LE ROI SOLIVEAU
Au peuple-grenouille Vient un roi nouveau, Que Ton s'agenouille Devant Soliveau I J'avoue avec joie Que Dieu nous Teavoie; C'est commode et beau, Un roi Soliveau 1
Quel fracas dans l'onde Sa chute a produit I Les bûches au monde Font toujours du bruit.
Mais, d'un saut rapide, Muet et stupi<ie, Il revient sur l'eau, Le roi Soliveau.
Quand le peuple en masse Voit ce machin -là, Tout l'étang coasse :
« Gomment, c'est tout ça?
€ Il veut donc se fai^e « Siffler dans l'eau claire,
< Ce bruyant lourdaud, « Ce roi Soliveau?
« C'est lui qu'on couronne ?
« Ce tronc de trois sous?
a Jupin déraisonne c Ou se rit de nous.
« Sus donc, qu'on exile « Ce maître imbécile î
< Qu'on livre au barreau c Ce roi Soliveau f »
Paix donc, pauvres bêtes!
Acceptez les lois, Crapauds que vous êtes, D'un prince de bois f Loin qu'il pille et taille, Il permet qu'on piaille ; n est sans bourreau, Le roi Soliveau I
n cède à l'orage, Aux vents comme ils vont, Dandine, surnage.
Point ne pécbe au fond, Point ne fouille et sonde....
'Comme il sait le monde 1 Qu'il a de cerveau.
Le roi Soliveau I
Son front, s'il s'agite Et vient à plonger.
Remonte au plus vite....
Il est si léger I Le titre d'altesse Est plein de justesse Et va comme il faut Au roi Soliveau !
0 peuple, sommeille!
Veux-tu qu'au marais
Le serpent t'éveille !
Paix donc, dors en paix I En vain se rebiffe Qui n'a dent ni griffe :
Pour toi rien ne vaut Un roi Soliveau.
Quand un peuple en grâce A des biens si grands, De tout il se passe, Môme de bon sens....
Quel peuple docile !
Quel prince tranquille I Vivat et bravo Le roi Soliveau I
Les poésies de Giusti ne firent pas seulement du bmit, mais du bien. Elles secouèrent la torpeur nationale ; elles secondèrent le mouvement de 1830 à 1847. On sait rinauguration de l'Italie nouvelje. Elle s'entonna par un chant de clémence en plein Vatican. Giusti, malgré ses vers sur le pape Pierrot, eut la candeur de croire à cette renaissance romaine: Il se repentit du combat après cette apparence de victoire et il se reprocha ses coups de cravache et d'éperon. Sa poésie à Gino Capponi est un Peccavl de révolutionnaire pénitent. Guerrazzi m'a dit de lui : Il nous a aidé à démolir, mais a pris peur des décombres.
Cependant, même dans ses défaillances, il garda son indépendance et sa probité. Voici le début de son odeaii grand-duc, qui entrait dans les réformes. Ce'n'est 'pas la génuflexion d'un apostat, c'est la confession d'un citoyen. Jamais poète n'est revenu à son souverain avec une dignité plusfière.
GIUSEPPE GIUSTT. 41