‹ L'Italie est-elle la terre des morts? (volume 2)Chapitre 52 sur 64 · ARNAULD · texte numérisé non relu

ARNAULD

L'humble Dieu qu'ici-bas tu représentes

Baisa les pieds à ses disciples : toi,

Tu fais baiser les tiens et, sur ta bouche,

Les mots résonnent du premier superbe. .

Pierre, tu Tas renié : repens-toi !

Tu règnes près du temple et loin de Dieu.

ADRIEN

Toi qui des Alpes descendant à Rome, Au vain fracas de vieux noms inouïs, As réveillé l'écho de ses ruines^ Retourne au clottre, ô semeur de discordes! Moine errant, agitant par tes doctrines Le monde entier, que tu juras de fuiri

ARMAULD.

Toi qui montas de la boue au saintrsiége, Comme un serpent; qui fus l'abject esclave De ces moines obscurs que tu méprises, Toi qui vivais des miettes de leur pain.... M'oses-tu rappeler mon humble source 1 Quoi, tant d'oubli tomba de la tiare Sur ton front vil? Oh, silence aux outrages! Entre nous deux ne parlons pas d'ancêtres ; Mais songe au sang qui nous fit tous égaux I Es-tu pontife ou roi? Le dernier nom Est inconnu dans Rome, et si tu n'es Qu'un vicaire de Christ, tu dois savoir Que sa couronne est seulement d'épines.

ADRIEN

Il m'a donné l'empire de la terre, Quand du manteau papal on m'a vêtu, M'élevant dans l'église au rang suprême l La parole de Dieu créa le monde :

Ma voix le mèn^. £t tu voudrais du corps

112 ARNALDO DA BRESGIA.

L'âme esclave ? En parlant de liberté, Tu fais la guerre à celui-là qui seul Est entre l'homme et ses tyrans. Amauld, Songes-y bien! Chaque mot de ta bouche Est un vain bruit qui meurt et se disperse Dans les déserts de Rome ; et seul je peux Jeter ces cris que répète le monde.

ARNAXJLD.

Sont-ils jamais des cris de liberté ?

Ton Ëglise est toujours entre les peuples

Et leurs tyrans ; toujours avec les faibles

EUe est cruelle et lâche avec les forts I

Gomme étouffé par les baisers barbares

Que les Césars et les prêtres se donnent,

L'homme gémit entre eux. Pasteurs suprêmes,

Vous regardez les rois se faire un jeu

Du sort humain, et sur les droits du glaive,

Sur les crimes affreux que n'osa pas

La fureur des païens, vous déployez

Votre manteau papal, — et tout est nuit !

A la fille du sang et des souffrances

Qui dressa ses autels sur les sépulcres

De qui mourut pour elle, il fut fatal,

Celui qui donna l'or et dans la main

Qui ne devait se lever qu'en prières,

A mis un glaive ! Elle a donc bu l'oubli

De ses vertus dans les coupes dorées,

Et ne fut pas l'écho de Dieu sur terre,

Mais des tyrans \ Du haut des sept collines

Où son trône est assis, elle ne peut

Voir le premier autel, le Golgotha i

ADRIEN

Tu mens! Tout opprimé reçut de nous Et défense et secours. Rome a vaincu Ses vainqueurs. Elle était ruine et tombe Pour elle-même et voyait le barbare Mesurer ses débris avec le fer.

Qui fut celui, di&-moi, qui Ta forcé De revenir vainqueur sur cette terre,

ARNALDO DA BRESCL\, 113

Où jadis il entrait en ennemi ?

Qui lui montra, non des héros la tombe, Mais d'un pécheur, et lui dit : c A genoux ! ;» Et le barbare obéit. Rome alors .Montait, sauvant la croix de ses ruines. Et palpitait de la nouvelle vie Qui fécondait son cœur. Elle voyait Vaincre la foi qui, de son Capitole, Devint l'inébranlable fondement !

Rome est enfin éternelle, et méprise Les empires serrés dans des limites.

Car son prêtre est seigneur de Tinfini!...

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