‹ L'Italie de 1847 à 1865Chapitre 73 sur 85 · Âgli Elettori, Lettera di Massimo d'Âzeglio · texte numérisé non relu

Âgli Elettori, Lettera di Massimo d'Âzeglio

cela était trop rebattu pour pouvoir être seulement remarqué. C*est curieux, la destinée des livres! J'explique le phénomène par la satiété qu'on éprouvait des paroloni, des hypocrisies A'amor patrio, du faux héroïsme; et puis on commençait à se douter que derrière ces masques s'abritaient nombre de pillards en train de s'organiser pour une grande battue; il est tout simple dès lors que tout ce qui n'est que simple et honnête ait paru sublime.

Maintenant il faudra voir, air attopratico^ ce qu'il en sera; et, sous ce rapport, je n'éprouve qu'une médiocre confiance, car c'est inimaginable quel gâchis de partis, de sectes, d'égoïsmes, d'intrigues de toute espèce nous entoure! Enfin, comme toujours, à la grâce de Dieu I

Je suis heureux de voir remarquée chez vous ma reconnaissance pour la France, pour l'Empereur et pour l'armée^ Je ne saurais l'exprimer par des paroles, tant elle

1. « Avant 1859, qui pensait à l'Italie une? Des sectaires, oui. 11 faut les avoir vus! Quelques exceptions à part, leur idéal était la France de Marat. Robespierre avec son Être suprême était un jésuite , bon à ouvrir la porte de la réaction. Qui donc entrevoyait Tunité? Pour moi, elle fut toujours le premier de mes désirs et la dernière de mes espérances. Or cette Italie non encore complète que nous avons , l'aurions-nous jamais obtenue sans Napoléon III et l'armée française ?

tt Oui, je le dis bien haut : Voilà nos bienfaiteurs! Et je le dis pour que chacun sache que je n'appartiens pas à ces sectes pour lesquelles la Lombardie délivrée et l'Italie ressuscilée ne sont pas une compensation de V échec porté à la Révolution, mais que j'appartiens h la phalange peu nombreuse, cela est vrai, de ceux qui croiraient s'abaisser, si, du moins, ù défaut d'autre moyen, ils ne cherchaient pas à s'acquitter de la dette, qu'ont créée de grands bienfaits par la reconnaissance la plus vive et la plus déclarée.

M Cette reconnaissance, le Piémont la doit ù l'Empereur d'une manière toute spéciale. Une intelligence moins haute que la sienne so serait peut-être déûée de nous, et n'aurait pas eslimé prudent de prendre pour compagnon d'avances un si petit pays. Lui, au contraire, a eu foi dans un peuple dont il connaissait l'histoire, et il a plu à Dieu que cette confiance n'ait pas été trompée.

DE M. D'âZEGLIO. 321

est vraie et profonde; et cette chienne de mauvaise presse de chez nous, qui n'a pas honte de vous injurier! Croyez bien pourtant qu'elle n'a pas d'écho hors des rangs de la démagogie.

Mon pauvre Cannero m'a tout l'air d'être définitivement condamné : c'est dommage pourtant 1 quelles bonnes causeries nous aurions pu faire ! c'était donc impossible? Patience! je ne désire que ce qui peut vous être agréable et utile.

GXLYIII AU MÊME.

Cannero, i5 noYembrc J86H.

Cher ami, oui, les députés sont nommés; nous les tenons : il reste à voir comment ils se tireront d'aJBFaire. Près de la moitié sont nouveaux; inutile de faire des statistiques, il faut les voir à l'œuvre. Le résultat le plus clair est que les électeurs n'étaient pas grands admirateurs

« Le duc de Persigny, dans sa lettre sur les affaires de Rome , dit que, dans la guerre de 1859, la France avait en vue un intérêt de premier ordre pour elle. 11 s'ingénie en quelque sorte à dispenser l'Italie de sa dette de reconnaissance.

« De telles paroles sont un irait d'exquise délicatesse; mais l'Italie, si elle les acceptait sans réserve , donnerait une triste idée do ses sentiments.

u Oui, cela est vrai, la France combattait pour la France, en combattant pour nous ; et n'était-ce pas là d'ailleurs un strict devoir pour qui se faisait prodigue de son sang?

< Mais, en même temps, c'est la première fols qu'un souverain, descendu en Italie avec une grande armée, en sortait laissant nos chaînes brisées au lieu de les avoir rendues plus pesantes.'

• Cela me suffit; jo ne pense pas autre chose. » {Agii Elefiorif p. 57.)

des ministres tombés. Si la nation eut été de leur avis, elle aurait dû non -seulement leur épargner la mortification du ballottage, mais, comme cela s'est fait pour Cavour et d'autres, elle aurait produit leur candidature dans plusieurs collèges.

Ainsi, les nouveaux tiraillements, les nouveaux impôts, et surtout la bande de loups qui s'était ruée sur le budget et qui s'était organisée dans la Chambre même, tout cela n'a pas l'air d'avoir fait fureur auprès des électeurs, et je suis ravi de voir qu'ils ne se sont pas gênés pour en dire leur sentiment. Tout l'état-major du ministère passé est resté sur le carreau : c'est un peu de leur faute. Ils ont publié des brochures-réclames montrant un peu trop la corde; ils se sont rués sur moi qui pourtant avais évité toute personnalité, et n'avais dit autre chose que d'élire des gens honnêtes et de ^bon sens. Ce n'était pas malin; je me suis vengé en leur demandant si désormais on ne pourrait plus citer les commandements de Dieu sans qu'ils criassent au fait personnel?

Le fait est que, un seul excepté, on les a tous mis à la porte; et, à mon sens, la leçon devait être donnée, mais pas si forte. Car enfin ce sont gens médiocres peut-être, mais frottés aux affaires de chaque jour, et nous ne sommes pas riches en ce genre.

Rome en est toujours au même point : tout ce monde que la convention a mis dans un cul-de-sac veut en sortir de manière ou d'autre; et quand on aura vu les talons de votre dernier soldat,... si, à ce moment-là, le système de la suzeraineté n'est pas en vigueur, et si le munictpio romain ne fonctionne pas en dehors de tout pouvoir ecclésiastique direct, « le pouvoir du pape planant dans une sphère élevée au-dessus des intérêts secondaires, » comme a dit l'Empereur dans sa lettre du 20 mai, en vérité, je ne sais ce qui arrivera.

A moins que je ne sais quels graves événements (il fait

noir du côté de l'Allemagne) ne viennent donner une face différente aux choses, et assurer une intervention nouvelle de ce grand organisateur, le temps!

Je suis, vous le savez, grand admirateur de l'Empereur, à ce point que je donnerais ma vie pour conserver la sienne; mais je ne puis comprendre comment, dans la convention du 15 septembre, il a passé sous silence le droit des populations romaines. Après cela, celui qui tient la barre sait tellement ce qu'il fait qu'on doit avoir confiance. Il a eu son idée^; voyons venir.

Je suis toujours ici brochant mes mémoires qui m'amusent à écrire, — ils auront toujours amusé quelqu'un, — et je n'éprouve nulle envie d'aller à ïapertura (de nos Chambres).

Adieu, cher ami, n'oubliez pas le vieil Ermite de Cannero.

1. L'Empereur disait, lors de l'ouverture de la session législative de 1865 (15 février) :

J'ai voulu rendre possible la solution d^un difficile problème. La convenUon du 15 septembre, dégagée d'interprétations passionnées, consacre deux grands principes : raffermissement du nouveau royaume" d'Italie et l'indépendance du saint-siége. L'état provisoire et précaire qui excitait tant d'alarmes va disparaître. Ce ne sont plus les membres épars de la patrie italienne cherchant à se rattacher par de faibles liens à un petit État situé au pied des Alpes; c'est un grand pays, qui, s'élevant au-dessus des préjugés locaux et méprisant des excitations irréfléchies, transporte hardiment au cœur de la Péninsule sa capitale, et la place au milieu des Apennins comme dans une citadelle imprenable. Par cet acte de patriotisme, l'Italie se constitue définitivement, et se réconcilie en même temps avec la catholicité ; elle s'engage à respecter l'indépendance du saint-siége , à protéger les frontières des États romains, et nous permet ainsi de retirer nos troupes. Le territoire pontifical, efficacement garanti, se trouve placé sous la sauvegarde d'un traité qui lie solennellement les deux gouvernements. La convention n'est donc pus une arme de guerre , mais une œuvre de paix et de conciliation. »

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