les gros comme les petits ont toujours trouvé Roma o morte slupide : je parle des gens sensés. La Révolution elle-même comprenait et comprend l'inanité de ce projet; mais vous avez vu combien d'intérêts ont été servis par ce mot d'ordre. C'est comme la Pologne chez vous. Assurément la tourbe des badauds prend cela argent comptant . II y a même des gens haut placés, appartenant à la classe susdite, qui y croient, tels que R"\ Mais je ne vous dis que ceci : tandis que Pepoli faisait son fameux discours entre la poire et le fromage, et que Nigra écrivait sa note explicative, le comte Pasolini , ami de Minghetti , vint à Cannero, envoyé par celui-ci, pour m'informer de la convention déjà signée. Il n'y avait rien à dire, et je me bornai à observer qu'on n'avait rien prévu ni préparé; c'était le 16 ou le M septembre ! Vous savez ce qui s'ensuivit.

Ce qui me frappa, ce fut que Pasolini, comme conclusion, s'écria : « Finalmente grazie a Dio, siamo liberati di Roma. » Concluez vous-même. Le procès sera jugé au Corps législatif. Nous n'avons pas longtemps à attendre.

AU MÊME

Pise, 1 er avril 1865.

Mon cher ami, il y a un siècle que nous ne nous sommes écrit, et je viens vous demander des nouvelles

de vous et des vôtres. Pour ce qui me regarde, voilà trois mois que je contemple l'Arno de ma croisée; et je ne vais pas mal, malgré la saison diabolique qui nous poursuit : vent froid, persistant, avec giboulées et le bataclan. Ceux qui sont venus à Pi se pour guérir leurs toux!...

J'ai suivi les débats du Sénat; voulez-vous me permettre de dire franchement mes impressions? Il me semble que la question n'a pas fait un pas vers une solution; à mon sens, la discussion a manqué de contrepoids. Pas un mot des populations romaines, comme si elles n'existaient pas ! En même temps on loue l'Empereur d'avoir conseillé à l'Allemagne de ne pas disposer des duchés sans les consulter! Ne craignez-vous pas que ce ne soit faire, à Rome, la partie belle à la révolution? Si , au lieu de torturer le Syllahus et de faire l'éloge du Ghetto de Rome, on avait nettement posé les questions de droit, on aurait, ce semble, été mieux venu à demander aux Romains les sacrifices proclamés nécessaires. Un homme très-important m'écrivait il y a deux mois, à propos de la souveraineté nominale : « Il ne faut pas prétendre faire du définitif. » On n'en fait déjà pas trop, sans le vouloir, et je ne m'explique pas une pareille quiétude. Et pourtant voilà les idées qui dominent ! après quoi il n'y a qu'à dire : Patience, attendons. On ne peut pas faire mûrir les questions comme les ananas en serre chaude; il faut qu'elles mûrissent d'elles-mêmes.

Et nos abolitionistes de la peine de mort, qu'en ditesvous? Ce vote est, en partie, je crois, une réclame de réélection ; en partie aussi, c'est un de ces mots d'ordre que la révolution fait miroiter pour raviver la foi dans les mortes saisons. Du reste, le Sénat nous conservera, bien sûr, le privilège d'être pendus, selon la vieille tradition transmise intacte depuis Aman et Mardochée.

Rappelez-moi au souvenir de la colonie d'Évian.

Tout à vous.

AU MÊME

juin 1865.

Mon cher ami, je viens de lire et la Lettre de Rome du duc de Persigny, et la réponse de M. Veuillot. L'idée de la Suzeraineté a fait du chemin, puisque le duc la patronne; et son adhésion pourrait bien en assurer le\ triomphe. La suzeraineté des papes a été le régime de la' commune de Rome dans les temps de la plus vive ferveur catholique : vous aviez mis ce point historique hors de conteste. Or ce point est décisif, et le voici adopté, comme un élément de la solution à intervenir, par les hommes d'État. En même temps M. de Persigny se prononce très-nettement contre l'idée de Borne capitale 1 , et il est du plus haut intérêt que la frénésie contre laquelle j'ai lutté, coûte que coûte, en Italie, depuis cinq ans, soit traitée pour ce qu'elle vaut par un homme de cette importance. J'en suis plus heureux que je ne le puis dire. Dieu nous soit en aide!

1. « C'est qu'en effet, si le projet de Rome pour capitale est de nature à séduire les imaginations, il ne satisfait pas également aux exigences de la raison et aux intérêts de la politique. Et d'abord qu y a-t-il de commun entre l'Italie moderne et la Rome des consuls, des empereurs et des papes P Qui oserait de nos jours, sans avoir conquis l'univers, relever la formule célèbre Senalus populusque romanus, fouler les dalles de la voie Sacrée et monter au Capitole? Et si ces grandes choses ne peuvent se répéter, pourquoi Rome? La Rome antique écraserait l'Italie de tout le poids de l'histoire. Cette prétention de l'Italie moderne en face de la Rome païenne serait puérile, comme en face de la Rome catholique elle pourrait être odieuse. Au milieu de cette in* nombrable quantité d'églises , de monuments religieux de tout genre et de toute magnificence, que ferait l'Italie? Constituée, organisée , enrichie depuis des siècles par la piété des fidèles du monde entier, Rome doit rester le bien, le centre, l'apanage commun de toutes les puissances catholiques. » (Lettre de Rome, p, 15.)

La solution définitive, l'ami de l'Empereur l'entrevoit 1 ; et s'il en est ainsi, nous voici sur la grande route.

Quant au guêpier italien, que vous en dire? La manière de M. Veuillot a pour moi une certaine saveur, je ne vous le dissimule pas. Cet homme-là manie, autant que j'en puis juger, la véritable langue française. C'est un composé de M me de Sévigné et de Rabelais, si j'ose dire, qui ne manque pas de sel. Mais quant au fond, franchement c'est à désespérer de la raison humaine de voir les questions italiennes, je ne dis pas traitées, mais vilipendées de cette façon. M. Veuillot est-il de bonne foi? Rien ne m'autorise à dire le contraire; mais alors c'est une ignorance de notre histoire, une absence de la faculté de discerner et de juger, un don de fausser le sens des faits et d'altérer les rapports des choses, qui dépassent toute expression. Qu'espérer d'un parti dont un tel homme semble le représentant avoué? Au surplus, quand on a

1. « Et d'abord, Rome doit être prévenue d'une manière claire et catégorique que des intérêts d'un ordre supérieur ne permettent pas à l'Europe catholique de consentir à sa réunion avec l'Italie. La population romaine, qui. est du reste très-douce de mœurs et remarquablement intelligente, n'en sera pas étonnée; elle en a déjà le sentiment. Mais comme elle est italienne dans l'âme, en même temps qu'elle a les griefs les plus sérieux contre son gouvernement, il faut nécessairement que, d'une part, la cause de ces griefs disparaisse , et que de l'autre elle soit rattachée à l'Italie par un lien capable de satisfaire aux intérêts comme aux affections de cette population. Or l'idée qui m'a paru pouvoir être acceptée avec le plus de faveur a Home , c'est que les sujets du pape soient considérés comme Italiens; que, tout en conservant leur qualité de citoyens romains, ils puissent servir en Italie, entrer dans toutes les carrières civiles et militaires, circuler librement et sans entraves de douanes et de police, comme de véritables Italiens; enfin que Rome, sous hi gouvernement ponlifical, soit comme un terrain neutre, un asile facré au milieu de la patrie commune, ou les deux sentiments, la vénération pour le saint-père et l'amour pour l'Italie, se confondent dans une aspiration commune. » (p. 25.)

écrit cette phrase : Je suis de ceux qui pensent encore qu'il n'y avait pas de question d'Italie quant aux peuples italiens; que partout, en Italie, le peuple était gouverné suivant son génie et son bon sens; » quand on a écrit cela depuis les événements de 4859, on a donné sa mesure. N'en parlons plus.

Il est triste, — croyez-le, mais vous le savez aussi bien que moi, — pour les gens qui voudraient rester catholiques en Italie, de voir le catholicisme défendu par de telles armes :

Non lali auxilio

Il en sera ce qu'il plaira à Dieu f

GXLVI AU MÊME.

Cannero, 4 août 1 8 6 > .

Un de ces quatre matins vous allez recevoir une brochure de ma façon; je ne veux pas qu'elle tombe sur vous sans crier gare; vous auriez le droit de dire que je tourne à l'archevêque de Grenade : c'est peut-être vrai ; mais je tiens à vous expliquer la raison d'être de ladite brochure.

Notre grande question, c'est la nouvelle Chambre; les électeurs italiens se composent pour un tiers de gens portant des bottes vernies; pour l'autre tiers, de gens qui n'en portent pas du tout ; et le dernier tiers, de troglodites ou à peu près.

Comme vous voyez, je m'adresse à un auditoire passablement bariolé : le moyen d'écrire quelque chose qui puisse aller à tout le monde? C'était pourtant là le problème qu'il fallait résoudre 1 ; et je me suis laissé dire par

1. M. d'Azeglio exhortait ses compatriotes ù montrer des vertus chiques, et à justifier, par la forte prudence d'un peuple en possession

mes amis, La Marmora. et d'autres, que c'était à moi d'essayer. J'ai dû être élémentaire jusqu'à la naïveté, j'allais dire jusqu'à la niaiserie; et si j'ai dégringolé, je demande grâce en raison de la difficulté delt assunto.

de lui-même, le mot célèbre : Vltalia farù da se. En 1865 comme en 1849, il entendait servir son pays, non le flatter. « En peu d'années, pent-on dire , il s'est fait beaucoup de choses , 11 s*est fait des miracles. Très-bien, mais doucement! Avant de nous enorgueillir, séparons exactement notre œuvre personnelle de l'œuvre de la Providence ; peut-être trouvera- 1- on que la part la plus importante ne doit pas être portée à notre compte.

« Quelle que soit cette proportion , le fait est qu'à l'heure présente l'entreprise est confiée exclusivement à des mains italiennes ; il n'y a plus aujourd'hui ni détours ni prétextes; il ne s'agit plus d'une bataille où un incident imprévu peut rendre inutiles les inspirations du sens le plus élevé. C'est ici une partie d'échecs : tout est entre les mains du joueur. Qui perd ne peut dire qu'une chose, c'est qu'il n'a pas su jouer.

« La nouvelle législature sera la résultante du bon sens, de la sagacité, du patriotisme des électeurs ; s'ils se trompent , point d'excuses acceptables, car on ne peut procéder à des élections avec une liberté plus absolue, dans un calme plus parfait, plus à l'abri de toute pression, et à la lumière de plus d'exemples des nations étrangères.

« Si, en de telles circonstances , l'Italie ne se conduisait pas comme une grande nation ; si le caractère italien ne s'élevait pas au niveau de fortunes inespérées; si les étrangers pouvaient encore nous jeter au visage les ironies que chacun sait, il ne serait plus temps de reprendre les vieilles plaintes : « Et l'Autriche ! et le roi de Naples ! et le duc de Modènel et la police! la censure, les espions, les jésuites!... » non; plus rien de tout cela !

« Et alors il n'y aurait plus qu'à dire et à entendre dire : « Les Italiens sont incapables de se gouverner. Les premiers aux bavardages, aux vanteries, aux entreprises hardies, mais courtes et folles ; si vient le temps du labeur sérieux, persévérant, du devoir obscur, pénible, où il faille du caractère et une résolution tenace , adieu alors ! plus d'Italiens ! » On dirait encore que loin de far da se , ils n'ont pas même su se laisser délivrer par d'autres ; et que ce sol, dont ils ont reçu la moitié en cadeau, ils n'ont pas su le mettre en œuvre. » {Agli £/e(fort,p. 40.)

L'Autriche et vos légitimistes ont fait tant et si bien (notre maladresse aidant) que nos négociations avec Rome on fait fiasco.

Je m'explique difficilement la quiétude avec laquelle on -s'en va à la dérive vers le moment de la grande échéance. On dirait que tout ça doit aller comme sur des roulettes. Nous verrons bien.

En attendant, tout ce qu'on nous donne à opposer au programme de Borna o morte, c'est toujours cet autre programme fort séduisantde cinq cent mille âmes condamnées à la machine pneumatique à perpétuité; et on croit que c'est là le moyen de désarmer la Révolution? Me permettez-vous de vous dire que dans vos Chambres tous les partis ont été représentés, hors le parti libéral dans le sens politique et chrétien tout ensemble? Que n'a-t-on dit aux Romains : pliez devant une nécessité invincible; mais au pape en même temps : transformez votre gouvernement 1 ! — A la grâce de Dieuî Ce ne sera pas faute d'avoir averti.

Pardon pour ma franchise ; mais je suis fort inquiet, je vous l'avoue. m

AU MÊME

Canner o, 15 septembre '1865.

Cher ami, je ne savais absolument rien de votre ennuyeuse indisposition,'dont je suis bien peiné. Heureusement il n'y paraît plus, d'après le ton de votre lettre, où votre amitié et vos gâteries pour votre vieil ami se trouvent à leur état normal. Je suis tout étonné du furore qui a pu absorber trois éditions en peu de jours, ce qui est inouï pour nous autres 2 . Bien sincèrement je croyais que tout

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